L’Union européenne a confirmé ses difficultés à se positionner face à la menace d’une guerre en Irak, lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères des Quinze qui s’est achevée le week-end dans la petite ville danoise d’Elseneur, au nord de Copenhague. À deux pas du château de Kronborg d’Hamlet, parler d’une seule voix a relevé du dilemme shakespearien, entre le Royaume-Uni, l’Espagne ou l’Italie, proches de la ligne dure des États-Unis à l’égard de Bagdad, et l’Allemagne, opposée à toute offensive américaine unilatérale contre Saddam Hussein. Les Quinze ont durci le ton contre le président irakien, sommé de rouvrir « immédiatement » les portes de son pays aux inspecteurs des Nations unies. Faute d’unité sur l’action militaire préventive prônée par Washington, ils cherchent désormais à s’appuyer sur l’Onu, créditée d’un « plein soutien » pour tenter de trouver une issue à la crise. Attaquer ou ne pas attaquer ? « Personne n’a demandé un effort de guerre. Personne n’a proposé une guerre. Il n’y a donc pas de raison que nous nous prononcions sur une guerre qui est hypothétique », a éludé samedi le chef de la diplomatie danoise, Per Stig Möller, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE. « C’est dans le cadre du Conseil de sécurité que toute solution doit être trouvée », a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Dominique de Villepin. « Il appartient aussi au Conseil de sécurité d’examiner toutes les options, y compris militaires, qui pourraient être envisagées », a-t-il estimé. « Tout le monde reconnaît que si les inspecteurs revenaient et étaient en mesure de faire pleinement leur travail, les risques que l’Irak pose et la nécessité d’une action militaire diminueraient », a affirmé son alter ego britannique, Jack Straw. « Comme toujours, c’est le plus petit dénominateur commun qui a prévalu », constate un diplomate. Saddam Hussein suscite une aversion commune mais le fossé subsiste entre les partisans d’un endiguement continu du régime irakien et ceux de son renversement. Une différence dont Bagdad espère profiter en envoyant prochainement des émissaires plaider sa cause dans plusieurs capitales de l’UE, dont Paris et Berlin. À ce jour, seule l’Allemagne a exclu de soutenir une offensive contre l’Irak. Mais d’autres, comme la France ou la plupart des petits pays de l’UE, craignent un embrasement au Proche-Orient, si les États-Unis lancent seuls une attaque que même les Arabes modérés comme le président égyptien Hosni Moubarak rejettent. Le chef de la diplomatie de Berlin, Joschka Fischer, a insisté à Elseneur sur « le très grand danger et l’impossibilité d’évaluer les risques » d’un tel conflit. Il a rejeté l’idée d’un « ultimatum » à Bagdad « car si les Irakiens n’obéissaient pas, on serait obligés d’aller à la guerre ». Le pacifisme allemand, que des diplomates attribuent à la proximité des élections législatives du 22 septembre, ne s’infléchira pas forcément en cas d’alternance. Le candidat chrétien-démocrate à la chancellerie, Edmund Stoiber, prône un retrait des blindés allemands du Koweït en cas de guerre en Irak. Difficile dès lors pour l’UE de concilier la ligne de Berlin avec celle de Londres ou Rome, prompts à s’afficher les plus sûrs alliés de l’Administration Bush, à dix jours de l’anniversaire des attentats du 11 septembre. Selon la presse dominicale anglaise, le Premier ministre britannique, Tony Blair, a demandé au président américain, George W. Bush, de chercher un soutien international plutôt que d’attaquer seul Saddam Hussein. Mais il a aussi mis en garde samedi contre tout immobilisme, affirmant que « ne rien faire en ce qui concerne la violation par l’Irak des résolutions de l’Onu n’est pas une option ».
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