Du fond de sa cellule, entouré de manuels de droit pénal américain, Zacarias Moussaoui, à ce jour seul inculpé en liaison avec les attentats du 11 septembre, rédige avec frénésie et à la main des dizaines de requêtes dont il submerge la juge en charge de son dossier au tribunal d’Alexandria (Virginie). Depuis qu’il a été autorisé à être son propre avocat le 13 juin, le Français a pris son rôle très au sérieux et bombarde de « motions » quasiment tous les jours la juge fédérale Leonie Brinkema. En tout une cinquantaine de requêtes lui ont été adressées. Toutes ont été écrites par Moussaoui en anglais, signées de sa main, de son pseudonyme arabe « Abou Ralid al-Sahraoui » ou « esclave d’Allah ». « C’est un nombre assez inhabituel » de requêtes, admet un greffier du tribunal fédéral d’Alexandria. Si le style, souvent ironique, acide, parfois chaotique, est resté le même, la présentation a quelque peu évolué au fil des requêtes, s’éloignant de celle officiellement requise pour devenir systématiquement « Zacarias Moussaoui, musulman, contre le gouvernement impie des États-Unis ». Moussaoui, diplômé d’une école de commerce britannique et qui démontre une clarté que ne démentirait pas un étudiant en droit, les fautes d’orthographe exceptées, ouvre chacune de ses requêtes par la formule « Au nom d’Allah, moi, esclave d’Allah, Zacarias Moussaoui, ... » ou plus simplement « Allah u-Akbar ». Les documents sont truffés de références religieuses, puisées dans le Coran, et juridiques issues de la littérature spécialisée qu’il ingurgite dans sa cellule. Ses demandes, parfois fantasques, se sont généralement heurtées au refus de la juge, notamment en ce qui concerne une citation à comparaître du directeur du FBI Robert Mueller qu’il a qualifié de « nouveau roi du FBI », ou celle pour une rencontre avec des journalistes. Moussaoui a également demandé à être entendu au Congrès. D’autres demandes sont franchement étranges. « Où est “ mon ” ventilateur ? Il doit être examiné par un expert avant que l’on me tue ». Moussaoui affirme en effet que cet objet, qui ne lui appartient pas, a été déposé volontairement par le FBI dans sa voiture, quatre mois avant son arrestation dans le Minnesota (nord des États-Unis) le 16 août 2001, après avoir été équipé d’un micro-mouchard. Certaines requêtes sont plus embarrassantes : Moussaoui, qui soutient être la cible d’un complot des autorités américaines, paraît convaincu de la collusion du FBI avec les auteurs des attentats du 11 septembre. « Que le FBI certifie qu’il ne filait pas Zacarias Moussaoui et les 19 pirates de l’air (du 11 septembre), qu’il n’a pas facilité leurs mouvements, et évité de les arrêter », écrit-il de son écriture ronde. « Si tu ne peux pas être un Homme, soit au moins un cow-boy », assène-t-il à Robert Mueller, mettant en parallèle la « lâcheté » de ce dernier avec le « courage » de son « père dans le jihad », Oussama Ben Laden, « qui conduit ses divisions de moudjahidines en Afghanistan ». Il évoque par ailleurs « la tactique vicieuse » des autorités qui, selon lui, retiennent une lettre qu’il a envoyée à la Cour européenne de justice. Dans une autre requête, il cite une conseillère juridique du FBI, Coleen Rowley, qui a critiqué la direction de la police fédérale, lui imputant « un effort apparent pour saper la cause probable » de la tragédie du 11 septembre. Une chose est sûre pour Moussaoui : la juge « veut réellement ma peau » en l’expédiant dans la chambre à gaz. « Que la malédiction d’Allah soit sur toi », poursuit-il. Moussaoui, 34 ans, a été inculpé en décembre de complicité dans la préparation des attentats du 11 septembre. Il risque la peine de mort. Son procès doit commencer à la mi-octobre à Alexandria, dans la banlieue de Washington.
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