On reste impressionné par les gros titres des journaux : Lahoud à Baabda ! Effectivement, quand ce n’est pas un avènement, c’est un événement. Car il y a encore une semaine, on se serait attendu à tout sauf à voir le président recevoir à bras ouverts le fils prodigue de son cousin, le franc-tireur en somme de la lignée. La vraie victoire du Metn, c’est sans doute cette concorde retrouvée. Par un heureux effet du verdict des urnes, qui a donné à l’opposition un droit (et un devoir) de reconnaissance. Dans les deux sens, aller-retour, du terme. Finalement, le match aura été moins familial que politique. Et l’immédiate ouverture sur le dialogue prouve, si besoin était, l’échec des tentatives de présenter l’affrontement sous l’angle d’un banal, d’un trivial règlement de comptes. Pour le fond cependant, il est clair que l’électeur a tranché : l’Est doit être pris en compte et ne doit plus être traité en parent pauvre, mis exprès sur la touche. Les risques de complications ne sont cependant pas entièrement gommés. Les pêcheurs en eau trouble peuvent toujours faire des vagues. À partir, justement, du vague qui entoure la procédure postélectorale suivie. En effet, les résultats définitifs des élections n’ont pas été annoncés dans les formes, ni d’une manière chiffrée définitive. En d’autres termes, leur proclamation n’a encore rien d’officiel. Pour la bonne raison que le ministère de l’Intérieur n’en a pas été notifié réglementairement et que, par conséquent, l’Assemblée nationale n’en a pas reçu avis. De brusques contestations juridiques, sur fond de freinage politique, peuvent surgir à tout moment. Mais les loyalistes se font, sur ce point, rassurants. Tout le monde a bien compris, insistent-ils, que la gravité de la situation régionale ainsi que les difficultés économiques du pays ne permettent ni forte crise ni zizanies d’arrière-garde. Ils mettent l’accent sur le fait que le pouvoir doit maintenant se focaliser sur l’affaire de la conférence internationale que les États-Unis projettent d’organiser. Et qui suscite, comme on sait, des réticences marquées de la part de Damas. Un ministre bien placé va plus loin, en relevant que le pouvoir doit « non seulement faire montre de fair-play, mais bien ouvrir les yeux. Car la rue a failli bouger. C’est important, c’est essentiel même, n’en déplaise aux ultras qui prétendent que ce défi ne les impressionne pas. Quand la population s’exprime de la sorte, il est du devoir de tout bon dirigeant de ne pas se braquer. De comprendre, de réaliser les raisons de ce ras-le-bol. Et de corriger la trajectoire. En laissant le fossé s’élargir entre la base et lui, c’est le pouvoir qui risque d’y tomber. Le 2 juin est une station cruciale. Un tournant que l’État doit savoir négocier souplement. Comme La Fontaine l’a dit, plus fait douceur que violence et que rage. Heureusement, conclut ce ministre, la leçon semble maintenant retenue. » Avec le concours actif, d’ailleurs, du courant modérantiste qui a porté plus d’un radical à renoncer au boycott. En effet, grosso modo, la masse à l’Est pense tout à la fois qu’on ne doit pas accepter que l’injustice perdure. Et qu’il ne sert à rien de bouder, de se marginaliser, de se mettre soi-même hors-jeu, si l’on veut obtenir gain de cause. Ce message implicite a été reçu cinq sur cinq par les deux camps en présence. D’où la reprise instantanée d’un dialogue basé sur un langage de raison plutôt que de passion. Ce filtre d’échanges se fixe sur deux sites des hauteurs. Baabda, où le président Émile Lahoud inaugure un cycle d’entretiens en y accueillant M. Nassib Lahoud. Et Bkerké, où doit se rendre M. Walid Joumblatt qui a auparavant conféré, comme on sait, avec le député du Metn. La décantation ne sera cependant pas simple du tout. Car même parmi les modérés les avis restent divergents sur des points essentiels. Ainsi il en est qui se rangent à l’avis du leader du PSP quand il soutient que la conjoncture impose le gel du débat sur la présence militaire syrienne. Tandis que d’autres affirment qu’on ne peut rien entreprendre sur le fond si l’on ne traite pas le dossier de l’assainissement des relations libano-syriennes. Il faut en outre déterminer dans quelle mesure la contestation propre à l’Est peut s’élargir ailleurs. C’est-à-dire voir comment et pourquoi des forces, des régions qui ne se plaignent pas des mêmes discriminations peuvent s’allier au sein d’un même front avec ce mouvement. Auquel on reproche, comme l’a fait M. Joumblatt au sujet de la réunion de Sodeco, de donner un caractère confessionnel, pour ne pas dire séparatiste au débat. Bref, il y a une multitude de détails à régler tant sur le plan des mécanismes intérieurs de l’opposition qu’en ce qui concerne ses discussions avec le pouvoir. Dont le propre camp compte dans ses rangs des hommes en colère que la bataille a meurtris et qu’il faut apaiser. Mais tout compte fait, s’il n’y avait pas de tels problèmes, le dialogue n’aurait pas lieu d’être. Il faut donc espérer qu’il s’engage. Pour de bon, c’est le mot. Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats On reste impressionné par les gros titres des journaux : Lahoud à Baabda ! Effectivement, quand ce n’est pas un avènement, c’est un événement. Car il y a encore une semaine, on se serait attendu à tout sauf à voir le président recevoir à bras ouverts le fils prodigue de son cousin, le franc-tireur en somme de la lignée. La vraie victoire du Metn, c’est sans doute cette concorde retrouvée. Par un heureux effet du verdict des urnes, qui a donné à l’opposition un droit (et un devoir) de reconnaissance. Dans les deux sens, aller-retour, du terme. Finalement, le match aura été moins familial que politique. Et l’immédiate ouverture sur le dialogue prouve, si besoin était, l’échec des tentatives de présenter l’affrontement sous l’angle d’un banal, d’un trivial règlement de comptes. Pour le fond cependant,...