Henry, Trezeguet, Wiltord, Cissé : ces quatre-là devaient faire trembler les filets du Mondial, mais après deux matchs contre le Sénégal (0-1) et l’Uruguay (0-0), les attaquants de l’équipe de France de football sont restés désespérément muets, alors que se profile un match décisif face au Danemark où les Bleus devront absolument marquer deux buts. Cent quatre-vingts minutes de mutisme qui contrastent singulièrement avec la flopée de chiffres qui accompagnent les quatre attaquants des champions du monde en Asie. En sus de leurs 117 buts en 268 matchs (moyenne : 0,43 but par match) cette saison, toutes compétitions confondues en club ou en sélection, ils peuvent s’enorgueillir de trois titres de meilleurs buteurs dans les championnats d’Italie (Trezeguet, 24 buts), d’Angleterre (Henry, 24 buts) et de France (Cissé, 22 buts). Seulement ces chiffres n’y ont rien fait face aux défenses sénégalaise et uruguayenne, et le doute commence à poindre du côté de l’attaque bleue malgré cet énorme potentiel. « Depuis l’Écosse (5-0, le 27 mars), on n’a pas trop marqué de buts (4, ndlr), à part la rencontre face à la Corée du Sud (3-2), déplore Roger Lemerre. Un match, ce n’est pas fait pour terminer à 0-0. » Une attaque atone qui souffre de l’absence depuis le début du Mondial de Zinedine Zidane, blessé à la cuisse gauche. La spontanéité et le coup d’œil magique du n° 10 des Bleus n’ont pas trouvé d’équivalent ni chez Youri Djorkaeff, en manque d’inspiration contre le Sénégal, ni avec Johan Micoud, vrai meneur mais victime d’une saison en pointillés avec Parme (Italie) et qui a eu du mal à peser suffisamment sur le jeu face à l’Uruguay. Trois poteaux L’immuable schéma offensif des Bleus avec un meneur, deux milieux excentrés et un attaquant de pointe est également montré du doigt, en particulier par David Trezeguet, qui, insatiable buteur, vit de plus en plus mal ce manque de réussite. « Nous avons plus de difficultés qu’avant. Nous sommes devenus trop prévisibles et nos adversaires procèdent toujours de la même manière pour nous prendre en contre », expliquait-il avant le match contre l’Uruguay, où, malgré une énorme dépense, il n’est pas parvenu à prendre en défaut la solide défense adverse. Remplacé par Djibril Cissé jeudi, il n’a d’ailleurs pas caché sa colère à sa sortie, vexé de ne pas avoir pu se battre jusqu’au bout. « S’il n’avait pas eu de réaction, je n’aurais pas été content. Il a toujours cette volonté de rester sur le terrain pour marquer », s’est toutefois félicité le sélectionneur. Enfin, les Bleus ne semblent plus avoir ce brin de chance, parfois insolent, qui les avait accompagnés lors de leurs victoires en 1998 et 2000. En deux matchs, ils ont ainsi touché trois fois les poteaux. « Ce n’est pas forcément de la malchance. Pour marquer, il faut déjà tirer au but et l’adversaire aussi est là », nuance Roger Lemerre, ajoutant : « Mais, même à dix, on a eu autant d’occasions que l’Uruguay. Un jour cela tourne, l’autre non. » Contre le Danemark, le 11 juin à Incheon, les Bleus, sans Thierry Henry suspendu, vont devoir absolument retrouver le chemin des filets, et plusieurs fois. Zidane ou pas, ils n’ont plus que 72 heures pour remédier à leurs maux offensifs et trouver le déclic. « Le moindre but aujourd’hui nous ferait respirer », conclut Roger Lemerre. L’adducteur de Lebœuf et la cuisse de Zidane Au lendemain de son match nul contre l’Uruguay (0-0), qui la condamne à la victoire face au Danemark mardi, l’équipe de France de football s’est livrée hier à un léger décrassage, l’adducteur gauche de Frank Lebœuf constituant un souci de plus pour des Bleus toujours préoccupés par le quadriceps de Zinédine Zidane. Roger Lemerre a indiqué hier que le défenseur central, qui avait quitté le terrain jeudi à la 16e minute, souffre « certainement d’un déchirement ». « Pour Frank, c’est au toubib qu’il faut demander », a ajouté le sélectionneur, présent à Busan où les Bleus sont restés hier avant de regagner aujourd’hui leur camp de base à Séoul. « Il va passer une IRM. Quand il s’agit de blessés, je suis très circonspect. Il n’y a que celui qui souffre qui peut dire vraiment ce qu’il a. » Si aucune précision n’a pu être donnée quant à la nature exacte de la blessure du défenseur de Marseille, de source proche de l’équipe de France on admet qu’il