Incapable de marquer le moindre but en trois matchs, la France a quitté sans gloire le Mondial 2002 de football, hier à Incheon, après sa nouvelle défaite, cette fois contre le Danemark (2-0), en donnant l’impression de n’être jamais entrée dans la compétition. Cet échec, comparable à celui du Brésil en 1966, modifie les données du groupe A et permet au Danemark de se qualifier pour les 8es de finale en compagnie du surprenant Sénégal qui, pour sa première participation, a su résister au retour de l’Uruguay (3-3). Dans le groupe E, l’Allemagne et l’Eire sont également qualifiés pour les 8es de finale, au détriment du Cameroun et de l’Arabie saoudite, qui était déjà éliminée. Pourtant, si l’Eire s’est imposée sans forcer (3-0), l’Allemagne a quant à elle dû s’employer pour venir à bout du Cameroun (2-0) au terme d’une rencontre musclée : seize cartons jaunes et deux rouges ont été distribués, un nouveau record en Coupe du monde. Sans âme À Incheon, avec le retour de Zinedine Zidane, on s’attendait à un sursaut d’orgueil d’une équipe de France peu inspirée, sans âme et sans force depuis le début. Mais, jamais, les Bleus n’ont donné l’impression de pouvoir faire la différence face à une équipe danoise solide, fidèle à sa tradition, mais sans doute pas plus forte que celle qui s’était inclinée à trois reprises contre la France lors de leurs trois dernières confrontations (2-1 au Mondial 1998, 3-0 à l’Euro-2000, 1-0 en amical en août 2001). Les deux nouveaux tirs sur la barre comptabilisés hier, soit cinq en trois matchs, illustrent l’impuissance d’une formation usée physiquement à qui il a toujours manqué le petit dixième de seconde qui fait la différence. C’est la première fois qu’un champion du monde réalise un parcours aussi anodin en n’inscrivant pas le moindre but, tout en possédant dans son effectif les meilleurs buteurs de trois championnats majeurs (Italie, Angleterre et France). Dans l’autre rencontre du groupe A, le Sénégal n’a pas laissé passer sa chance, exploitant avec un indiscutable brio la prise de risque de l’Uruguay obligé de se découvrir pour marquer. À la mi-temps, les vice-champions d’Afrique menaient 3-0 et l’on pensait le match terminé. Pourtant, les coéquipiers d’Alvaro Recoba ont su avoir le sursaut d’orgueil, qui a fait défaut aux Bleus, pour revenir à 3-3 pour mourir avec panache, dans une pluie de cartons (12 jaunes). Le Danemark et le Sénégal héritent des deux premiers du groupe de la mort (Angleterre, Allemagne, Suède). L’Allemagne, rejointe sur le fil par l’Eire, a su éviter le piège contre les champions d’Afrique, le Cameroun, finalement battu 2-0. Mais à quel prix. C’est cette fois un véritable déluge de cartons qui s’est abattu sur le stade de Shizuoka (16 jaunes et deux rouges), nouveau (triste) record de l’histoire du Mondial qui va priver Carsten Ramelow, Dietmar Hamann et Christian Ziege des 8es de finale. Seuls en effet les joueurs ayant reçu un seul carton jaune lors des trois premiers matchs de groupe voient leur compteur remis à zéro par la fédération internationale. Dans ce match, riche en gestes gratuits, Miroslav Klose a une nouvelle fois tiré son épingle du jeu en offrant le premier but à Marco Bode, en sortant victorieux d’une série de dribbles, avant de réussir sa cinquième réalisation de la tête. Dans ce groupe E, l’Eire, sans faire de bruit, parfaitement remise du départ de son leader Roy Keane, s’est qualifiée presque en roue libre en dominant une pâle formation d’Arabie saoudite qui aura encaissé la bagatelle de 12 buts en trois matchs. Les sélections d’Allemagne et d’Eire seront opposées aux deux premiers du groupe B (Espagne, Paraguay, Afrique du Sud) qui seront connus dès aujourd’hui. Triste fin de règne pour les Bleus à Incheon