Rechercher
Rechercher

Actualités - Analyse

RÉTROSPECTIVE 2002 Échec à l’État de droit (photo)

Un observateur cherchant à schématiser en quelques mots le comportement du régime au cours de l’année écoulée n’aurait pas trop de mal à trouver la formule convenant à la situation qui a prévalu ces derniers mois sur la scène locale, à savoir: l’antithèse de l’État de droit. Car à plus d’un égard et à diverses occasions, l’équipe en place s’est ingéniée, par le biais des forces de l’ombre et des «Services» tristement célèbres, à faire table rase des règles les plus élémentaires censées dicter le fonctionnement des institutions constitutionnelles et étatiques. Et le plus édifiant est que ces dérives outrancières au niveau des plus hautes sphères du pouvoir paraissent être motivées non pas par ce qui aurait pu être qualifié de «raison d’État», mais simplement par de petits calculs politiciens et claniques. Toute l’année 2002 a été jalonnée d’exemples illustrant cette attitude partisane d’un régime qui, au lieu de rester au-dessus de la mêlée pour jouer un rôle de rassembleur, n’a eu aucun scrupule à se positionner en adversaire implacable d’une large fraction de la population, des courants politiques locaux et des forces vives de la société civile. La partielle du Metn organisée au début du mois de juin à la suite du décès d’Albert Moukheiber aura constitué sans doute, à ce niveau, un point d’inflexion. Le ministre de l’Intérieur a vite fait d’annoncer la couleur en prenant publiquement fait et cause pour le candidat loyaliste (sa sœur) contre celui de l’opposition (son oncle) alors que, de par sa fonction, il se devait de demeurer neutre et de veiller au bon déroulement du scrutin. Pis encore : sentant «sa» candidate sérieusement menacée par la coalition des différents pôles de l’opposition chrétienne, il s’est rendu coupable de l’inconcevable en incitant – et c’est un comble – les électeurs à voter sans avoir recours à l’isoloir ! La participation active (et sans précédent) des aounistes et des Forces libanaises à la consultation électorale du Metn (ce qui mettait pratiquement fin à plus d’une décennie de boycottage de la nouvelle donne née de Taëf), ainsi que la politique de la main tendue pratiquée par l’opposition après sa victoire à la partielle du 2 juin auraient pu – ou auraient dû – être saisies au vol par le régime afin d’intégrer, enfin, les derniers récalcitrants à la chose publique. La paix civile aurait été alors fortement consolidée et le pays aurait pu s’engager sur la longue voie du dialogue, de la réconciliation et de la cohésion internes tant attendues, avec toutes les conséquences qu’une telle approche aurait eu sur le double plan de la stabilité politique et de la décrispation économique. Au lendemain du scrutin du Metn, le régime se trouvait, plus qu’à tout autre moment, devant l’alternative suivante : soit se conformer à son rôle constitutionnel de garant de l’unité nationale et de la bonne marche des institutions (en se tenant à l’écart des querelles de clocher); soit se laisser entraîner dans des attitudes partisanes en tout point contraires à la nature même de ses responsabilités officielles. C’est malheureusement pour ce second cas de figure que l’on a opté en haut lieu. Il en a résulté, au fil des mois, une série de décisions qui ont constitué autant d’hérésies de la part d’un appareil étatique désormais manipulé à des fins bassement politiciennes. Le verdict du Conseil constitutionnel invalidant le mandat de Gabriel Murr et… désignant Ghassan Moukheiber député du Metn-Nord alors qu’il n’avait obtenu que 2 pour cent des suffrages exprimés a sans doute représenté l’apogée de l’inconcevable en la matière. Ce verdict aura été purement et simplement un inqualifiable affront pour les électeurs et la population libanaise en général. La deuxième tâche noire dans la petite histoire des pratiques «démocratiques» locales a été la fermeture définitive, manu militari, de la MTV. Les prétextes juridiques fallacieux affichés pour tenter de trouver une quelconque justification à cette mesure ont été une véritable insulte à l’intelligence des Libanais. Le plus déplorable dans ce contexte est que ces dérives tyranniques sont en totale dissonance avec trois événements majeurs qui ont constitué durant l’année écoulée des atouts fondamentaux pour le Liban : la signature de l’accord d’association avec l’Union européenne (dont l’un des fondements est précisément la sauvegarde des droits de l’homme et des libertés publiques) ; la tenue à Beyrouth du Sommet de la francophonie qui a réaffirmé, sous la présidence du Liban (comble de l’ironie), son attachement au respect des libertés publiques ; et la conférence de Paris II qui a placé le pays sur la voie de l’assainissement financier et du redressement économique dont l’une des conditions essentielles est la stabilité interne et l’existence d’un État de droit, nécessaire pour garantir et préserver les investissements étrangers. Face à ces trois développements quasiment historiques pour le pays, le Liban a affiché une triste image de ses réalités politiques. Ce sombre tableau est, cependant, compensé par plus d’un message d’espoir lancé par les nombreuses voix (notamment celles de Bkerké, de Kornet Chehwane et du Forum démocratique de Habib Sadek) qui ont continué cette année à s’élever inlassablement pour dénoncer les débordements du régime. Car contrairement à une idée quelque peu répandue, le fait de combattre les tentations totalitaires n’a nullement pour effet de pousser les Libanais au désespoir. Bien au contraire, c’est en se soumettant au fait accompli et en passant sous silence les dérives sécuritaires que l’on risque de pousser les jeunes à prendre le chemin de l’exil volontaire. Lutter contre la déliquescence de la vie politique et des pratiques démocratiques constitue en soi un acte de foi en l’avenir et montre bien que l’on continue de croire, malgré tout, en un changement inéluctable. L’acharnement manifesté par les milieux loyalistes à combattre par tous les moyens les principaux pôles de Kornet Chehwane prouve sur ce plan que ce rassemblement gêne le pouvoir en place et qu’il est, de ce fait, sur la bonne voie. Parallèlement au rôle que l’opposition se doit de jouer pour rectifier le tir au niveau national, un seul homme peut encore initier un changement de cap, s’il prend la décision qui s’impose à ce propos : le chef de l’État. Le général Lahoud ne cesse de répéter qu’il désire être le président de tous les Libanais et non pas le représentant de sa communauté au sein du pouvoir. Cela implique qu’il devrait, à plus forte raison, rester au-dessus de la mêlée en évitant de parrainer, d’une façon ou d’une autre, un seul clan politique. Et, à cet égard, il n’est jamais trop tard. Il y va, en quelque sorte, de la pérennité des spécificités libanaises. Michel TOUMA
Un observateur cherchant à schématiser en quelques mots le comportement du régime au cours de l’année écoulée n’aurait pas trop de mal à trouver la formule convenant à la situation qui a prévalu ces derniers mois sur la scène locale, à savoir: l’antithèse de l’État de droit. Car à plus d’un égard et à diverses occasions, l’équipe en place s’est ingéniée, par le biais des forces de l’ombre et des «Services» tristement célèbres, à faire table rase des règles les plus élémentaires censées dicter le fonctionnement des institutions constitutionnelles et étatiques. Et le plus édifiant est que ces dérives outrancières au niveau des plus hautes sphères du pouvoir paraissent être motivées non pas par ce qui aurait pu être qualifié de «raison d’État», mais simplement par de petits calculs...