ARIDI, GHAZI – L’excuse de la double casquette que l’on prête aux Druzes est trop facile. Cet homme intègre est un vrai Jekyll/Hyde. Capable du meilleur : « Si l’on tient à garder sa dignité, on devient agent israélien », c’était le 26 mars dernier, comme du pire, lorsqu’il s’emploie à singer un Nasser Kandil qui a passé son année à pérorer, aboyer. Au cœur de l’affaire MTV, le ministre de l’Information a été applaudi jusque par les membres de la famille (Gabriel) Murr. Il a ensuite raté des centaines d’occasion de se taire. BERRY, NABIH – Comme souvent à son habitude, le président de la Chambre a oublié, tout 2002 durant, sa fonction. Pour ne se mêler que de ce qui ne le regarde pas : l’Exécutif. Et ne réfléchir qu’en un (bien fragile) chef de communauté. Largué et par ses ministres au sein du gouvernement, et (un peu) par la doïka Lahoud-Hariri, il n’arrrive plus qu’à tirer sur l’ambulance. CONSTITUTION – Le Liban est une démocratie parlementaire. En 2002, la démocratie a été un bien vain mot. Le Parlement un machin bien inutile. Taëf n’est pas appliqué. Qu’est-ce qu’on attend pour la changer, cette Constitution qui ne sert plus à rien ? La libération de Jérusalem et du Golan ? DOCTEUR BACHAR – La quasi-majorité des Libanais adorerait accueillir avec des roses et du riz le docteur-président, en visite officielle au Liban, à condition qu’il passe la nuit dans une sublime ambassade de Syrie au Liban, dont la construction, qui signifierait la fin d’une insupportable et létale tutelle, règlerait la presque totalité des problèmes du pays. ÉTUDIANT(E)S – Tabassé(e)s, piétiné(e)s, inondé(e)s : en 2002 comme en 2001, les jeunes Libanais(es) qui n’ont pas encore été faire la queue devant les ambassades occidentales ont porté en eux, dans leur chair, sous leur crâne, toutes les stigmates d’un pays en pleine dégénérescence. FOUAD BOUTROS – En 2002, sa sagesse, son expérience, son intelligence, son honnêteté ont continué de manquer cruellement au pays. Il faut lui redonner l’envie. Ou le cloner. GABRIEL MURR – Il aurait certainement préféré ne pas être l’homme de l’année. Quelqu’intéressées qu’aient été ses motivations, quels que soient les dessous (sans doutes pas très jolis) de cette bataille qui a vite fait de le dépasser entièrement, cet homme a incarné avec beaucoup de courage un David lancé tête la première contre les Goliaths du pouvoir. Il a tout gagné, puis tout perdu. Au Liban, pour ceux qui foulent aux pieds l’État de droit, c’est la victoire assurée. HARIRI, RAFIC – Privé de politique, il a réussi son Paris II. Du moins dans la forme. Celui qui a continué, en 2002, d’être the right man at the right place parce qu’il n’y a personne d’autre, devra impérativement se transcender pour sauver, en 2003, les meubles. Et un budget qui ne plaît pas à grand monde. S’il cessait, également, de tout confessionnaliser, cela pourrait, sans aucun doute, l’aider. INTEMPÉRIES – Chaque année, c’est la même chose. Des routes défoncées, des canalisations qui explosent, une infrastructure générale laissée à l’abandon, l’électricité coupée, l’eau aussi... Il n’y a que le centre-ville et Solidere au Liban, monsieur le Premier ministre ? JEAN-LOUIS CARDAHI – Mi-Iphigénie sacrifié sur l’autel des cœurs lavés des deux pôles de l’Exécutif, mi-Don Quichotte se battant contre des moulins à vent, le ministre des Télécommunications a prouvé, en 2002, et même s’il est le seul à savoir vraiment ce qui l’a motivé, qu’un responsable politique est capable de faire ce pour quoi les Libanais le payent. KORNET CHEHWANE – En 2002, c’était la curée. L’hallali. Dans un pays désormais syrianisé à outrance, une opposition républicaine n’a, semble-t-il, plus sa place. Les hommes et la femme de KC ne sont certes pas exempts d’une part de responsabilité, mais cette hargne, cet affolement du pouvoir, ce saucissonnage quotidien de l’incarnation d’un esprit