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Actualités - Chronologie

L’État turc fait couler le sang pour une réforme contestée

L’État turc a fait passer par la force sa réforme contestée du système carcéral après avoir écrasé dans le sang une grève de la faim de détenus d’extrême gauche jusqu’aux-boutistes opposés au projet. Il a pour ce faire dû rompre sa promesse de reporter sine die la réforme qui remplace les prisons à dortoirs par des établissements comprenant des cellules pour 2 ou 3 détenus, et lancer des centaines de policiers et soldats contre 20 prisons, mardi et mercredi. L’opération a fait au moins 19 morts. Alors qu’il s’était engagé à ne mettre en œuvre cette réforme qu’une fois obtenu un «consensus social», le gouvernement a profité de l’assaut pour transférer des centaines de détenus récalcitrants dans trois nouvelles prisons à Sincan, près d’Ankara, de Kocaeli et d’Edirne (ouest). «C’est la mort qui a réussi», a commenté avec amertume le bâtonnier du barreau d’Istanbul Yucel Sayman, après avoir participé à une tentative de médiation entre l’État et les grévistes de la faim. «Le ministre de la Justice a agi contrairement à sa promesse de ne pas ouvrir les nouvelles prisons avant l’entrée en vigueur de modifications légales», a-t-il noté. Les détenus et défenseurs des droits de l’homme estiment que les nouvelles prisons vont accroître l’isolement des prisonniers et faciliter les mauvais traitements. Le ministre Hikmet Sami Turk a expliqué que l’État n’avait pas d’autre moyen d’alléger les effectifs des prisons surpeuplées, puisqu’une loi d’amnistie qui doit libérer environ la moitié des 72 000 détenus a été repoussée la semaine dernière par le président Ahmet Necdet Sezer. Pour le gouvernement, il s’agit avant tout de reprendre en main des établissements pénitentiaires, dont certains échappent complètement à son contrôle depuis dix ans, et qui sont souvent sous la coupe de gangs mafieux ou d’organisations politiques. Chaque mutinerie, souvent réprimée dans le sang, ou affrontement mortel entre gangs mafieux, événements fréquents, apporte ainsi son lot de révélations sur l’incroyable matériel – armes diverses, téléphones portables – circulant dans les prisons. Si l’ensemble des Turcs conviennent que cette situation n’est pas tolérable, la méthode employée pour la changer est plus contestée. «Les prisons étaient devenues des quartiers généraux du vice et de la violence, contrôlées par des gangs politiques ou mafieux», a déclaré Dogu Ergil, professeur à la Faculté de sciences politiques d’Ankara. «Malheureusement, le gouvernement, qui a négligé le problème pendant des années et a été incapable de faire quoi que ce soit, a utilisé son moyen habituel pour régler les problèmes : la violence, qui ne résout rien», a-t-il ajouté. «Ce pays en a assez de voir que chaque problème tourne à la violence sanglante. Il veut un nouvel ordre, mais continue de souffrir des mêmes maux», déplorait un éditorialiste du quotidien libéral Yeni Binyil. «Personne ne doit se leurrer, c’est le degré zéro de la politique», renchérissait un de ses confrères du même journal. L’usage massif de la force a paradoxalement fait ressortir la faiblesse d’un État qui, depuis des années, ne contrôlait plus ses prisons. «Doit-on parler de la force de l’État, ou de sa faiblesse ?», demandait un éditorialiste du quotidien libéral Milliyet. «Le ministre de la Justice dit que l’État est entré pour la première fois depuis dix ans dans certaines prisons. Où était l’État pendant tout ce temps ? Qu’ont fait les gouvernements ?» Et s’il a réussi à mettre en œuvre sa réforme, le gouvernement semble avoir échoué sur deux objectifs : arrêter la grève de la faim, qu’un nombre indéterminé de détenus poursuivaient mercredi, et épargner des vies humaines.
L’État turc a fait passer par la force sa réforme contestée du système carcéral après avoir écrasé dans le sang une grève de la faim de détenus d’extrême gauche jusqu’aux-boutistes opposés au projet. Il a pour ce faire dû rompre sa promesse de reporter sine die la réforme qui remplace les prisons à dortoirs par des établissements comprenant des cellules pour 2 ou 3 détenus, et lancer des centaines de policiers et soldats contre 20 prisons, mardi et mercredi. L’opération a fait au moins 19 morts. Alors qu’il s’était engagé à ne mettre en œuvre cette réforme qu’une fois obtenu un «consensus social», le gouvernement a profité de l’assaut pour transférer des centaines de détenus récalcitrants dans trois nouvelles prisons à Sincan, près d’Ankara, de Kocaeli et d’Edirne (ouest). «C’est la...