Premier Sud-Américain et onzième joueur seulement finissant l’année n° 1 mondial, à la suite de sa victoire dans la Masters Cup hier à Lisbonne, le Brésilien Gustavo Kuerten, dit «Guga», est décidément un étonnant personnage. En 1997, il avait déjà surpris tout son monde en imposant à Roland-Garros sa silhouette de grand échalas au coup droit dévastateur et fait le bonheur des journalistes avec ses formules à l’emporte-pièce. Sa grand-mère lui donnait alors des conseils par téléphone pour manœuvrer ses adversaires. Et les allées du vénérable stade parisien avaient été envahies par un charivari carnavalesque après son triomphe aux dépens de l’Espagnol Sergi Bruguera. Victoire folklorique sans lendemain, pensa-t-on à l’époque. La suite allait démontrer que non. Parvenu à la cinquième place mondiale en 1999, il avait déjà cloué le bec à ceux qui ne voyaient en lui qu’un arpenteur de terre battue en s’imposant sur la surface dure d’Indianapolis cette saison. Voilà qu’il a pris prétexte de la concentration de la fine fleur du tennis universel pour remporter son premier tournoi en salle ! Il l’a fait en prenant sa revanche sur l’Américain Andre Agassi, qui l’avait maltraité lors de son premier match à l’intérieur du groupe vert. Depuis, son corps ne cessait de crier grâce sous la violence des efforts qu’il lui imposait avec une énergie apparemment inépuisable. Quand il échappait aux mains des soigneurs et des masseurs, c’était pour jouer de la guitare dans sa chambre d’hôtel, au grand dam des occupants des chambres voisines. Louait-on ses exploits répétés, il se montrait magnanime. «Je n’ai pas besoin de gagner, je suis heureux comme ça. J’aimerais gagner et que Marat (Safin) soit le n°1 mondial, car il le mérite», déclarait-il sincèrement avant cette finale, sans s’occuper du fait que son souhait était mathématiquement impossible. Avec sa deuxième victoire à Roland-Garros et son succès à Hambourg dans l’un des neuf Masters Series, il n’a pas usurpé son titre non plus. Alors que tous les «nouveaux riches» du tennis ne pensent qu’à s’acheter de grosses voitures et parfois des avions privés, il va retrouver sa vieille moto, sa planche de surf et ses copains d’enfance, chez lui, à Florianopolis. C’est là qu’il commença à manier sa première raquette à huit ans, dans le club où ses parents jouaient. Deux ans plus tard, son père mourait d’une crise cardiaque en arbitrant un match de juniors. Cela ne fit que resserrer les liens très étroits qui l’unissent à sa famille, particulièrement à son cadet de deux ans, handicapé mental de naissance. Il verse régulièrement 200 dollars par match qu’il joue à une association de handicapés et le faisait déjà bien avant de connaître la gloire. Partout où il va, une cohorte de supporteurs brésiliens est là pour l’encourager bruyamment. Quand elle se montre véhémente au point de gêner ses adversaires, il est le premier à lui intimer le silence, comme il le fit au début du mois de juillet à Wimbledon. Avec l’âge, il a appris à soigner ses tenues et à couper une folle chevelure qu’il ne décolore plus en blond oxygéné. S’entraînant très sérieusement, il ne se contente plus de servir fort et de batailler du fond du court, mais monte souvent finir ses points au filet, où son envergure fait merveille. Lisbonne, où il se sentait comme chez lui, aura été une nouvelle fête pour lui et tous ceux qui l’aiment. «Si j’étais un journaliste brésilien, je pourrais remplir tout un journal avec ce qui m’est arrivé ici», s’extasie-t-il. Et de prévoir : «Cela va être du délire au Brésil».
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Premier Sud-Américain et onzième joueur seulement finissant l’année n° 1 mondial, à la suite de sa victoire dans la Masters Cup hier à Lisbonne, le Brésilien Gustavo Kuerten, dit «Guga», est décidément un étonnant personnage. En 1997, il avait déjà surpris tout son monde en imposant à Roland-Garros sa silhouette de grand échalas au coup droit dévastateur et fait le bonheur des journalistes avec ses formules à l’emporte-pièce. Sa grand-mère lui donnait alors des conseils par téléphone pour manœuvrer ses adversaires. Et les allées du vénérable stade parisien avaient été envahies par un charivari carnavalesque après son triomphe aux dépens de l’Espagnol Sergi Bruguera. Victoire folklorique sans lendemain, pensa-t-on à l’époque. La suite allait démontrer que non. Parvenu à la cinquième place...