Les États-Unis ont commencé en coulisses à chercher parmi les Palestiniens qui pourrait bien faire l’affaire pour remplacer le président palestinien Yasser Arafat, avec l’espoir d’obtenir l’aval des Israéliens, des Arabes et des Européens. Des responsables ont expliqué sous le couvert de l’anonymat qu’ils n’avaient pas l’intention de choisir eux-mêmes le prochain dirigeant des territoires palestiniens, mais ils ont néanmoins déclaré que, avec l’aide des Européens et des pays arabes modérés comme l’Égypte, la Jordanie et l’Arabie saoudite, ils sondaient discrètement la communauté palestinienne à la recherche de candidats potentiels. « Nous cherchons, mais personne ne veut dicter aux Palestiniens ce qu’ils ont à faire, ni leur donner cette impression », a déclaré un responsable. « Nous voulons et avons tous besoin, nous les Américains, les Arabes, les Européens, de quelqu’un avec qui nous pouvons travailler », a-t-il expliqué. « Évidemment, les Palestiniens doivent vraiment avoir le choix, mais s’ils choisissent quelqu’un avec qui les Israéliens refusent de travailler, on en revient à la case de départ », a-t-il ajouté. Israël aussi est également consulté, mais de manière purement informelle afin d’éviter de laisser penser que l’État hébreu a la moindre influence dans la sélection des autorités palestiniennes. Le président américain George W. Bush a fait d’une refonte de la direction palestinienne et d’un départ de M. Arafat la clé d’un soutien à la création d’un État palestinien. La recherche d’un remplaçant est « très délicate » : non seulement il faut trouver quelqu’un de qualifié, dans le monde politique, universitaire ou des affaires, mais en plus les Palestiniens eux-mêmes sont très réticents à l’idée de s’opposer à Yasser Arafat, qui incarne depuis plus de 40 ans les combats de leur communauté. « Sans aucun rôle décisionnel » M. Arafat lui-même a fait savoir à ses proches qu’il entendait se présenter à l’élection présidentielle de janvier. Un combat frontal contre lui pourrait s’avérer inutile, espère-t-on à Washington, où on n’exclut pas de lui faire accepter un rôle purement honorifique s’il refusait de quitter la scène publique. « Je ne pense pas que grand monde protesterait s’il devenait une espèce de roitelet, avec tous les honneurs, mais aucun rôle décisionnel dans l’action du gouvernement », a déclaré un autre responsable. « Les dîners d’État, les inaugurations, les conversations protocolaires, ce genre de choses » pourraient rester du ressort de M. Arafat, a-t-il expliqué. Le secrétaire d’État Colin Powell a déjà appelé une douzaine de ses homologues étrangers en une semaine, et les diplomates américains en poste dans la région ont commencé à sonder un peu la communauté pour faire émerger des personnalités favorables aux réformes. « Nous restons en contact avec beaucoup de gens, exerçant diverses responsabilités dans plusieurs milieux pour encourager les réformes, encourager une attitude responsable et la fin de la violence », a déclaré pour sa part le porte-parole du département d’État Richard Boucher cette semaine. « Nous travaillerons avec des gens de toute la communauté palestinienne, qu’ils soient au gouvernement, à des postes de responsabilité ou ailleurs, qui soutiennent ces objectifs », a-t-il ajouté. M. Boucher s’est refusé à avancer des noms, mais il a indiqué que les personnalités en question étaient des universitaires, des banquiers et des entrepreneurs, ainsi que des gens exerçant actuellement des responsabilités politiques. « Nous ne choisissons pas de candidats, pas du tout », a-t-il toutefois ajouté, rejetant catégoriquement l’idée que Washington veuille déterminer à la place des Palestiniens celui ou celle qui les représentera.
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