Les grands argentiers européens ont apporté ce week-end à Copenhague leur plein soutien au pacte de stabilité, qui demeure le cadre dans lequel devrait prospérer les économies européennes, mais les voix ne manquent pas pour proposer son assouplissement en ces temps de basse conjoncture. La stagnation de la croissance nourrit des interrogations sur la capacité de l’Allemagne, de la France, du Portugal et dans une moindre mesure de l’Italie, de respecter l’objectif de retour à l’équilibre budgétaire en 2004, comme ils s’y sont engagés dans le cadre du pacte, alors que leurs finances sont déjà très dégradées. « L’Union monétaire est confrontée à sa première crise qui intervient plus tôt qu’on ne l’attendait », selon Eric Chaney, économiste à Morgan Stanley. Les critiques fusent : « Les critères du pacte sont trop restrictifs et il n’y a aucune logique économique pour que les États soient contraints de ramener leurs budgets à l’équilibre en 2004 », estime David Walton, économiste à Goldman Sachs. C’est aussi l’avis du ministre français Francis Mer, qui prépare le terrain pour un éventuel report du calendrier de 2004, en affirmant samedi que l’essentiel « est de garder le cap » de l’assainissement budgétaire, sans tout ramener à « une question de pourcentage ». « Il ne faut pas s’attacher à la lettre de l’accord », « mais à son esprit », selon lui. Mais l’objectif de l’équilibre avait déjà été repoussé de 2002 à 2004, et de report en report, le pacte risque de perdre sa crédibilité. Plusieurs pistes sont dès lors explorées pour assouplir à terme le carcan sans dénaturer le pacte, censé assurer l’homogénéité des politiques des douze pays qui partagent l’euro sans partager le même État. Une première idée a été avancée par le ministre italien des Finances Giulio Tremonti, soutenue également par le commissaire européen à la Concurrence, Mario Monti il s’agit d’assouplir le calcul des déficits publics en en déduisant les dépenses d’investissement qui garantissent l’avenir de la prospérité des Européens. « Mais réformer le critère est plus facile à dire qu’à faire », estime Eric Chaney, car comment décider de ce que sont les dépenses d’investissement ? « La question est difficile à trancher : le salaire d’un enseignant, est-ce une dépense d’investissement ou une dépense courante », interroge aussi un diplomate européen. Une autre piste ouverte par la Commission européenne est de tenir davantage compte des déficits structurels que de ceux liés à la conjoncture. Là aussi, la même difficulté est soulevée : comment isoler le structurel du conjoncturel et quelle autorité sera habilitée à le faire ? demande l’économiste de Morgan Stanley. D’autres voies sont à explorer, comme par exemple celle « de tenir davantage compte du niveau de la dette publique plutôt que du déficit », ou « d’autoriser les États à laisser dériver leurs déficits au-dessus du seuil de 3 % pour des raisons d’évolution de la conjoncture », propose David Wolton. Au total, un consensus se dégage : l’abandon pur et simple du pacte serait « une fausse réponse aux difficultés conjoncturelles », souligne Véronique Riches Flores, économiste à la Société Générale, qui rappelle que « les déficits d’aujourd’hui sont la dette de demain ». Pour les responsables européens, le pacte reste le moyen de soutenir la croissance et de restaurer la confiance des entreprises et des consommateurs européens dont la chute du moral ces derniers mois est la principale cause de la stagnation économique. « Si les autorités s’en tiennent résolument à leur politique orientée vers la stabilité, ce sera la meilleure manière de rétablir la confiance et donc, le meilleur moyen de permettre à la reprise de prendre son élan », a ainsi souligné samedi Wim Duisenberg, président de la Banque centrale européenne, à l’issue de la réunion de Copenhague.
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