démocratique est terrifiante. LAHOUD, ÉMILE – Le chef de l’État a royalement raté, en 2002, l’occasion d’être le parrain de l’indispensable dialogue national. Et de donner au dernier tiers de son mandat une belle impulsion. Le chef de l’État a encore deux ans pour devenir le président de tous les Libanais. MTV – Que vont devenir, en 2003, les plus de 450 employés de la chaîne prohibée ? Que va faire l’État ? Quel tremplin médiatique désormais pour les revendications de la majorité des Libanais : indépendance, souveraineté, démocratie, État de droit, libertés publiques, etc. ? NUIT – Celle du peuple dure depuis des années. En 2002, les Libanais sont tout aussi résignés, dégoûtés, atterrés, affamés. Quand donc nous réveillerons-nous ? OUAZZANI – Même si ça s’écrit aussi avec un W, ça reste une bien jolie victoire. Peut-être devrait-on en avoir encore plus. PRIVATISATIONS – Celle du cellulaire, en 2002, a été épique. Le « meilleur » reste à venir. En 2003, qui voudra de l’électricité, que la moitié du Liban ne paye pas, du téléphone fixe, de l’eau, de la MEA ? Qui ? QUARTETTE – La feuille de route du club des 4 a clôt, sans que personne n’y croit vraiment, l’année 2002. Ressuscitera-t-elle en 2003, sera-t-elle à la hauteur ? RENDEZ-VOUS – Il est plus que temps que les trois gestionnaires de la République assimilent l’urgence. Que le Liban a drôlement besoin de ce(s) changement(s) induit(s) par le référendum du 2 juin. S’ils ne veulent pas en prendre bonne note, qu’ils s’en aillent cultiver leurs jardins. À Damas, ou ailleurs. SALAMÉ, GHASSAN – Rendre à César ce qui lui appartient. Grâce à la pugnacité, à la constance, à la détermination du ministre de la Culture, les sommets arabe et francophone ont été à la hauteur de toutes les espérances. Et puis c’est à lui que l’on doit cette phrase que tous les hommes du pouvoir se doivent de méditer, d’appliquer : « Le dialogue n’est pas une alternative au combat. C’est une véritable forme de combat. ». Que ses collègues en prennent bonne note. Qu’ils désapprennent, à l’instar d’un Élias Murr ou d’un Fouad Siniora, l’arrogance. Par exemple. TRINITROGLYCÉRINE – Autrement dit : TNT. Dynamite. Dynamitées, les institutions libanaises en 2002. Le Conseil des ministres, le Parlement (qui, en amendant l’article 68 de la loi électorale - une proposition faite par Salah Honein - aurait pu permettre la réouverture sur le champ de la MTV), la justice, politisée, manipulée, à outrance. Même les cafés et les bars de la place de l’Étoile ont été trinitroglycérinés. C’est dire. UNESCO – Le crime barbare, ouvertement confessionnel et revendiqué comme tel, d’Ahmad Mansour. Si le pouvoir ne prenait pas un malin et criminel plaisir à monter les différentes communautés libanaises l’une contre l’autre, cela (et bien d’autres crimes) n’auraient peut-être pas eu lieu. VÉRITÉ – Samir Frangié à L’Orient-Le Jour : « On assiste à une véritable ahbachisation de la politique au Liban ». No comment, tout est dit. WALID BEY JOUMBLATT – Annus horribilis pour ceux (toujours ?) persuadés qu’il est (encore ?) l’un des (très rares) derniers leaders nationaux. Et qui continuent d’espérer que le seigneur de Moukhtara ait, en 2003, une illumination : qu’il n’y a pas que la communauté druze qui ait besoin de lui. X – Abdel-Halim Khaddam, qui a regrignoté, dit-on, beaucoup de terrain sur les bord du Barada, lâche sa bombette en 2002 : « Les performances de certains alliés libanais de Damas n’ont pas atteint le niveau requis ». C’est obscène. YAMMOUT, BASSEM – Le député haririen de Beyrouth s’est illustré en 2002, au nom de son bloc parlementaire, par d’ostentatoires et outrancières attaques confessionnelles contre bon nombre de ses collègues députés, membres de Kornet Chehwane. ZORRO – Toujours lui. Viendra-t-il en 2003 sauver le Liban et les Libanais ? Ziyad MAKHOUL
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