Trois ans après avoir pris le pouvoir par un coup d’État, le président pakistanais Pervez Musharraf sort considérablement affaibli des élections législatives de jeudi dernier qu’il a organisées et largement tenté de manipuler. Deux des principaux partis politiques traditionnels pakistanais, dont les dirigeants, Mme Benazir Bhutto et M. Nawaz Sharif, ont chacun été Premier ministre dans le passé, ont rejeté le résultat du scrutin, ce qui met le général Musharraf en position délicate. Le « dictateur le plus populaire en Occident », comme l’ont surnommé certains Pakistanais, a également été vivement critiqué par les observateurs électoraux de l’Union européenne, qui ont sérieusement mis en cause les ingérences de l’appareil d’État dans le processus électoral. Enfin, le résultat des élections donne une envergure sans précédent, dans l’histoire du Pakistan, aux partis fondamentalistes musulmans qui ont axé toute leur campagne sur le rejet du ralliement pakistanais à la coalition antiterroriste internationale. Ce succès a fait craindre une « talibanisation du Pakistan », et risque de susciter l’opprobre, voire des poussées de fièvre, tant en Occident – et à Washington en particulier – que chez les investisseurs étrangers dont le Pakistan a tant besoin pour redresser son économie. Habitué à un pouvoir sans partage depuis trois ans, pressé par la communauté internationale de rétablir la démocratie, le général Musharraf n’avait guère d’autres choix que d’organiser des élections. Il a d’ailleurs tenté de « bétonner » le processus électoral en modifiant la Constitution pour s’octroyer cinq ans de présidence, s’arroger le droit de dissolution du Parlement et instaurer un conseil national de sécurité – qu’il préside – et dont la fonction officielle sera de « superviser » les actes du gouvernement. Mais l’apprenti sorcier n’a pas réussi à donner une majorité au parti dont il a suscité la création, la Ligue musulmane pakistanaise-Quaid (PML-Q), qui n’a obtenu – dans des conditions pourtant contestées par l’Union européenne – qu’un tiers des voix à l’Assemblée nationale. Le PML-Q, surnommé « parti du roi », ne peut gouverner seul et n’a comme choix que de s’allier aux religieux, fait inconcevable pour le reste du monde, ou à l’opposition, très critique de la dictature militaire. Habitué à gouverner seul depuis trois ans, le général Musharraf devra donc dorénavant non seulement abandonner le pouvoir à un Premier ministre, mais en plus accepter les compromis indispensables qu’imposera un gouvernement de coalition. Autant de couleuvres que le général n’avait pas pris l’habitude d’avaler dans le passé, même s’il était au ban de la communauté internationale – pour son putsch – avant de revenir à la lumière par son ralliement à la coalition antiterroriste menée par Washington. Car la crise née du 11 septembre 2001 aux États-Unis a concentré l’attention du monde sur le Pakistan, seule plate-forme possible pour une intervention massive sur l’Afghanistan voisin. Un Afghanistan dont les dirigeants, les talibans, étaient les purs produits des services de renseignements pakistanais qui les ont formés, armés puis soutenus pendant toute la période de 1996 à 2001. Coincé entre la politique intérieure et les pressions occidentales, le général Musharraf voit se rétrécir sa marge de manœuvre.
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