Le conservateur Edmund Stoiber a longtemps refusé les lauriers de la candidature, par « devoir » pour la Bavière, son premier amour. Si le plus prussien des Bavarois brigue dimanche la chancellerie, c’est encore par « devoir », pour, dit-il, remettre l’Allemagne sur le chemin de la discipline. Si ce n’était sa veste traditionnelle, col haut et fine bordure verte, personne ne devinerait que Stoiber est bavarois. Grand, élancé, il est avare de gestes chaleureux, une insulte dans une région qui se sent « plus proche de la Méditerranée que de la mer du Nord ». Au point que le cabaretier Bruno Jonas se demande « comment, avec son physique, il a pu devenir ministre-président » de l’État régional en 1993. Et le rester, avec à chaque fois plus de 50 % des voix. Son directeur de campagne, Michael Spreng, a beau faire, ce catholique pratiquant âgé de 60 ans continue à porter des toasts avec un verre d’eau et à poser avec Karin, son épouse depuis 34 ans, comme s’il venait de faire sa connaissance. En revanche, Spreng a réussi à donner un profil plus libéral aux discours du dirigeant de l’Union chrétienne-sociale (CSU), petite sœur bavaroise de la puissante Union chrétienne-démocrate (CDU). Car s’il n’est pas de bon ton de s’épancher dans le monde de Stoiber, la colère, elle, a droit de cité : contre l’Europe, le contrat de mariage homosexuel, l’immigration, l’abandon du nucléaire, etc. Du populisme pur jus qui avait desservi son mentor, Franz Josef Strauss, premier Bavarois à se présenter, sans succès, à la chancellerie en 1980, et dont Stoiber avait dirigé la campagne. Fidèle au slogan « liberté ou socialisme », Stoiber s’était fait remarquer en comparant « le harcèlement contre Strauss » à celui « contre les juifs sous le IIIe Reich ». Et en produisant un film où des images du chancelier social-démocrate d’alors, Helmut Schmidt, côtoyaient celles de Roland Freisler, juge nazi. Devoir oblige, Stoiber s’est résigné à la discrétion dans la campagne électorale, pour ne pas faire d’ombre à son camp. Un exercice difficile pour un homme habitué à tout contrôler dans son fief. Difficile d’admettre que, brillant dans les limites de ce qui peut être préparé, il perde pied devant l’imprévisible. Rien ne le prédestinait a priori à sa carrière politique. Fils d’une famille pauvre du village d’Oberaudorf, il rêve de football. C’est sa mère, dont le mari est régulièrement au chômage, qui le pousse au lycée. Edmund redouble sa classe, bute sur le latin, mais finit, s’inclinant peut-être devant sa médiocrité au stade, par devenir celui dont sa mère avait toujours rêvé : étudiant en droit, puis avocat. La fibre politique le prend à 17 ans, quand, « profondément bouleversé » par les discours de Strauss, il entre dans les Jeunesses de la CSU. Ensuite, il épousera Karin, une Allemande des Sudètes qui lui donnera deux filles et un fils. Depuis, Stoiber a continué son chemin en ligne droite, sans jamais se retourner, toujours accroché aux mêmes idéaux. Secrétaire général de la CSU, directeur de la chancellerie régionale, ministre régional de l’Intérieur, ministre-président... Jusqu’à l’apothéose : sa propulsion inattendue à la candidature à la chancellerie à la place d’Angela Merkel, présidente de la CDU. Il paraît qu’il existe un autre Edmund Stoiber, drôle et décontracté, un bavarois pure souche. Mais c’est peut-être parce que Stoiber fait oublier d’où il vient qu’il peut devenir le 22 septembre le premier chancelier bavarois de l’histoire de la République fédérale d’Allemagne.
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