La France achève dimanche sa présidence de l’Union européenne, sensiblement affaiblie sur la scène continentale par le demi-échec du sommet de Nice et par les difficultés de la relation franco-allemande. La négociation sur la réforme institutionnelle, terminée le 11 décembre à Nice sur un accord minimaliste et extrêmement critiqué, cache cependant une série d’avancées dans le domaine de l’Europe citoyenne, de l’harmonisation fiscale ou du social. Le compromis sur les institutions, arraché à Nice, représente «le meilleur accord possible compte tenu des contraintes», a affirmé le président français Jacques Chirac. «Ce rendez-vous, qui aurait pu être raté en raison de l’extraordinaire difficulté de la négociation, a été un rendez-vous réussi ; une fois dépassés les commentaires peut-être un peu précipités, c’est cela qui demeurera», a assuré le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine. Peut-être le jugement sur Nice se révélera-t-il hâtif. Mais, aujourd’hui, il est sévère, presque unanime et émane à la fois de la Commission de Bruxelles, du Parlement européen et de l’ensemble de la presse. La réforme institutionnelle, destinée à préparer l’élargissement à une douzaine de nouveaux États membres, était la grande affaire de la présidence française de l’UE, commencée le 1er juillet. Elle a abouti à un accord à Quinze, mais sur un texte tellement compliqué qu’il ne paraît pas garantir le bon fonctionnement d’une Europe élargie. «Le processus décisionnel (au sein de l’UE) est devenu encore plus complexe et, par conséquent, aux antipodes de la lisibilité et de la transparence que demandent les citoyens», a estimé le président de la Commission européenne Romano Prodi. La France n’est bien sûr pas la seule responsable d’un accord négocié à quinze, qui traduit les blocages et les interdits des différentes délégations, une absence d’ambition collective et un repli sur les intérêts purement nationaux. Mais, fait assez inhabituel, sa conduite de la négociation a été critiquée par certains de ses partenaires. «La présidence a parfois été une partie du problème et non une partie de la solution», a ainsi déclaré le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker. En Allemagne, la presse était remplie d’accusations d’«arrogance» contre la France. Et à l’issue de ces six mois de présidence, l’axe Paris-Berlin paraît à bout de souffle, dans un urgent besoin de refondation. L’Allemagne, forte de ses 82 millions d’habitants, est sortie du sommet de Nice plus puissante dans les décisions communautaires et plus présente dans les institutions de l’UE. Mais elle affirme vouloir mener avec Paris la nécessaire réflexion sur l’avenir du projet européen. Face aux critiques sur la réforme des institutions, les dirigeants français se plaisent à énumérer les succès remportés, durant leurs six mois de présidence, sur nombre de sujets qui touchent à la vie quotidienne des Européens. Une charte des droits fondamentaux, rassemblant les droits politiques, économiques et sociaux des citoyens, a été signée, bien que les Quinze aient choisi, pour l’instant, de ne pas lui conférer de statut contraignant. Instruits par l’affaire de la vache folle, les Européens ont décidé de se doter d’une Autorité alimentaire. En matière de sécurité maritime, ils ont aussi franchi un pas important vers l’élimination de leurs côtes des «navires poubelles». Quelques dossiers bloqués depuis des décennies ont été résolus : la fiscalité de l’épargne et le statut d’une société commerciale européenne. Des orientations de politique sociale ont été adoptées. À l’extérieur de leurs frontières, les Européens ont su gérer avec habileté l’alternance yougoslave qu’ils ont accompagnée par la levée rapide de leurs sanctions et par quelques gestes forts à l’égard de Vojislav Kostunica.
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