Le département d’État américain était hier sous le coup de l’annonce du départ d’un de ses diplomates les plus chevronnés, dont six subordonnés font l’objet de demandes de sanctions après la disparition d’un ordinateur contenant des données secrètes. Stapleton Roy, ancien ambassadeur en Chine, en Indonésie et à Singapour et responsable du service renseignement/recherche, a quitté le département d’État mardi suite à une demande de retraite anticipée, a indiqué le porte-parole Richard Boucher. La démission de ce diplomate de carrière, parlant le chinois et considéré comme l’un des meilleurs spécialistes de l’Asie au sein de l’Administration américaine, fait suite à des demandes de sanctions allant de la lettre de réprimande à la suspension ou au renvoi, à l’encontre de six personnes de son service. Ces sanctions pour négligence dans l’observation des règles de sécurité font suite à la disparition, en début d’année, d’un ordinateur portable contenant des données confidentielles sur la non-prolifération nucléaire. Cette disparition, ajoutée à d’autres incidents comme la découverte l’an dernier d’un microespion dans une moulure de plafond, avait amené la secrétaire d’État Madeleine Albright à donner un tour de vis dans les mesures de sécurité et à promettre des sanctions sévères en cas de défaillance. Mme Albright avait fermement prévenu son personnel en mai dernier en déclarant dans un discours que «peu m’importe que vous soyez un diplomate brillant ou un administrateur avisé, si vous n’êtes pas professionnel en matière de sécurité, vous êtes un raté». Un autre diplomate de premier plan, l’ambassadeur en Israël Martin Indyk, en a déjà fait les frais en septembre en se voyant suspendre temporairement de ses fonctions pour manque de vigilance sur son ordinateur personnel. Le sens du départ en retraite anticipée de l’ambassadeur Stapleton Roy, qui ne s’est pas exprimé publiquement sur son geste, faisait l’objet jeudi d’interprétations divergentes. Pour le Washington Post, le diplomate est parti pour «protester» contre les sanctions visant ses subalternes, en particulier son adjoint Donald Keyser, comme lui, un spécialiste reconnu du monde chinois. «Des amis de Roy ont dit que sa démission était la manière la plus forte de manifester son mécontentement vis-à-vis d’Albright», écrit le journal mardi. Le quotidien, qui a souvent la dent dure contre Mme Albright, l’égratigne à nouveau en soulignant que ce tohu-bohu survient alors qu’elle se prépare pour une tournée en Afrique incluant Maurice, «une île de l’Océan Indien connue pour ses plages». Selon un haut responsable du département d’État affirmant avoir parlé à l’intéressé, le geste de M. Roy s’expliquerait en revanche par son «sens des responsabilités». «D’autres personnes de son service étant considérées comme responsables dans la perte de l’ordinateur, il a pensé qu’étant leur supérieur il devait assumer une partie de la responsabilité et partir de manière anticipée», a-t-il affirmé, sous couvert de l’anonymat.
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