Pour la clôture du Festival de Byblos, toujours en fête avec des airs méditerranéens, une jeune femme qui défend la chanson moderne arabe à texte. Menue et frêle, toute simple avec ses cheveux longs au vent, son jeans noir moulant, sa chemisette blanche lui enserrant la taille et ses bracelets en argent aux bras, Tania Saleh, auteur, compositeur et interprête, a une présence discrète, presque timide sur scène. Cette scène plantée litteralement à ras de flots et baignée de lumière par les spots. Entourée de ses musiciens eux aussi en tenue très cool, arborant t-shirts et jeans, le ton est donné d’office à la décontraction absolue comme tous ces concerts de jeunes pour qui la musique seule est un visa vers le voyage et le rêve… Sorbonnarde, Tania Saleh a pourtant opté de chanter en arabe. Probablement question de mieux se retrouver et affirmer ses racines. En accordant la priorité aux mots. Cela va naturellement dans le sens d’une éducation, d’une formation. À leur choix, leur luisance, leur résonance, leur acidité, leur virulence, leur causticité, leur rire, leur émotion, leur tristesse. À ces mots bleus et rouges où se mêlent les intermittences du cœur et le spleen de vivre. Elle choisit pour sa première mélodie de parler de la «nouvelle génération», celle qui vit la dérive d’un quotidien aux horizons incertains (pour ne pas dire bouchés !) Mais le courage et l’espoir avec elle sont tenaces. Et d’enchaîner avec des thèmes différents, entre deux soupirs de «ya leil», où viennent se ranger les confessions et les confidences d’une femme amoureuse, la révolte contre une société factice, les aléas des bonheurs fragiles, le désir d’en finir avec les tonnes de tracas qui nous obstruent la vue... Sans larmes ni cris ni vociférations, Tania Saleh avec son cortège de mots et ses notes métissées entre éclats jazzy, embardées rock et trémolos orientaux, égrène en douce mais avec fermeté les bobo du cœur et le malaise de vivre. Sans pour autant oublier la musique aux vibratos bien levantins qui bat parfois à un rythme d’enfer comme cet interlude trop long où elle présente ses nombreux musiciens. Du qanun au riff en passant par le «oud», la basse, la guitare, la batterie et la tabla, les instruments ont ici d’étranges correspondances et de secrètes harmonies qui se lient et se délient au gré des vagues de mots et des humeurs. Mais il y a dans ce tour de chant (à la sonorisation inutilement accentuée) nimbé d’une certaine poésie et enrobé d’un drôle d’humour, non seulement le désir de dénoncer les travers d’une société ou de réfleter l’image de la femme, mais aussi la volonté de donner à la chanson arabe moderne à texte une identité nouvelle. Tout cela avec infiniment de tendresse et la touchante maladresse des novices. Edgar DAVIDIAN
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Pour la clôture du Festival de Byblos, toujours en fête avec des airs méditerranéens, une jeune femme qui défend la chanson moderne arabe à texte. Menue et frêle, toute simple avec ses cheveux longs au vent, son jeans noir moulant, sa chemisette blanche lui enserrant la taille et ses bracelets en argent aux bras, Tania Saleh, auteur, compositeur et interprête, a une présence discrète, presque timide sur scène. Cette scène plantée litteralement à ras de flots et baignée de lumière par les spots. Entourée de ses musiciens eux aussi en tenue très cool, arborant t-shirts et jeans, le ton est donné d’office à la décontraction absolue comme tous ces concerts de jeunes pour qui la musique seule est un visa vers le voyage et le rêve… Sorbonnarde, Tania Saleh a pourtant opté de chanter en arabe. Probablement question...