«Tsar » de la perche durant près de 20 ans, l’Ukrainien Serguei Bubka, jeune retraité des sautoirs de 39 ans, ne cache pas son étonnement face à la stagnation actuelle dans sa spécialité. Au-delà du record du monde (6,14 m), obtenu par un athlète d’exception il y a huit ans (le 31 juillet), ce sont les prestations d’ensemble de ses successeurs qui déçoivent le sextuple champion du monde : ces concours gagnés parfois à des hauteurs où lui quittait son survêtement, et aucun vainqueur identique en quatre étapes de la Golden League. « Pour les résultats moyens, il faut demander aux athlètes, mais il est vrai que 6 mètres une fois par saison, ce n’est pas assez. Cela devrait se produire plus souvent », admettait à l’occasion des récents Mondiaux juniors d’athlétisme à Kingston (Jamaïque) l’homme aux 35 records du monde qui a franchi les 6 mètres 44 fois dans sa carrière. Seul l’Américain Jeff Hartwig est allé au-delà de cette barre en 2000 (6,03 m) et l’Australien Dmitri Markov l’an dernier (6,05 m). Hartwig a franchi à nouveau les 6 mètres deux fois cette saison, mais en salle où le record de Bubka est accroché à 6,15 m depuis 1993. « Peut-être sont-ils juste satisfaits que je ne sois plus là », glissait l’Ukrainien avec un petit sourire, ajoutant plus sérieusement : « Il faut que les athlètes et les entraîneurs soient plus précis dans le domaine technique pour évaluer les possibilités d’aller plus haut ». Le champion olympique de 1988 reproche aussi à ses successeurs de ne pas choisir leurs priorités, se laissant peut-être bercer par les dollars offerts par les meetings. L’attrait des dollars « Quand il y avait moins d’argent, le monde de la perche était plus agréable, plus amical. Maintenant, on a l’impression qu’ils viennent ramasser l’argent en oubliant de bien choisir les compétitions pour justement aller plus haut. C’est impossible de tout avoir en même temps », ajoutait celui qui, en son temps, a joué avec les primes en battant son record centimètre par centimètre. Deux ans après avoir rangé ses perches, Bubka, 39 ans, reste persuadé que 6,20 voire 6,30 m sont des hauteurs franchissables avec le même matériel. « En 1991, les Japonais ont analysé mon saut à 6,10 m et ont conclu que j’étais monté à 6,37 m. Mais voilà, c’est difficile de reproduire de telles tentatives ». Le retraité des sautoirs suit aussi avec intérêt la progression des filles qui, « avec des batailles plus serrées, peuvent atteindre les 5 mètres dans les trois à cinq ans ». À Kingston, où il était délégué technique de la Fédération internationale, il a suivi aussi avec attention la nouvelle vague et particulièrement les deux Ukrainiens, qui ont fait honneur à l’école de Donetsk en réalisant le doublé des Mondiaux juniors. Mais la perche n’est plus sa principale préoccupation. Membre des commissions d’athlètes du CIO et de l’IAAF, il tente d’impliquer plus les anciens et actuels athlètes : « On doit les écouter et il faut aussi qu’ils soient eux-mêmes responsables pour réduire le fossé qui les sépare des fédérations ». Sans compter un poste de député au Parlement ukrainien depuis avril dernier, et la progression sportive de ses deux fils qui ont choisi le... tennis.
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