La Grande-Bretagne a rejeté en 1995 une proposition française en vue d’une opération aéroportée sur Srebrenica, ville assiégée de Bosnie, où 8 000 habitants furent massacrés par les Serbes, a affirmé hier un intellectuel français. «Le général Quesnot avait suggéré une opération aéroportée, où 600 paras se seraient envolés d’Istres à bord de Transalls et auraient sauté sur un terrain d’aviation, qu’ils auraient capturé pour le tenir, pendant que débarquaient des renforts qui auraient ensuite brisé le siège» de Srebrenica, a déclaré Gilles Herzog, appelé à témoigner devant la mission d’information de l’Assemblée nationale. «Mais le Premier ministre de l’époque, Alain Juppé, avait dit que l’on ne pouvait pas faire ça seuls, pour des raisons de politique internationales, qu’il faudrait que les Anglais se joignent à nous, mais ils ont refusé de nous fournir leurs paras et l’opération a été annulée», a-t-il précisé. Gilles Herzog, qui fut en France l’un des grands défenseurs de la cause bosniaque, a réalisé un film Srebrenica, une chute sur ordonnance, qui a été diffusé sur Arte. Il a dit détenir ses informations du général Christian Quesnot, à l’époque chef de l’état-major particulier de Jacques Chirac. À son arrivée à l’Élysée, en mai 1995, ce dernier avait adopté une position beaucoup plus dure vis-à-vis des Serbes, alliés traditionnels de la France, que son prédécesseur, le socialiste François Mitterrand. Gilles Herzog a précisé que le général Quesnot lui avait expliqué que les Français avaient aussi envisagé de recourir à des hélicoptères américains pour acheminer des soldats français derrière les lignes serbes. L’option « zéro mort » Le général américain John Shalikashvili aurait alors dit au général Quesnot que Washington était d’accord pour l’évacuation des Casques bleus de l’Onu, en cas d’échec de leur mission en Bosnie, mais avait exclu toute opération offensive. Les alliés se sont finalement mis d’accord sur une campagne de bombardements, qui a mis fin au conflit bosniaque en moins d’un mois, en septembre 1995. Gilles Herzog a souligné qu’avant l’arrivée au pouvoir de Jacques Chirac, les états-majors français étaient «mitterrandiens, c’est-à dire neutres et dans certains cas proserbes (...) tandis que les victimes étaient du côté bosniaque». Il a estimé que l’objectif principal des Casques bleus, jusqu’à la mi-1995, était plus de se protéger eux-mêmes que les victimes du nettoyage ethnique. «C’est absolument vrai que cet état d’esprit régnait dans les états-majors», a reconnu l’ancien ministre de la Défense, François Léotard, lui-même membre de la mission de l’Assemblée. «En dépit du fait que nous avions perdu 113 morts et entre 700 et 800 blessés, certains mutilés à vie, tous les états-majors vivaient sous le règne de l’option “zéro mort” imposé par les États-Unis après le Vietnam ainsi que par nos hommes politiques», a-t-il ajouté. Il a précisé avoir entendu le président François Mitterrand confier : «Moi vivant, jamais la France ne fera la guerre aux Serbes». Srebrenica, ville martyre, n’a été protégée que par quelques centaines de Casques bleus néerlandais, démoralisés et faiblement équipés, jusqu’à sa chute, en juillet 1995.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats La Grande-Bretagne a rejeté en 1995 une proposition française en vue d’une opération aéroportée sur Srebrenica, ville assiégée de Bosnie, où 8 000 habitants furent massacrés par les Serbes, a affirmé hier un intellectuel français. «Le général Quesnot avait suggéré une opération aéroportée, où 600 paras se seraient envolés d’Istres à bord de Transalls et auraient sauté sur un terrain d’aviation, qu’ils auraient capturé pour le tenir, pendant que débarquaient des renforts qui auraient ensuite brisé le siège» de Srebrenica, a déclaré Gilles Herzog, appelé à témoigner devant la mission d’information de l’Assemblée nationale. «Mais le Premier ministre de l’époque, Alain Juppé, avait dit que l’on ne pouvait pas faire ça seuls, pour des raisons de politique internationales, qu’il faudrait...