L’équipe de France de football, couronnée au Mondial 98 et à l’Euro-2000, souveraine quatre années durant, a abandonné son trône, hier à Incheon, éliminée sans gloire au 1er tour du Mondial 2002 (groupe A) sans avoir marqué un seul but, après s’être inclinée face au Danemark (0-2) qui est pour sa part qualifié pour les huitièmes de finale. Arrivés en Asie avec l’étiquette de favoris n° 1, les Bleus ont enterré leurs illusions de doublé en douze petits jours, et très loin du million de personnes sur les Champs-Élysées du 12 juillet 1998, c’est tout penauds et sonnés qu’ils vont regagner la France. Giflée par l’enthousiasme du Sénégal le 31 mai (0-1), volontaire mais trop vite réduite à dix contre l’Uruguay (0-0) le 6 juin, puis incapable de marquer les buts nécessaires à sa qualification face au Danemark, l’équipe de France n’a jamais paru en mesure de conserver son trophée. Ainsi, face aux Danois, alors qu’ils devaient l’emporter par deux buts d’écart au moins pour accéder aux 8es de finale, les hommes de Roger Lemerre, dénués de vivacité et de ressort, n’ont entretenu que très brièvement l’illusion, le but de Dennis Rommedahl (22e) les condamnant rapidement à une mission quasiment impossible. Même le génial Zinedine Zidane – qui n’avait pourtant jamais perdu en compétition officielle vêtu de bleu –, de retour après avoir manqué les deux premières rencontres par la faute d’une blessure à la cuisse gauche, n’a pu apporter l’inspiration nécessaire au jeu français, visiblement encore handicapé par son mal. Fin de génération Et malgré un début de seconde période plutôt à l’avantage des Bleus, les Danois se chargeaient d’enterrer définitivement leurs adversaires, grâce à un but de Jon Dahl Tomasson (67e). Décidés à sauver l’honneur, les Français se ruaient ensuite à l’attaque, mais aussi bien Djibril Cissé que David Trezeguet échouaient à marquer un but, par la faute du gardien Thomas Sorensen, ou bien des poteaux. Avec les trois meilleurs buteurs des championnats d’Italie (Trezeguet), d’Angleterre (Henry) et de France (Cissé), l’équipe de France n’aura paradoxalement jamais réussi à marquer une seule fois en 270 minutes ! Cette élimination surprise et abrupte au 1er tour – ce qui n’était plus arrivé à un tenant du titre depuis le Brésil en 1966 –, est une déconvenue telle que les Français n’en avaient plus connue depuis l’automne 1993, et les cauchemardesques défaites face à Israël (2-3) et à la Bulgarie (1-2) privant les Bleus du Mondial 94. Deux retentissantes contre-performances qui, à l’époque, avaient favorisé l’émergence d’une nouvelle génération, qui allait connaître son apogée lors des triomphes de 1998 et 2000. Aujourd’hui, même si on évoquera pêle-mêle la malchance, le manque de préparation ou les saisons épuisantes, il semble bien que cette défaite ait définitivement sonné le glas de la carrière internationale d’une bonne partie des trentenaires de l’équipe de France. Pour les autres, il s’agira de digérer cette bérézina et d’assurer la transition avec une nouvelle génération. Et vite, car les éliminatoires de l’Euro-2004 commencent dès le mois de septembre. Les raisons d’un échec historique Préparation tronquée, saison harassante, matchs amicaux en « trompe l’œil », suffisance, blessures, obstination tactique : les polémiques ne vont pas manquer dans les prochains jours pour expliquer ce qui paraissait impossible, l’élimination au premier tour du Mondial de l’équipe de France de football. Signaux d’alerte Champions du monde et d’Europe en titre, les Bleus étaient arrivés en Asie avec un sentiment de quasi-invincibilité, après quatre ans de domination sans partage sur le football mondial. Mais douze jours ont suffi à précipiter leur chute. Pourtant, depuis quelques