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Actualités - Reportage

Printemps-été 2003 Le retour du court(photos)

L’œil n’a pas encore eu le temps de s’habituer aux détails de l’hiver qui arrive et voilà que «les grands» du vêtement annoncent couleurs et formes du printemps 2003. Entre Londres, New York, Milan et Paris, ces quatre points cardinaux de l’univers des habits, les verdicts se lancent et les ordres s’établissent. Face à une situation ébranlée par des marchés financiers tumultueux et chaotiques, les stylistes se mobilisent. N’oublions pas que si la mode est le miroir de son époque, elle est fortement dépendante aussi de son économie... Par temps de crise, l’erreur est fatale. Chez Lanvin, donc, on établit l’esprit «prêt-à-porter» (grand luxe) avec une revenante: la minijupe. Chez Dior, Galliano, comme toujours par temps de crise, table sur la sensualité. Étoffes diaphanes, drapés complices, voiles qui dévoilent et découpes prometteuses... Rien de mieux pour oublier la chute des titres et les slaloms de la Bourse... Mousseline, dentelle, plis mouvants et tombants, alanguis promettent l’oubli des valeurs qui chutent et le septième ciel en guise de réconfort. Valentino, par contre, se militarise. Le créateur part donc en guerre (contre qui?) en kaki orné de petites étoiles en guise de boutons. Il n’est pas le seul guerrier d’ailleurs. Le treillis fait des adeptes. De Londres à New York et de Milan à Rome, multipoches et drap kaki militarisent inspiration et allure. Même la minijupe a été mobilisée grâce à des zips, des boutons et des sangles lui concédant une allure guerrière. Un invité inattendu aux festins de la mode estivale: le jersey... Traité en blanc, en rose ou en gris perle, il se voit promu star de toutes les collections. Chez Yves Saint-Laurent, il devient le complice actif d’un superbe agencement de drapés sur une longue robe fluide... Chez Dolce et Gabbana, il sert de support à une mini-robe, croulant sous les plissés. Qu’en est-il du pantalon? Il survit en s’écourtant; un peu plus haut que la cheville (Chanel). Ou alors en maxi, ultralarge, ne s’arrêtant qu’au sol, cachant le haut laçage des escarpins à la mode... Les préférences toutefois sont nettement orientées vers les robes, surtout à tendance rétro, plutôt qu’aux pantalons. New York, de son côté, revit les nostalgies des années 40. Donna Karan a attrapé au vol la tendance, signant une collection «swing» présentée sur des airs de Glenn Miller dans un climat «World War II». À Paris, c’est Vuitton, sous la baguette de Marc Jacobs, qui a travaillé la même tendance mais alors teintée de «japonisme»... Sous l’influence de l’artiste japonais Takashi Muracami, qui a eu l’idée de réviser l’esprit de la boîte y compris la célèbre ligne des sacs «Monogram». Le retour du court Ce printemps à Paris, cent trente collections sont venues souffler de l’optimisme et chasser les oiseaux noirs et les mauvais augures. Dix mille modèles, au total, ont confirmé la vitalité du génie créateur français, relancer la consommation et le désir de vivre, concédant une place à la folie et l’insouciance. Après tout, ceux qui vivent sans folie non seulement ne sont pas aussi sages qu’ils le pensent, mais ne font vivre personne... Il en est ainsi de la mini... Facile, économique, elle peut rapporter gros en revenant sur scène. On habille en déshabillant, tout en doublant la mise... En prime, un coup de folie qui redonne couleur et fouette l’envie de vivre... Ostensiblement, la mode de cet été, forte de cette argumentation, est plus que racoleuse. Taille nue sous des vestes très courtes, strings et micro-short, chaînes et ceintures métalliques retenant des étoffes aériennes et transparentes. On se croirait au dernier tableau d’une revue de cabaret... Tout ça certes divertit, amuse, rince l’œil... Mais il donne aussi l’impression qu’on est désespérément à l’affût de recettes. Des arrangements complaisants avec l’époque et ses goûts, dans l’espoir de garder et si possible