À un semestre d’élections anticipées, les responsables israéliens étaient divisés hier sur l’opportunité d’une médiation du président américain Bill Clinton pour parvenir à un accord avec les Palestiniens. Dans un communiqué, le bureau du Premier ministre Ehud Barak a affirmé que les États-Unis n’avaient «pas de projet permettant de régler la crise actuelle» avec les Palestiniens, semblant écarter une médiation de M. Clinton dont le mandat expire le 20 janvier. Depuis le début de l’intifada le 28 septembre en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, 301 personnes ont été tuées, des Palestiniens dans leur immense majorité. «Le Premier ministre a indiqué qu’Israël et les États-Unis estimaient qu’il faut réduire la violence et envisager la possibilité d’une reprise du dialogue» avec les Palestiniens, ajoute le texte, affirmant toutefois : «Il y a parfois des avantages à des contacts directs entre nous et les Palestiniens, sans la présence d’un tiers». Dans une déclaration en cercle privé rapportée hier par le quotidien Haaretz, M. Barak a par ailleurs estimé à «10 % les chances» d’un accord rapide avec les Palestiniens. Selon une importante source diplomatique israélienne citée par le journal, «il y a une tendance des Américains à se distancier d’Israël et à se rapprocher des Palestiniens depuis le sommet de Camp David» qui a réuni en juillet M. Barak et le président palestinien Yasser Arafat. Le ministre israélien de la Justice Yossi Beilin, un des architectes des accords d’Oslo de 1993 sur l’autonomie palestinienne, s’est cependant franchement démarqué de l’approche de M. Barak. «Il est possible de conclure un accord permanent ou partiel d’ici au 20 janvier (...) Il y a une situation historique spécifique, car le président américain, l’homme le plus important du monde, est engagé dans la paix. Il est prêt à nous aider et a la confiance des deux parties», a-t-il dit à la radio israélienne. Plusieurs collaborateurs du Premier ministre partagent ce point de vue, notamment les ministres Shlomo Ben Ami (Affaires étrangères), Shimon Peres (Coopération régionale), Amnon Lipkin-Shahak (Tourisme) et Haïm Ramon (Intérieur) ainsi que le directeur de Cabinet de M. Barak Gilad Sher et l’influent député travailliste (gauche, au pouvoir) Uzi Baram. Tous font peser à mots couverts la menace d’une sorte de fronde : faute d’accord avec les Palestiniens d’ici au 20 janvier, ils pourraient soutenir l’éventuelle candidature du président du Parlement Avraham Burg au poste de Premier ministre. Selon le quotidien Maariv, MM. Ben Ami et Sher poursuivent des contacts secrets avec les Palestiniens en vue d’un règlement permanent. Les Palestiniens sont prêts à reprendre le dialogue, a indiqué de son côté le secrétaire de la présidence de l’Autorité palestinienne Tayeb Abdelrahim, mais le ministre palestinien de l’Information Yasser Abed Rabbo a démenti l’existence de contacts, estimant «qu’il s’agissait d’une invention». La direction palestinienne s’est déclarée vendredi soir «déterminée à poursuivre l’intifada, en dépit des pertes humaines, matérielles, économiques et le retour d’une politique (israélienne) de punition» collective. Les dirigeants du Likoud (droite), le principal parti d’opposition, ont d’ailleurs dénié à M. Barak toute légitimité pour mener des négociations engageant le sort du pays alors qu’il s’est résigné le 28 novembre, faute d’assise parlementaire, à convoquer des élections anticipées.
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