Bahreïn a annoncé mardi la prochaine restauration du Parlement, dissous en 1975, mais le principal mouvement d’opposition en exil a exigé au préalable une réconciliation nationale assurant des élections libres. Le principe de restauration du Parlement a été approuvé «à l’unanimité» par un comité chargé d’élaborer un projet de charte nationale qui sera soumis samedi à l’émir de Bahreïn, cheikh Hamad Ben Issa al-Khalifa, puis à un référendum populaire. Le projet a été adopté par un comité présidé par le ministre de la Justice, cheikh Abdallah Ben Khaled al-Khalifa. Il stipule que le pouvoir législatif sera formé d’un Parlement élu et d’un Majles al-Choura (conseil consultatif) désigné «ayant des prérogatives constitutionnelles». Le comité a en outre convenu «d’adapter la Constitution au désir de transformer l’État de Bahreïn en une monarchie constitutionnelle». Mais le Mouvement de libération de Bahreïn (MLB, opposition basée à Londres) a exigé comme préalable au référendum «une réconciliation nationale qui suppose notamment la libération de tous les détenus politiques et le retour sans conditions des exilés». Son porte-parole, Mansour al-Jamri, dont la formation est la plus active parmi les mouvements d’opposition en exil, a ajouté à l’AFP que «toutes les catégories de la société, y compris l’opposition», doivent participer au référendum qui, selon lui, «doit se dérouler en présence d’observateurs internationaux indépendants». Bahreïn disposait d’un Parlement élu en 1973, mais il a été dissous en 1975 pour «obstruction au travail du gouvernement». Son rétablissement a été la principale revendication lors des troubles sporadiques, déclenchés à Bahreïn par l’opposition, notamment chiite, de 1994 à 1999, date de l’accession de cheikh Hamad au pouvoir à la mort de son père. Ces troubles ont fait au moins 38 morts. Les chiites représentent quelque 60 % de la population autochtone du pays qui est gouverné par les sunnites. Bahreïn compte autour de 650 000 habitants, dont 40 % sont des expatriés. Un Conseil consultatif de 40 membres désignés, mis en place en 1992, a pour prérogative notamment d’exprimer des avis sur les affaires courantes relevant de la politique interne. Un juif et quatre femmes, dont une de confession chrétienne, ont fait leur entrée dans ce Conseil en septembre dernier. Le porte-parole du MLB a indiqué que «le peuple bahreïni, qui n’a pas voté depuis 27 ans, n’a pas confiance dans le gouvernement et a besoin de garanties contre des élections dont les résultats sont connus à l’avance». Il s’est interrogé sur la crédibilité «d’élections sous la loi d’exception, en l’absence de liberté d’opinion et d’expression et alors que les dirigeants de l’opposition sont soit en prison, soit en exil». Il fait notamment référence à sept dignitaires religieux chiites arrêtés en janvier 1996 par les autorités qui les accusent d’avoir joué un rôle de premier plan dans les émeutes antigouvernementales. Au lendemain du déclenchement des troubles, les autorités avaient banni de Bahreïn trois opposants chiites, parmi lesquels cheikh Ali Salmane Ali Salmane dont l’arrestation en décembre 1994 avait provoqué les émeutes. Les trois ont trouvé refuge en Grande-Bretagne. M. Jamri est le fils du principal opposant chiite bahreïni, cheikh Abdel Amir al-Jamri, arrêté en janvier 1996, condamné à dix ans de prison par la Cour de sûreté de l’État, dont les verdicts sont sans appel, pour «incitation aux troubles», puis gracié en juillet 1999 par l’émir.
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