L’Union européenne a décidé d’employer les grands moyens contre la maladie de la vache folle en donnant raison aux partisans des mesures de précaution maximale, dans l’espoir de remettre le bœuf à la table des consommateurs et de rassurer les éleveurs. Après seulement deux heures de réunion lundi à Bruxelles, les ministres européens de l’Agriculture ont décidé de bannir dans toute l’Union pour six mois à partir du 1er janvier 2001 les farines carnées, considérées comme le principal vecteur de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB). Il leur aura fallu six heures supplémentaires pour approuver une autre mesure d’envergure : l’obligation de tester tous les bovins de plus de 30 mois avant leur entrée dans la chaîne alimentaire, la majorité des bêtes étant consommée avant cet âge et l’ESB incubant en général plusieurs années. Cette décision, qui concerne six millions de bêtes par an, entrera en vigueur le 1er juillet 2001. D’ici là, les animaux non testés seront détruits et rachetés aux éleveurs au prix du marché – à hauteur de 70 % par l’Union, le reste par les États –, ce qui aura pour avantage de soutenir les cours. «Ce sont des décisions politiques, pour que les gens consentent à remanger du bœuf et que les éleveurs puissent vendre à nouveau leurs bêtes», a expliqué mardi un diplomate européen. Depuis le début de la crise il y a un mois, la consommation de bœuf a chuté de 17 % en moyenne dans l’Union et jusqu’à 40 % en France et en Italie. Ces mesures d’extrême précaution, prises en l’absence de découvertes scientifiques nouvelles, donnent raison à la France qui avait tenté, en vain, de les faire adopter lors du Conseil agricole européen des 20 et 21 novembre. Mais entre-temps, l’Espagne et l’Allemagne ont reconnu leur premier cas de vache folle. La Commission européenne, persuadée jusqu’alors que le problème majeur résidait dans la déficience des contrôles nationaux de fabrication, de transport et d’utilisation des farines, a donc fait volte-face et proposé le 29 novembre les deux mesures entérinées lundi par les ministres. Seuls deux pays ont voté contre la suspension totale des farines carnées : la Finlande parce qu’elle s’estime complètement épargnée par l’ESB et l’Allemagne parce qu’elle aurait voulu à l’inverse un bannissement plus complet. L’interdiction nationale adoptée la semaine dernière par Berlin incluait en effet les graisses animales ainsi que les farines de poissons données à tous les animaux d’élevage, ce qui n’est pas le cas de l’accord communautaire. À ce stade, de nombreuses questions restent cependant sans réponse. La remise sur le marché des farines après le 1er juillet 2001 semble peu probable. «Il sera extrêmement difficile politiquement de revenir en arrière sur une position pareille. Les contrôles sanitaires ne redeviendront pas parfaits en six mois», selon un diplomate européen. Mais la nourriture de substitution à donner aux animaux (des protéines végétales dont l’Union est importatrice nette) et la destruction des stocks de farines (aux conséquences environnementales inquiétantes) constituent des problèmes loin d’être réglés. L’élevage communautaire génère chaque année environ 15 millions de tonnes de déchets d’animaux qui produisaient jusqu’alors 3 millions de tonnes de farines carnées. Le coût global de leur destruction est estimé à 3 milliards d’euros par an et le manque à gagner pour cette industrie à 1,5 milliard d’euros.
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