Hommes et femmes recommencent timidement à se serrer la main, voire à se faire la bise, en particulier dans le nord de Téhéran, spectacle encore impensable voilà peu en Iran, où la Révolution islamique de 1979 a interdit de fait de telles manifestations. Sur l’avenue Vali-asr, un groupe d’amis, des jeunes et des moins jeunes, se faisaient la bise, ou se serraient chaleureusement la main en sortant à minuit tapant du restaurant, heure de fermeture désormais obligatoire. « Nous n’avons pas peur, même si cela risque de nous attirer des ennuis. Parfois aussi, je prends mon petit ami par la main. Mais, bien sûr, il y a des limites à ne pas dépasser », explique Taghaneh, 20 ans. « Inconcevable de s’enlacer, au risque d’être provocants. Mais il y a de gros progrès par rapport à trois ou quatre ans, quand des gestes tendres étaient impossibles. Pour moi, c’est le principal acquis des années de présidence de Mohammad Khatami », élu en 1997, assure-t-elle. Jeudi soir, c’est par centaines que les jeunes descendent, main dans la main et en riant, les petites rues escarpées de Darban, dans le nord montagneux de Téhéran. « C’est très net, surtout à l’aéroport. Avant, un regard chaleureux entre un homme et une femme était déjà suspect. Maintenant, l’accueil est jovial, les gens se prennent dans les bras, et, hommes ou femmes, se font facilement la bise », relève Behrouz Minabi, homme d’affaires voyageant souvent à l’étranger. « Et personne n’est là pour les réprimander ni même leur faire de gros yeux. » Théoriquement, tout contact, même le serrement de mains, est interdit sur les lieux publics entre hommes et femmes qui ne sont pas de familles très proches. Cela valait même pour les cousins. Des « gardiens de la révolution » ou des miliciens vérifiaient l’état matrimonial des amoureux, et n’hésitaient pas à arrêter, voire emprisonner les couples « illicites ». De nombreux cafés se sont ouverts à Téhéran, où l’on pourrait se croire, n’étaient le foulard sur la tête des femmes et l’absence totale de boisson alcoolisée, dans un bistrot occidental. « Il y a une évolution indéniable depuis quelques années, plus de liberté, et elle se manifeste ainsi », explique la sociologue Nachmile Razavi. « En fait, il pouvait arriver que les jeunes s’embrassent sur la joue ou se serrent la main. Mais ils essaient de se cacher. C’est un barrage psychologique qui disparaît », ajoute-t-elle. Pourtant, depuis quelques mois, la répression revient, sporadiquement, et les arrestations de jeunes, coupables d’« attitudes dépravées », réapparaissent. « C’est un paradoxe supplémentaire de la vie téhéranaise et des soubresauts politiques », relève la sociologue. Seules toutefois les couches aisées, souvent occidentalisées, de la population sont concernées. Les barrières et la pudeur religieuses, la tradition, tout autant que les contraintes du régime, interdisent les gestes amoureux en public à la grande majorité de la population.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Hommes et femmes recommencent timidement à se serrer la main, voire à se faire la bise, en particulier dans le nord de Téhéran, spectacle encore impensable voilà peu en Iran, où la Révolution islamique de 1979 a interdit de fait de telles manifestations. Sur l’avenue Vali-asr, un groupe d’amis, des jeunes et des moins jeunes, se faisaient la bise, ou se serraient chaleureusement la main en sortant à minuit tapant du restaurant, heure de fermeture désormais obligatoire. « Nous n’avons pas peur, même si cela risque de nous attirer des ennuis. Parfois aussi, je prends mon petit ami par la main. Mais, bien sûr, il y a des limites à ne pas dépasser », explique Taghaneh, 20 ans. « Inconcevable de s’enlacer, au risque d’être provocants. Mais il y a de gros progrès par rapport à trois ou quatre ans, quand des gestes...