d’attirer intérêt et clientèle... Ça fait penser aux salles de cinéma en période basse, où on exhume des anciens succès pour remonter la pente... Quand le court revient, c’est que les rentrées sont à court... Le verre revient à la mode La Lorraine, en France, est le pays du verre-étoile. Depuis quatre siècles, elle représente le foyer de la création verrière. Elle abrite la cristallerie Saint-Louis depuis 1586, la maison Daum depuis 1878, celle de Baccarat depuis 1764. Rien que ces noms suffisent pour faire de cette contrée le foyer étincelant «de la haute couture» de ce précieux verre, qui représente le nec plus ultra de l’industrie verrière. Pour la première fois dans l’histoire, en octobre passé, les cristalleries de Lorraine ont ouvert leurs portes, cinq jours durant, au grand public. Ces maisons à haute tradition, devenues symboles du cristal, sont réputées pour cultiver leur art en secret presque et surtout à l’abri des regards. Cette entorse à leurs traditions s’est faite dans le cadre du troisième symposium international du verre organisé par le Centre de recherche et de formation aux arts verriers à Nancy. Cette manifestation entend rendre hommage et promouvoir l’art du verre contemporain en consacrant «les nouveaux talents». Le Liban aurait tout intérêt d’adopter cette vogue annoncée de l’industrie verrière. Pline le Jeune, le célèbre écrivain latin, raconte comment des marchands phéniciens ayant fait nauffrage et échoué sur la côte libyenne «allumèrent sur le sable avec quelques brindilles un feu qu’ils entretinrent toute la nuit avec leur cargaison de nitrite. Au matin, ils eurent la surprise de découvrir au creux du foyer une matière inconnue, dure et translucide». Qu’avons-nous fait de cet héritage? L’épopée technologique du verre qui s’est développée au cours du XXe siècle semble faire fi de cet héritage que nous-mêmes d’ailleurs semblons avoir oublié. «Aujourd’hui, prônent les industriels étrangers, il s’agit de donner au verre, en plein renouveau, l’accès à la modernité». Conjuguant histoire de l’art, création actuelle et performance technique, des pays étrangers sont en train de donner un nouvel essor à l’industrie et l’art du verre. Qu’attendons-nous pour suivre leur exemple et remettre, avec réflexion et savoir-faire, le verre à la mode? «Le fait d’imaginer des éléments de construction ou de décoration par des artistes verriers est, me semble-t-il, loin d’être une extravagance», a affirmé récemment le conservateur du Musée des arts décoratifs de Paris. Joaillerie Une nouvelle pierre est née Pour conter, une fois de plus, Versailles, une nouvelle étoile est née... Le joaillier Chopard a choisi cette demeure royale pour présenter, à six cents heureux élus, une pierre précieuse inédite! Une nouvelle collection créée autour de cette «pierre inédite» marquait l’entrée au monde des privilégiés de cette nouvelle étoile. Golden Diamond est le nom de cette nouvelle merveille en or, taillée comme un brillant. La mise en scène était à la hauteur des espoirs du grand joaillier. Jongleurs, acrobates, danseurs et funambules, tous de blanc vêtus, ressuscitaient des visions féeriques d’une Venise onirique... Devant une foule de célébrités et d’altesses, de stars de la finance et de l’écran, une danseuse étoile du Bolchoï, Anastasia Volockhova, survola la scène par un superbe saut symbolisant la naissance de ce nouveau diamant en or... Quelques numéros acrobatiques ont pris le relais, suivis d’un défilé de joyaux créés autour de la nouvelle trouvaille, portés par Naomi Campbell et Eva Herzigova. En fin de soirée, c’est Dee Dee Bridgewater qui a chanté in vivo Gold Diamond que les invités reprirent en chœur... Pour l’instant, on sait peu de choses sur le diamant en or devenu déjà, par la grâce de la pub et la féerie du lieu, légende. La performance en tout cas est de taille... Transformer l’or en diamant, c’est un filon qui mérite bien une fête... Une fleur pour la modiste La seconde partie du XXe siècle et les cheveux au vent