Dit comme ça, par Ute Lemper : « Ghazi »… murmuré, griffé, gémi, crié, modulé, épelé, largo, staccato, incanté, chuchoté au micro comme au fond de l’oreille, tracé dans la nuit par-delà les « flashlights », il vibre encore, ce prénom naguère banal, comme le plus sensuel de l’été. Sur le coup, cela semblait un gag, une plaisanterie comme les affectionne cette bête de scène, à elle seule tout un spectacle. Un truc d’artiste pour reposer sa voix sans lâcher son public. Mais non, ce « Ghazi-Ghazi-Ghazi… » adressé à un spectateur à portée de lèvres était bien au programme comme aurait pu l’être « Amine-Amine » ou Fady, ou Élie, Antinous, Hyppolite ou Roméo, qu’importe, remplacez les pointillés à votre guise par… oui, ce mot d’amour qu’est un prénom. Là était la leçon. Et combien émouvante et belle pour ceux qui continuent, sur leurs cahiers d’écolier, d’invoquer une présence de toute la force de leur calligraphie tremblée, solution universelle des équations les plus perverses. Ghazi, un mantra : « Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon cœur ». Elle avait commencé plus acide, la grande Lemper. Cela semblait un compliment sur le maquillage un peu voyant des Libanaises, l’after-shave un peu envahissant des Libanais. Que sont l’un et l’autre sinon des appels de phares qui insistent, crainte de passer inaperçus ? Quand il suffit de le dire, comme ça, ou encore comme ça, le chanter s’il le faut. Dans une civilisation qui a inventé coup sur coup la tour de Babel et le récit de Schéhérazade, on a beau jeu d’emprunter le raccourci du nez et des yeux – chemin léger des papillons – alors qu’on l’a toujours su, les grandes subtilités de la séduction passent par la porte étroite de l’oreille. Ghazi, Ghazi, comment l’oublier désormais ? Doucement l’été va vers la pente, toujours raide, qui mène sans crier gare le cul dans les feuilles mortes. C’était le couplet incontournable de cette chronique désormais installée dans la météo de l’humeur et l’almanach de la peau. Il était temps de révéler le contenu de ce titre, Impression, choisi un jour par Monet pour justifier le flou de sa vision de myope sur les certitudes du monde. Un autre regard, fut-il brouillé par un handicap somme toute banal, vaut bien une autre vérité. Pour l’heure, dans les brumes qui annoncent le déclin de la saison radieuse sans encore oser le dire, un mot bruit dans les feuillages encore vaillants, rase l’herbe coupée de frais et criant à plein nez sa vigueur, glisse par les trous des toits, le long des rayons qui vont touiller l’ombre en quête de fraîcheur : Ghazi… Dans ce Ghazi, le nom de tout aimé. Fifi ABOUDIB
Dit comme ça, par Ute Lemper : « Ghazi »… murmuré, griffé, gémi, crié, modulé, épelé, largo, staccato, incanté, chuchoté au micro comme au fond de l’oreille, tracé dans la nuit par-delà les « flashlights », il vibre encore, ce prénom naguère banal, comme le plus sensuel de l’été. Sur le coup, cela semblait un gag, une plaisanterie comme les affectionne cette bête de scène, à elle seule tout un spectacle. Un truc d’artiste pour reposer sa voix sans lâcher son public. Mais non, ce « Ghazi-Ghazi-Ghazi… » adressé à un spectateur à portée de lèvres était bien au programme comme aurait pu l’être « Amine-Amine » ou Fady, ou Élie, Antinous, Hyppolite ou Roméo, qu’importe, remplacez les pointillés à votre guise par… oui, ce mot d’amour qu’est un prénom. Là était la leçon. Et combien...
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