est probable qu’il ne sera pas en état de reprendre avant le ou les prochains matchs des Bleus, ce qui mettrait alors un terme prématuré à sa carrière internationale. Le capitaine phocéen n’avait jamais caché qu’il quitterait la sélection après le Mondial. Zidane, lui, s’est entraîné avec ses coéquipiers sur le terrain du Busan Asiad Main Stadium, où avait eu lieu le match contre l’Uruguay. Il a de nouveau touché le ballon, mais retient toujours son geste au moment de la frappe du gauche. Ballons sans frappe Après un échauffement classique, à base de courses, le meneur de jeu, blessé depuis le 26 mai et qui suit toujours un programme spécifique de reprise, a travaillé à part avec le kinésithérapeute Frédéric Mankowski. Ce dernier lui envoyait des ballons que le n° 10 reprenait de l’intérieur du pied, sans s’employer à fond et sans jamais frapper avec le cou-de-pied gauche, la position qui sollicite le plus le quadriceps touché. Le sélectionneur n’a donné aucune indication sur sa possible participation au match décisif contre le Danemark, le 11 juin à Incheon (Corée du Sud). « C’est lui qui prendra la décision de jouer. Mais je n’ai pas de nouvelles. J’attends, c’est tout », a sobrement commenté Roger Lemerre. Le reste de l’effectif des Bleus s’est livré à un entraînement de plus d’une heure. Pour ceux qui avaient joué jeudi, il a simplement consisté en un décrassage à la carte, et de nombreux mouvements d’étirements et d’assouplissements. Roger Lemerre a pris les autres en main, les faisant se livrer à des jeux sur surface réduite afin de compenser leur manque de ballon et n’hésitant pas à donner de la voix. Dans la matinée, les Bleus, rejoints par leurs épouses ou compagnes, avaient pu déambuler dans les rues de Busan, sous un chaud soleil rendu supportable par l’air marin qui aère le premier port coréen. Ils n’ont pas manqué de faire un tour dans les ruelles typiques à proximité de leur hôtel, au milieu des échoppes de poissons séchés et de chou mariné. La Belgique attend ses attaquants Le sélectionneur de l’équipe de Belgique, Robert Waseige, qui n’avait aligné aucun attaquant spécifique contre le Japon (2-2), est confronté, à trois jours de la rencontre face à la Tunisie (lundi à Oita), à la critique d’une partie de la presse de son pays et au mécontentement de son buteur frustré, Wesley Sonck. En optant pour deux milieux de terrain défensifs et un seul attaquant, Gert Verheyen, lequel évolue... milieu droit dans son club (FC Bruges), Waseige n’a en effet pas fait preuve de beaucoup d’audace face à un adversaire qui se révéla bel et bien à prendre. Mécontent, Wesley Sonck, l’attaquant du RC Genk, meilleur joueur et meilleur buteur du dernier championnat de Belgique, accepte difficilement son statut de réserviste. D’autant que l’absence pour blessure de la star de l’équipe Émile Mpenza (Schalke 04/All) semblait lui garantir une place de titulaire. Tandis que les autres attaquants, Branko Strupar et Mbo Mpenza, patientent eux aussi sur la touche. « Je n’y comprends rien. La Belgique est le seul pays de cette Coupe du monde à évoluer sans véritable attaquant. Je reste quand même sur une grosse saison », a déclaré Sonck sur une radio belge (VRT). « Masochistes » En vieux sage qu’il est du haut de ses 62 printemps, Robert Waseige ne se démonte pas face à la critique. « Si nous avions été battus en alignant trois attaquants, on me serait aussi tombé dessus. Je ne vois pas en quoi ma tactique a pesé (négativement) sur le déroulement du match de mardi », avance-t-il. Concernant Sonck, « il n’était pas au mieux de sa forme. Ce n’est pas parce qu’il a tout gagné cette saison que je dois me sentir obligé de l’aligner. Les joueurs belges ont encore trop souvent tendance à croire qu’ils ne sont pas faits pour s’asseoir sur le banc », tacle le sélectionneur. Et à l’adresse des journalistes, Waseige a également eu sa petite phrase au surlendemain du match de Saitama. « Certains doivent être masochistes pour critiquer tout au long de l’année leur équipe nationale. Heureusement, j’attache bien plus d’importance aux commentaires de connaisseurs comme les consultants de TF1 et de la BBC (Guy Roux et Gary Lineker, NDLR) qui ont fait l’éloge de nos Diables tout au long de leur affrontement de mardi. »
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