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Actualités - Opinion

Impression La voiture, l’image... la fille

quoi rêvent les jeunes adultes ? C’est le boulot de la publicité de tracer le contour des rêves, même les plus inavoués. Dans un pays dont on annonce la faillite, par à-coups, depuis dix ans, il y a encore ce miracle familier d’un argent qui circule. D’où ça vient ? Mystère. Tous les limiers de l’économie sont à la recherche de la poche-mère. Ou est-ce le portefeuille-père ? Peu importe. On sait que le touriste dépense un argent léger, en consommations immédiates ou en vêtements, en bijoux et autres objets faciles à emporter. Pour les voitures, seul compte le marché local. De l’âge du permis jusqu’à l’âge de marier sa fille, le Libanais est un acheteur potentiel permanent de belles caisses. Pendant la guerre, avec rien que des moignons de routes pour tourner en rond et zoner chacun dans sa zone sur de l’asphalte rapiécé, que les obus émaillaient de leurs cratères étoilés et qui perdait ses pansements à la première pluie, la voiture d’occasion faisait florès. À quoi bon l’acheter neuve, « de la compagnie », en franbanais, si c’était pour la livrer à la ferraille, une fois que les nids de poule, les francs-tireurs et les tireurs moins francs avaient fait leur boulot ? Les voitures d’occasion, elles venaient de partout avec leurs plaques d’origine, par cargos entiers. Partout on croisait des allemandes, des françaises, des italiennes dont les premiers propriétaires étaient probablement partis acheter des cigarettes et que des indélicats avaient définitivement guéris de leur vice en les faisant rentrer à pied. Le Nord, en particulier, c’était (c’est toujours ?) Stuttgart-sur-Méditerranée. Les allemandes, c’était à qui aurait la plus grosse pour emmener sa copine faire un tour dans les étoiles. À l’heure où les loups vont boire, le sport consistait, en l’absence de portables, à faire le tour du village à la recherche de sa bande. On se croisait, on s’arrêtait, on bavardait, on se concertait. Dans la file paralysée à l’arrière, nulle protestation. Tout le monde avait le temps et chacun savait que tout-à-l’heure il ferait à son tour appel à la patience des autres. En définitive, il y en avait bien qui garaient leur voiture indigne pour embarquer dans la plus rutilante, dont le conducteur était aux petits soins de ses passagers. Plus que conduire, celui-ci menait la meute où bon lui semblait, décidait de la destination finale, tenait les rênes en même temps que le volant. On reconnaissait le chef à sa cylindrée. Entre l’acquisition d’une voiture et l’achat d’une maison, en cette période instable où personne n’avait l’intention de rester sur place, quitte à tourner en rond, l’arrière des berlines se transformait en nid d’amour, et Joséphine osait... Voilà que, vingt ans après, on nous matraque : « T’as la voiture, t’as l’image ; t’as l’image, t’as la fille. » La pub ne dit pas que celui qui profite le mieux de la fille n’est pas forcément celui qui conduit. La pub ne dit pas non plus que la fille, elle, préfère les hommes en dur, du genre qui sait se servir de sa propre mécanique au besoin. La pub ne dit pas que les filles, elles aussi, participent de la machine économique et qu’elles ont des ambitions et des bagnoles. Pour autant, plus fières de leur carrosserie naturelle, elles ne se confondent pas à la tôle qui les entoure au point de s’en faire une identité. Le gars avec la voiture, et l’image qui va avec, ça les laisse sceptiques. Parce qu’au bout du compte, elles savent que la caisse finit à la casse, que l’insecte perd sa carapace et que – pardon de forcer sur la rime – les images passent et les illusions lassent. Messieurs de la pub, votre socio n’est pas à jour, les filles vous prient de revoir la copie. Fifi ABOUDIB
quoi rêvent les jeunes adultes ? C’est le boulot de la publicité de tracer le contour des rêves, même les plus inavoués. Dans un pays dont on annonce la faillite, par à-coups, depuis dix ans, il y a encore ce miracle familier d’un argent qui circule. D’où ça vient ? Mystère. Tous les limiers de l’économie sont à la recherche de la poche-mère. Ou est-ce le portefeuille-père ? Peu importe. On sait que le touriste dépense un argent léger, en consommations immédiates ou en vêtements, en bijoux et autres objets faciles à emporter. Pour les voitures, seul compte le marché local. De l’âge du permis jusqu’à l’âge de marier sa fille, le Libanais est un acheteur potentiel permanent de belles caisses. Pendant la guerre, avec rien que des moignons de routes pour tourner en rond et zoner chacun dans sa zone sur de...