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CONCERT À l’Assembly Hall-AUB Duo violon-piano : sonates et mélodies tziganes(photo)

Noir et blanc. Elle, Annette-Barbara Vogel, violon niché au creux de l’épaule, portait une robe noire basse, agrémentée de rayures blanches, avec un boléro retenu par des bretelles ultraminces. Lui, Ulrich Hoffmann, frac tombant sur la banquette du clavier, mains sur les touches d’ivoire, arborait un col cassé avec un papillon blanc. Présenté par le Kulturzentrum à l’Assembly Hall, le duo a fait résonner, avec brio et éclat, de superbes pages de Brahms, Prokofiev, Beethoven et Sarasate. Ouverture passionnée et véhémente avec un brillant scherzo de Johannes Brahms, où le violon et le piano croisent littéralement le fer... Et ce n’est qu’à cause des flashes aveuglants des photographes (quelle délicatesse dans le métier de ces braves artistes !) que l’archet de la violoniste dérape tout au début pour reprendre vite son souffle et passer à une vitesse de croisière aux nuances des plus subtiles. Narration courte mais vibrante où transparaissent la mélancolie et le bouillonnement romantiques de ce musicien originaire des bords de l’Elbe et émigré jusqu’au Danube. Plus moderne et stridente est la sonate (la première) pour violon et piano de Serguei Prokofiev, où les accords du clavier sont martelés tandis que l’archet cravache, racle ou caresse des cordes aux déchaînements imprévisibles. Rigueur classique mais orientée vers une recherche lucide et constante de procédés musicaux nouveaux. Grande richesse sonore d’une œuvre éruptive et nerveuse, débouchant souvent sur des rythmes variés. Premières mesures inquiètes et inquiétantes pour cette écriture audacieuse et tendue, aux images sonores somptueuses et aux pizzicatti surprenants et séduisants. Les modulations aux tons éloignés et les changements de rythmes sont les atouts majeurs de cette pièce où, en pianiste consommé, Prokofiev fait aussi la part belle au piano, son instrument de prédilection. Reprise après l’entracte avec la fougue romantique de Ludwig van Beethoven. Une huitième sonate en sol majeur (trois mouvements) où éclatent les passions et les remous intérieurs d’un musicien hanté par l’idée du bonheur, paradoxalement, constamment en fuite. Impétueuse et tendre sonate où, à travers chromatismes lumineux et mélodie chantante, s’expriment des élans indomptés. En conclusion, des phrases ondoyantes et vives qui donnaient l’impression d’un rondo prestement enlevé. Pour terminer, les auditeurs avaient rendez-vous avec les airs chavirants de Pablo de Sarasate. Déchirants et diaboliques airs magyars où le violon ullule, mugit, soupire. Frénésie tzigane pour un violon paganinien où les tirades vous coupent littéralement le souffle. Instrument de l’errance, de la solitude et de la joie, le violon a ici des accents sublimes. Pas de gerbes de fleurs, mais une chaleureuse ovation et un bis généreusement accordé par deux interprètes au-dessus de tout éloge pour un public peu nombreux et probablement encore plus préoccupé par les multiples tracas de la rentrée que par la beauté et l’harmonie de l’expression musicale. Edgar DAVIDIAN
Noir et blanc. Elle, Annette-Barbara Vogel, violon niché au creux de l’épaule, portait une robe noire basse, agrémentée de rayures blanches, avec un boléro retenu par des bretelles ultraminces. Lui, Ulrich Hoffmann, frac tombant sur la banquette du clavier, mains sur les touches d’ivoire, arborait un col cassé avec un papillon blanc. Présenté par le Kulturzentrum à l’Assembly Hall, le duo a fait résonner, avec brio et éclat, de superbes pages de Brahms, Prokofiev, Beethoven et Sarasate. Ouverture passionnée et véhémente avec un brillant scherzo de Johannes Brahms, où le violon et le piano croisent littéralement le fer... Et ce n’est qu’à cause des flashes aveuglants des photographes (quelle délicatesse dans le métier de ces braves artistes !) que l’archet de la violoniste dérape tout au début pour...