Le cas de Jean-Marie Messier, acculé à démissionner de la présidence de Vivendi Universal par ses pairs, risque de faire trembler d’autres patrons français dont les titres dégringolent en Bourse, comme France Télécom et Alcatel. Fort endettement, cours en chute libre, révision à la baisse des résultats à venir : tels sont quelques-uns des ingrédients qui, assemblés, composent parfois un cocktail explosif. M. Messier, qui a transformé la vénérable Compagnie générale des eaux en géant mondial de la communication, est aujourd’hui lâché par tous, y compris par les derniers administrateurs français de son groupe, qui le soutenaient encore récemment. Ce ne serait pas la première fois qu’un patron est contraint par ses actionnaires à la démission. En 2001, un quart des départs de chefs de grandes entreprises dans le monde était lié à une rentabilité du groupe jugée insuffisante pour les actionnaires, selon une enquête du cabinet Booz Allen and Hamilton (BAH) publiée fin juin. « Le départ prématuré d’un PDG n’est plus une exception comme c’était le cas il y a encore quelques années, mais il devient au contraire la règle », commentait ce cabinet. « On ne peut pas rétablir la confiance en maintenant les hommes. Et la reconquête de confiance prendra beaucoup de temps », a estimé hier Gérard Augustin-Normand, président de la société de gestion Richelieu Finance. Selon lui, ce qui se passe chez Vivendi Universal « est révélateur de beaucoup de dysfonctionnements. Ce n’est pas un cas isolé, mais cela touche une catégorie d’entreprises bien particulières, dites de la nouvelle économie, qui ont fait de la croissance externe à marche forcée il y a quelques années ». « Ce sont elles qui portent la marque du soupçon, de l’endettement et de la non-vérité des comptes et les autres, malheureusement, en pâtissent. La déconfiture de l’américain WorldCom est édifiante à cet égard », a-t-il ajouté. Mais les grands patrons se résignent rarement à prendre la porte. Mercredi soir, M. Messier se faisait fort de rester encore 15 ans à la tête de son groupe. Quant à Michel Bon, il a formellement exclu de démissionner la semaine dernière, rejetant la pression de la Bourse qu’il a qualifiée de « petit indicateur ». « Il y a des patrons qui n’assument pas leurs responsabilités. S’ils avaient un minimum de pudeur, Michel Bon (PDG de France Télécom), Serge Tchuruk (Alcatel) et Jean-Marie Messier auraient déjà démissionné », a estimé M. Augustin-Normand. « Mais la responsabilité n’incombe pas qu’aux patrons et les conseils d’administration doivent aussi jouer leur rôle. On peut espérer que ceux de France Télécom et d’Alcatel joueront leur rôle comme celui de Vivendi a fini par jouer le sien », a-t-il lancé. « Un patron est toujours révocable par son conseil. Mais, dans le cas de France Télécom, par exemple, l’État français, qui est le principal actionnaire, vient de rappeler qu’il n’abandonnerait pas le groupe », soulignait-on de source proche du dossier. Reste que la popularité des patrons demeure aussi volatile que les marchés : ainsi Michel Bon avait été sacré « homme de l’année 2001 » par le magazine Stratégies, succédant à l’heureux élu de l’année 2000... Jean-Marie Messier.
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