Le retrait de la candidature de Benjamin Netanyahu au poste de Premier ministre laissait désormais présager un duel entre le chef du gouvernement démissionnaire Ehud Barak et le chef de l’opposition de droite Ariel Sharon, mais Shimon Peres pourrait jouer les trouble-fêtes au nom du «camp de la paix». M. Peres, 77 ans, le champion de la gauche israélienne et du processus de paix israélo-arabe, a entretenu le doute sur ses intentions mardi matin lorsqu’il a été interrogé par la presse sur une éventuelle candidature, affirmant que «cela dépendra des échéances». La clôture des candidatures a été fixée à jeudi soir. Pour être candidat, M. Peres, membre du parti travailliste de M. Barak, doit être présenté par au moins 10 membres de la Knesset. Par ailleurs, la date initiale de l’élection le 6 février était sujette à caution, un texte de loi ayant été introduit à la Knesset (Parlement) afin de repousser d’un mois la tenue du scrutin. Un premier vote devait intervenir dans la journée. Trois votes à la majorité absolue sont nécessaires pour que le texte soit adopté. Mais dans l’immédiat, MM. Barak et Sharon apparaissaient comme les deux grands bénéficiaires de la mésaventure de M. Netanyahu. L’ancien Premier ministre a choisi de jeter l’éponge à la suite du refus de la Knesset, dans la nuit, de voter pour sa dissolution et la tenue d’élections législatives anticipées dont il avait fait la condition sine qua non à sa candidature. M. Netanyahu, 51 ans, était assuré d’être plébiscité par les quelque 106 000 membres de son parti, le Likoud, face à M. Sharon, 72 ans, lors des primaires qui devaient déterminer ce mardi le candidat de cette formation à l’élection rendue nécessaire par la démission le 10 décembre de M. Barak. L’intéressé ayant choisi de se retirer, les primaires ont été annulées et M. Sharon devient automatiquement le candidat du parti. En ce qui concerne M. Barak, tous les sondages d’opinion effectués depuis trois mois prédisaient qu’il serait laminé par M. Netanyahu en cas de duel. Les deux plus récents, publiés vendredi, donnaient ainsi à l’ancien chef de gouvernement de droite 19 points d’avance (48 % des intentions de vote contre 29 %) sur M. Barak, qui lui avait infligé une cuisante défaite en mai 1999, précipitant son exil politique. Sauf un revirement de dernière minute de M. Netanyahu, légalement possible mais politiquement impensable, M. Barak est donc débarrassé de son principal rival et peut envisager son avenir avec plus d’optimisme. Selon les deux sondages publiés vendredi, son retard sur M. Sharon est de l’ordre de 5 à 7 points, un écart relativement faible à ce stade de la campagne. En outre, il peut être conforté dans son optimisme par l’intensification des contacts israélo-palestiniens en vue d’une reprise des négociations de paix. Des délégations des deux parties devaient ainsi entamer dans la journée dans la région de Washington des discussions séparées avec les responsables américains dans ce but. Les analystes estimaient qu’un accord avec les Palestiniens constituait sa seule chance de battre M. Netanyahu. Cela reste sa meilleure chance pour vaincre M. Sharon. Imitant M. Netanyahu, M. Sharon a déjà averti qu’en cas de victoire, il ne se considérerait pas engagé par un éventuel accord de paix que pourrait conclure M. Barak durant la campagne. Le chef du Likoud est farouchement opposé aux concessions que M. Barak aurait envisagé de faire au président palestinien Yasser Arafat lors du sommet de juillet à Camp David, notamment le transfert à un futur État palestinien des localités arabes de Jérusalem-Est annexée, qui reviendrait, à ses yeux, à diviser une nouvelle fois la Ville sainte. Malgré des positions très différentes sur le processus de paix, M. Sharon avait pourtant indiqué la semaine dernière devant le Comité central du Likoud que s’il venait à être élu, il formerait un gouvernement d’unité nationale avec le parti travailliste avec deux vice-premiers ministres, M. Barak à la Défense et M. Netanyahu aux Affaires étrangères, ce qui lui avait valu d’être hué par l’assistance.
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