Le risque de guerre entre l’Inde et le Pakistan semble écarté dans l’immédiat après deux missions américaines d’apaisement, mais l’attentat de vendredi dernier au Pakistan a souligné que les deux États nucléaires rivaux avaient en fait un ennemi commun : l’islamisme. « Il est clair que les deux pays souffrent du même problème : le terrorisme », fait remarquer un diplomate occidental à New Delhi. L’Inde lutte contre ce qu’elle appelle des « terroristes », notamment de la mouvance panislamiste, qui alimentent le mouvement séparatiste musulman au Cachemire indien. La dernière attaque de civils dans cette région remonte à dimanche : elle a fait cinq morts, que la police a attribués aux combattants islamistes, mais ces derniers ont nié toute implication. New Delhi a par ailleurs imputé deux attentats meurtriers, en décembre contre son Parlement et en mai au Cachemire indien, à des rebelles venus du Pakistan. Islamabad combat, lui, des extrémistes musulmans, qui reprochent au président Pervez Musharraf d’avoir « lâché » les talibans et el-Qaëda en Afghanistan pour obtenir les faveurs des États-Unis. L’engagement pris par le général Musharraf, auprès de Washington, de mettre un terme « de façon permanente » aux incursions de combattants islamistes au Cachemire indien – une des principales exigences de New Delhi en vue d’une désescalade militaire – pourrait aussi attiser les rancœurs des extrémistes au Pakistan. « Le terrorisme peut déstabiliser l’Inde autant que le Pakistan », estime Dileep Padgaonkar, rédacteur en chef du quotidien Times of India. « Pour l’Inde, il ne faudrait surtout pas que Musharraf soit remplacé par un barbu », résume-t-il. Pour autant, il ne faut pas « lier » l’attentat de vendredi contre le consulat américain de Karachi (sud du Pakistan) aux « relations indo-pakistanaises », estime le diplomate occidental, même si l’explosion s’est produite au lendemain de la visite dans la région du secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, pour apaiser les tensions entre l’Inde et le Pakistan. L’attentat, qui a fait 12 morts, a seulement mis en évidence le fait que les deux « frères ennemis » de l’Asie du Sud sont engagés dans « la même lutte contre le terrorisme », estiment des analystes. L’explosion de Karachi était en fait un « cadeau de départ à M. Rumsfeld » de la part des islamistes pour lui rappeler qu’ils étaient « toujours là », estime Balveer Arora, professeur d’études politiques à l’Université Jawaharlal Nehru à New Delhi. Depuis les attentats du 11 septembre aux États-Unis attribués par Washington au réseau el-Qaëda, les Américains utilisent le Pakistan comme base pour combattre les partisans d’Oussama Ben Laden. M. Rumsfeld a quitté le Pakistan après avoir consolidé le fragile processus d’apaisement en Asie du Sud, enclenché quelques jours plus tôt par Richard Armitage, adjoint du secrétaire d’État américain, Colin Powell. Mais la visite de M. Rumsfeld a été marquée par des déclarations et des contre-déclarations sur la présence éventuelle de membres d’el-Qaëda au Cachemire. Un débat qui est finalement allé dans le sens de l’Inde, qui cherche à confiner le problème du Cachemire à du « terrorisme panislamiste » pour masquer le conflit qui l’oppose à une bonne partie des musulmans du territoire. Toutefois, New Delhi « fait bien de ne pas crier victoire », estime M. Padgaonkar. L’Inde doit organiser des élections en octobre au Cachemire indien, où les séparatistes ont appelé au « boycottage ». Et puis, pendant cette crise, l’Inde a été « obligée de reconnaître le rôle de la communauté internationale », alors qu’elle a toujours cherché à cantonner le Cachemire à un problème bilatéral, à l’inverse du Pakistan, estime le diplomate. Pour le Pakistan, la crise a mis en lumière la nécessité pour M. Musharraf de « contrôler les gens qui font ce qu’ils veulent » sur son territoire, « sinon il risque de tout perdre », ajoute-t-il. Des élections législatives sont prévues en octobre au Pakistan. Mais si le risque imminent d’un conflit indo-pakistanais semble s’éloigner, le problème de fond n’est pas résolu : le Cachemire, dont la population est majoritairement musulmane, comme au Pakistan, est toujours divisé, et environ un million de soldats indiens et pakistanais se font encore face aux frontières.
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