Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

La prière et, soudain, les pierres et les tirs

Les fidèles quittent calmement l’Esplanade des mosquées. Tout semble s’être bien passé pour ce deuxième vendredi du ramadan à Jérusalem. Mais, soudain, les pierres fusent au cri d’«Allah Akbar (Dieu est le plus grand) !» et les tirs israéliens crépitent. Sortis en trombe de la mosquée, de jeunes Palestiniens, le visage masqué par des tee-shirts, des foulards ou même des tapis de prière, s’organisent : certains cassent des dalles pour en faire des pierres, d’autres les entassent dans des brouettes. Une quarantaine de gardes-frontière ripostent en tirant des grenades à son, des balles caoutchoutées, mais aussi des balles réelles. Au pied de l’Esplanade des mosquées, à l’intérieur des murailles de la Vieille ville, située dans la partie arabe de Jérusalem, occupée et annexée en 1967 par Israël, les affrontements vont durer des heures sur quelques centaines de mètres carrés autour de la Via Dolorosa, là où se déroula le chemin de croix de Jésus. Le rituel se répète des dizaines de fois. Des pierres, des coups de feu et les ambulances, garées près de l’Esplanade, démarrent, toutes sirènes hurlantes. C’est d’abord un jeune homme qui est touché à la tête et qui sera déclaré cliniquement mort. Puis d’autres sont atteints, également à la tête, mais aussi aux bras et aux jambes. Des manifestants impriment leur colère sur les murs des maisons avoisinantes en y posant leurs mains ensanglantées. Des murs qui ont déjà vu couler le sang quand l’intifada a éclaté le 28 septembre, au même endroit, lors de la visite du chef de l’opposition de droite israélienne Ariel Sharon, sur l’Esplanade des mosquées. Une femme est touchée au visage. Plus tard, c’est au tour d’un curé de l’ordre des Pères blancs, sorti de son monastère, Sainte-Anne, pour se faire une idée plus précise de ces affrontements qui se déroulent sous ses fenêtres. Entre deux heurts, les brancardiers attendent, à l’abri. «Pour l’instant, ce n’est rien. Attendez de voir ce qui va se passer avec la nouvelle génération, vous verrez ce que les Israéliens vont prendre !», lance l’un deux. Les policiers reculent. Chaque mètre gagné sur «l’occupant» est une petite victoire. Les jeunes Palestiniens marquent leur territoire et installent un barrage de flammes entre eux et les forces de sécurité israéliennes. Tout est bon à brûler : de vieilles planches, des toilettes publiques, un tronc d’arbre et même une bonbonne de gaz vide. Vers 14h30, heure locale, le muezzin appelle à la prière. Les fidèles s’engouffrent sur l’Esplanade et un calme incertain s’installe pour quelques minutes. Cette fois, la tension se déplace à l’extérieur des murailles. Au passage, les manifestants s’arrêtent devant un commissariat de police israélien, entièrement carbonisé. La scène semble tirée d’une autre époque : les gardes-frontières, installés sur une tour, s’abritent derrière les créneaux construits il y a quatre siècles par le sultan ottoman Soliman le Magnifique. En contrebas, une dizaine de Palestiniens tentent de les atteindre avec des frondes, redoublant d’énergie devant les provocations des policiers israéliens qui multiplient les gestes obscènes. Mais déjà, le soleil se couche. Des hommes, portant des enfants dans les bras, et des femmes sortent de la vieille ville pour rentrer chez eux à temps pour l’iftar, le traditionnel repas qui met fin au jeûne quotidien du ramadan. À la nuit tombée, le calme est revenu.
Les fidèles quittent calmement l’Esplanade des mosquées. Tout semble s’être bien passé pour ce deuxième vendredi du ramadan à Jérusalem. Mais, soudain, les pierres fusent au cri d’«Allah Akbar (Dieu est le plus grand) !» et les tirs israéliens crépitent. Sortis en trombe de la mosquée, de jeunes Palestiniens, le visage masqué par des tee-shirts, des foulards ou même des tapis de prière, s’organisent : certains cassent des dalles pour en faire des pierres, d’autres les entassent dans des brouettes. Une quarantaine de gardes-frontière ripostent en tirant des grenades à son, des balles caoutchoutées, mais aussi des balles réelles. Au pied de l’Esplanade des mosquées, à l’intérieur des murailles de la Vieille ville, située dans la partie arabe de Jérusalem, occupée et annexée en 1967 par Israël, les...