ont poussé les chapeaux, bon gré mal gré, hors des mœurs et de la mode... Ils se sont à jamais envolés par-dessus les moulins, et les modistes enrayés des registres professionnels du vêtement et de la mode... À Paris vient de s’éteindre, à 92 ans, la dernière grande étoile de la profession: Claude Saint-Cyr... Avec elle s’estompe à jamais l’image de la femme aux gants et collier de perles, lointaine et languissante sous la toque ou la capeline qui ombrait son regard... La dernière page de l’histoire du chapeau vient d’être tournée avec la disparition de cette ultime grande modiste, la plus grande parmi les grandes de l’après-guerre. La dernière aussi. Dans ses salons ouverts à Paris en 1937 au Faubourg Saint-Honoré, elle présentait des collections (deux fois l’an) de plus de cent modèles chacune... À cette époque, on changeait de chapeau selon la tenue et les circonstances, et l’élégance ne s’imaginait pas «à tête nue». Dans les années de l’après-guerre, il arrivait aux «femmes du monde», comme on appelait alors les dames «in», de changer jusqu’à cinq fois de couvre-chef par jour... Les chapeaux d’alors étaient exécutés sur commande et leurs créatrices étaient des artisanes prospères. Dans le jargon du métier, Claude Saint-Cyr était une «sculpteuse», c’est-à-dire une créatrice inspirée et non pas une «garnisseuse» sans génie et sans solide aptitude technique, se contentant de garnir une calotte. Telle un grand couturier, Claude Saint-Cyr inventait des formes, créait des lignes, lançait des vogues... Sa réputation s’étendait à Londres, New York, l’Amérique latine. Dans les années 50, elle et Simone Mirman avaient été désignées par la cour britannique modistes attitrées des deux jeunes princesses: Élisabeth et Margaret. Et c’est Claude Saint-Cyr qui créera plus tard la coiffe de mariée de la princesse Margaret. C’est elle aussi qui posera voile et diadème lors du couronnement d’Élisabeth II et c’est elle toujours qui créera les trente-quatre chapeaux que porta la souveraine lors de sa visite en France, en 1957. La duchesse de Windsor, l’impératrice Farah Diba, la bégum Aga Khan étaient ses clientes, dociles et régulières, fières d’arborer ses créations. À partir des années 60, le déclin du chapeau a gonflé les cheveux à la joie d’Alexandre et de Carita qui lançaient la coiffure «à la lionne». Mais elle a mis un triste bémol à la carrière de Claude Saint-Cyr. Brigitte Bardot et Sophia Loren, appelées en catastrophe pour relancer la mode des têtes couvertes, n’ont pas réussi à ranimer la vogue moribonde... Le chapeau perdait sa mise... En 1964, Claude Saint-Cyr tourna définitivement la page... Elle ferma ses salons et tenta de se convertir au prêt-à-porter, toujours sous la même griffe. Les miracles, hélas, ne surviennent qu’une fois... Elle l’a compris très vite. En 1972, elle ferma ses ateliers et tira définitivement son chapeau à la profession. Vingt ans durant, elle sera conseillère et consultante en coiffes chez Lemarié, le spécialiste par excellence des tenues de mariage. Une vie bien pleine, bien longue vient de se terminer, chez elle, à la campagne auprès de sa famille... Loin «de ces femmes sans tête», se promenant tête nue...
L’œil n’a pas encore eu le temps de s’habituer aux détails de l’hiver qui arrive et voilà que «les grands» du vêtement annoncent couleurs et formes du printemps 2003. Entre Londres, New York, Milan et Paris, ces quatre points cardinaux de l’univers des habits, les verdicts se lancent et les ordres s’établissent. Face à une situation ébranlée par des marchés financiers tumultueux et chaotiques, les stylistes se mobilisent. N’oublions pas que si la mode est le miroir de son époque, elle est fortement dépendante aussi de son économie... Par temps de crise, l’erreur est fatale. Chez Lanvin, donc, on établit l’esprit «prêt-à-porter» (grand luxe) avec une revenante: la minijupe. Chez Dior, Galliano, comme toujours par temps de crise, table sur la sensualité. Étoffes diaphanes, drapés complices, voiles...