mois, les signaux d’alerte s’étaient accumulés. Premier d’entre eux, la grave blessure au genou droit de Robert Pires, fin mars. Le joueur d’Arsenal était alors au sommet de son talent, et donnait tout son sens au schéma tactique du sélectionneur Roger Lemerre, le fameux 4-2-3-1, soulageant en plus Zinedine Zidane, l’autre pièce maîtresse dans la construction. Un système que le sélectionneur n’a jamais remis en cause, malgré la blessure au quadriceps gauche de Zidane, celle de trop, qui a complètement coupé l’attaque des Bleus du milieu de terrain. Pour preuve, la France n’a marqué aucun but en trois rencontres, alors qu’elle possédait les meilleurs buteurs des championnats italien (Trezeguet), anglais (Henry) et français (Cissé), qui pèsent pourtant cent buts à eux trois. À posteriori, la non-sélection d’Éric Carrière, champion de France avec Lyon, qui aurait pu constituer une alternative crédible à Zidane, n’en apparaît que plus regrettable. Youri Djorkaeff, qui n’a jamais été un meneur de jeu, puis Johan Micoud, volontaire mais sortant d’une saison essentiellement passée sur le banc à Parme (D1 italienne), n’ont pu prendre les rênes en mains. En plus d’être exténuante, la saison a aussi écourté la préparation des Bleus, qui n’a duré qu’une quinzaine de jours, entre Clairefontaine et Séoul via Ibusuki au Japon. Résultat, un effectif au physique sur la corde raide, en témoignent de nombreuses petites blessures perturbantes, de Henry, Trezeguet et Christanval jusqu’à Lebœuf contre l’Uruguay. État d’esprit « C’était peut-être aussi l’état d’esprit, pas assez agressif, a cependant admis Lilian Thuram. On s’est peut-être vus trop beaux et forts. » À force de répéter « il ne faut pas se tromper d’objectif » et d’enchaîner les résultats en demi-teinte en amical (0-0 contre la Russie, 1-2 contre la Belgique, victoire difficile 3-2 contre la Corée du Sud, au prix d’une débauche physique à cinq jours du match d’ouverture et de la perte de Zidane), les Français ont totalement raté leur Mondial. Certains que le sel de la compétition allait leur faire retrouver leur hargne et leurs jambes, pour certains vieillissantes, ils se sont cassé les dents. D’autant que personne dans l’effectif n’a semblé en mesure de tirer la sonnette d’alarme, comme savaient le faire Laurent Blanc et Didier Deschamps, partis après l’Euro. Les Bleus voulaient entrer dans l’histoire en réalisant un triplé inédit Mondial-Euro-Mondial. Ils l’ont fait, mais en devenant les premiers champions sortants à terminer derniers de leur groupe, sans avoir marqué le moindre but. Le Sénégal, brillant puis timoré, entre dans l’histoire Les Sénégalais ont réussi l’essentiel face à l’Uruguay (3-3), décrocher une qualification inattendue pour les 8es de finale du Mondial 2002 de football, un rêve réalisé en marquant trois buts en première mi-temps, mais qu’ils auraient pu gâcher en se faisant reprendre en seconde. Autant que les buteurs Khalilou Fadiga et Pape Bouba Diop (qui en est à trois réalisations), le défenseur Lamine Diatta est un héros pour le Sénégal, seulement quatrième nation africaine à passer le premier tour d’un Mondial, après le Nigeria, le Cameroun et le Maroc. Dans le temps additionnel, le joueur de Rennes (D1 française) a sorti de la tête un tir de Gustavo Varela alors que son gardien était battu. Doublé de Diop Après un début de match tendu, les Sénégalais étaient involontairement mis dans le sens de la marche par Paolo Montero qui n’appuyait pas une passe en retrait à son gardien. À l’affût, El- Hadji Diouf s’ouvrait le chemin du but mais était, selon l’arbitre, irrégulièrement crocheté par le gardien Fabian Carini. Malgré les intimidations uruguayennes, Khalilou Fadiga transformait le penalty (20). Les Sénégalais