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Actualités - Chronologie

Yucca Mountain : un cimetière de déchets nucléaires très controversé

Sous les montagnes arides du désert de Mohave (État du Nevada), le gouvernement américain envisage de construire le plus grand site de stockage de déchets nucléaires du monde, mais l’opposition farouche des autorités locales risque de mettre à mal ce projet controversé qui a déjà englouti plusieurs milliards de dollars. Une vaste bataille juridico-politique est engagée, mettant en scène la Maison-Blanche, le Congrès, l’État du Nevada, les tribus indiennes habitant dans la région et les compagnies d’électricité gestionnaires des centrales nucléaires, pour déterminer si ce qui n’est pour l’instant qu’un laboratoire de recherches sera un jour transformé en site d’enfouissement à long terme des déchets radioactifs. Yucca Mountain doit en effet devenir le cimetière définitif des quelque 105 000 tonnes (environ 5 000 mètres-cubes) de combustibles usés issus des centrales nucléaires et de 14 000 tonnes de déchets hautement radioactifs d’origine militaire. Le «tout-venant» des déchets d’origine militaire a commencé d’être stocké sur un autre site, opérationnel depuis mars, dans le sud du Nouveau-Mexique. Ces combustibles usés, hautement radioactifs pendant des milliers d’années, sont entreposés «provisoirement» à proximité des 72 centrales américaines en activité, dont les capacités de stockage arrivent à saturation. Les États-Unis tirent 20 % de leur électricité de l’énergie nucléaire, mais aucun nouveau réacteur n’a été construit depuis plus de vingt ans. Neuf sites possibles ont été identifiés, avant que Yucca Mountain soit sélectionné par le Congrès en 1987 pour des études préalables. «Techniquement, Yucca Mountain a toujours été le meilleur site», affirme Allen Benson, l’un des responsables du projet au département de l’énergie, au cours d’une visite de presse. Les experts américains estiment en effet que la géologie est particulièrement favorable : un climat très sec (moins de 150 mm d’eau par an), réduisant les risques d’infiltration, et une très faible densité de population (moins de 0,5 habitant au kilomètre-carré). La roche, un tuf volcanique de 12 millions d’années, doit constituer une excellente barrière naturelle contre les radiations. Quant aux séismes, ils ne devraient pas mettre à mal la fiabilité des stockages souterrains, assurent les experts. Quelque 120 kilomètres de galeries doivent être creusés, à 400 mètres sous la crête, mais les experts restent prudents sur les mérites de la géologie : les galeries ne seront pas scellées et une surveillance est prévue pendant au moins 300 ans. Cette «réversibilité du stockage», une notion très discutée dans le petit monde des experts du nucléaire, doit permettre de récupérer ces déchets si on sait un jour comment les traiter et les valoriser. Dans l’immédiat, les responsables du projet conduisent des recherches poussées sur la roche. Depuis les premiers forages en 1978, 3,5 milliards de dollars ont été investis, l’ardoise finale étant estimée à 50 milliards de dollars sur un siècle (investissement, exploitation et surveillance) si le centre de stockage voit le jour. Mais le défi est aussi et surtout politique. Une première loi adoptée par le Congrès a déjà essuyé un veto de la Maison-Blanche en avril. Depuis, les cartes politiques ont été redistribuées et personne ne sait ce qui sortira de cet imbroglio juridico-technico-politique. L’État du Nevada en particulier craint que le projet fasse fuir les touristes de Las Vegas, la première destination touristique américaine, distante de 160 kilomètres. «N’importe quel incident serait dramatique pour l’image de Las Vegas», explique Steve Frishman, conseiller de l’État du Nevada, peu sensible à l’argument de l’emploi dans une région où l’on ne connaît guère le chômage. Quant aux Indiens Shoshone, qui ont déjà enduré plus d’un millier d’essais nucléaires, atmosphériques puis souterrains, dans la région, ils expriment leur ras-le-bol du nucléaire : «C’est dangereux pour nous tous. Nous souffrons tous du nucléaire», martèle Corbin Harney, 80 ans, chef spirituel des Shoshone.
Sous les montagnes arides du désert de Mohave (État du Nevada), le gouvernement américain envisage de construire le plus grand site de stockage de déchets nucléaires du monde, mais l’opposition farouche des autorités locales risque de mettre à mal ce projet controversé qui a déjà englouti plusieurs milliards de dollars. Une vaste bataille juridico-politique est engagée, mettant en scène la Maison-Blanche, le Congrès, l’État du Nevada, les tribus indiennes habitant dans la région et les compagnies d’électricité gestionnaires des centrales nucléaires, pour déterminer si ce qui n’est pour l’instant qu’un laboratoire de recherches sera un jour transformé en site d’enfouissement à long terme des déchets radioactifs. Yucca Mountain doit en effet devenir le cimetière définitif des quelque 105 000 tonnes...