Le monde est divisé sur l’opportunité d’une convention internationale interdisant le clonage humain à des fins reproductives. Le clonage reproductif est déjà illégal dans une trentaine de pays et ses partisans insistent sur l’urgence d’une interdiction internationale face aux progrès de la biogénétique. Mais la commission des Nations unies devant établir le document préparatoire à l’élaboration de cette convention s’est séparée fin septembre à New York sans parvenir à un consensus sur un texte commun proposé par l’Allemagne et la France. L’adoption de cet « aide-mémoire » aurait permis d’accélérer la procédure pour que cette convention internationale entre en vigueur au plus tôt d’ici à la fin 2004. Une trentaine de pays – de l’Australie au Japon en passant par la plupart des pays européens et l’Afrique du Sud – ont à ce jour adopté des législations interdisant l’application du clonage à la reproduction humaine. Et le Conseil de l’Europe avait notamment adopté un protocole qui interdit « toute intervention ayant pour but de créer un être humain génétiquement identique à un autre être humain vivant ou mort ». Signé par 29 États et ratifié par huit autres, ce protocole est entré en vigueur en mars 2001. Mais, en raison de l’absence de convention internationale contraignante, ces pays redoutent de voir l’apparition, aux côtés des « paradis financiers », de « paradis du clonage » où la pratique se développerait. Le blocage, selon les spécialistes de ce dossier, découle de l’opposition entre les partisans d’une interdiction immédiate du clonage reproductif à ceux qui, comme les États-Unis ou le Vatican, veulent que soient interdites toutes les pratiques de clonage humain, qu’elles soient à but reproductif ou thérapeutique. Or certains pays qui ont déclaré illégal le clonage reproductif ont laissé la porte ouverte – ou comme la France s’interrogent – sur le clonage à des fins thérapeutiques qui pourrait, éventuellement, permettre le traitement de nombreuses maladies aujourd’hui incurables. Washington et le Vatican sont les plus ardents défenseurs de cette interdiction globale car ils considèrent que l’embryon est dès la conception un être humain et donc, comme dans le cas de l’avortement, ne peut être détruit (« tué »). Contrairement aux autres questions tenant à la reproduction humaine – notamment l’avortement ou le contrôle des naissances – qui unissent l’Administration américaine actuelle au Saint-Siège et aux pays islamiques les plus traditionnels, Washington et le Vatican sont seuls dans leur opposition à tout clonage. En effet, pour l’islam, le début de la vie d’un être humain ne commence que quarante jours après la conception, et les embryons à usage thérapeutique, fabriqués pour l’utilisation de certaines de leurs cellules, sont « tués » avant ce terme. Le président français Jacques Chirac a de nouveau condamné hier le clonage humain reproductif et exhorté tous les États à « interdire et réprimer sévèrement » cette pratique « criminelle ». Déjà à la mi-décembre, Chirac a appelé les Nations unies à interdire « au plus vite » le clonage reproductif. Son ministre de la Santé, Jean-François Mattei, avait également proposé, dans le cadre d’un projet de loi national sur la bioéthique, de créer un « crime contre la dignité de la personne humaine » pour sanctionner le clonage à but reproductif.
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