semblaient ensuite tuer le match en douze minutes : Pape Bouba Diop reprenait victorieusement du plat du pied droit un service d’Henri Camara échappé sur la gauche (26), puis, en extension et sans doute hors-jeu, marquait, sur un service du même mais de la droite cette fois, son troisième but du tournoi après celui contre la France (38). La seule réponse des Uruguayens, humiliés, était de provoquer une échauffourée au retour aux vestiaires. Mais il allait en être autrement en seconde période, avec un Recoba retrouvé. Les Sud-Américains, qui devaient désormais marquer quatre fois pour se qualifier, profitaient d’une déconcentration de la défense sénégalaise dès la reprise. Victor Pua lançait dans la bataille Diego Forlan et Richard Morales et, le second poussait dans le but vide une frappe du premier repoussée par Tony Sylva (46). Sur deux services de la star de l’Inter Milan, Morales ne cadrait pas plus sa tête (49) que Silva sa reprise du gauche (61). Mais Forlan, après avoir contrôlé de la poitrine un ballon repoussé par la défense sénégalaise, marquait un but extraordinaire d’une reprise du gauche (69) avant de manquer un doublé en oubliant Morales seul au centre (77). Omar Daf reprenait in extremis Morales (78). Diouf en manquant son duel avec Carini sur une longue relance de Sylva (76) n’aidait pas sa défense qui terminait la rencontre à l’agonie. Habib Beye fauchait Morales et Recoba ne manquait pas l’occasion de remettre les deux équipes à égalité (88). Dans le temps additionnel, une frappe de Gustavo Varela était sauvée par Lamine Diatta, tandis que Sylva était battu et Morales ne cadrait pas sa tête. Fadiga suspendu Après une première période catastrophique, l’Uruguay, double champion du monde (1930-1950), est passée tout près de remporter sa deuxième victoire en phase finale de Coupe du monde en 32 ans. Elle l’aurait qualifiée. « On avait l’équipe pour passer », a regretté le sélectionneur Victor Pua avant de s’en prendre à l’arbitrage. Cela aurait été cruel pour les Africains, brillants en première mi-temps. « On sait attaquer mais attendre l’adversaire, c’est plus difficile. Cela nous servira de leçon. Cela montre qu’il faut jouer notre jeu, ne pas changer ce qu’on a fait jusqu’à maintenant », résume Ferdinand Coly. Les Africains ont d’abord donné une leçon technique et tactique aux Uruguayens. Alors qu’ils entraient enfin dans la peau d’un favori, ils ont ensuite déjoué, paniqué, pour la première fois depuis le début du tournoi. « Le fait d’être favori ne nous va pas bien, explique Alassane Ndour. On a toujours été considéré comme petit et on aime ce statut. » « Notre pire ennemi, c’est nous-mêmes », a répété El Hadji Diouf. Le calme et l’expérience montrés dans la première partie du match contrastent avec les erreurs de la seconde. Khalilou Fadiga, encore excellent, manquera ainsi le huitième de finale pour un carton jaune « idiot » pour avoir gagné du temps. « Mais l’essentiel c’est la qualification », dit l’intéressé, selon qui « dans cette bande de copains, ceux qui joueront à (sa) place feront leur boulot à fond ». Avant ce premier tour, on en aurait douté. Mais les Sénégalais, en se passant avec bonheur d’Aliou Cissé face au Danemark puis de Salif Diao contre l’Uruguay, ont montré qu’ils disposaient de remplaçants de valeur, à l’image d’Henri Camara, remplaçant contre la France et passeur décisif à deux reprises hier. Maintenant, les Sénégalais rêvent d’aller plus loin. Hier, les journalistes anglais ont assailli les joueurs sénégalais, possibles prochains adversaires de l’Angleterre. « L’Angleterre a une bonne équipe », a répondu Ferdinand Coly. Avant de lâcher dans un souffle : « Le Sénégal aussi . »
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