Une défense dont l’assurance s’effiloche, une cuisse gauche blessée pour Zinedine Zidane dont l’indisponibilité est certaine pour au moins la rencontre d’ouverture contre le Sénégal : à trois jours de ce match, les récents événements peuvent inciter le sélectionneur Roger Lemerre à modifier le visage tactique de l’équipe de France de football. Contre la Belgique (défaite 1-2), le 18 mai au Stade de France, puis face à la Corée du Sud (victoire 3-2) dimanche à Suwon, la France a ainsi encaissé 4 buts, dont deux sur des coups de pied arrêtés. Il faut remonter à l’automne 1999 pour trouver plus de trois buts encaissés en 180 minutes consécutives par les Bleus. « Sur le premier but, l’équipe n’était pas suffisamment repliée, sur le deuxième, c’est une faute d’attention, de replacement », plaidait Marcel Desailly « au lendemain du match contre la Corée », ajoutait-il. « Nous sommes dans un bon état d’esprit, on a gagné. Et dans ce cas, lorsqu’il s’agit de rectifier, de procéder à des ajustements, c’est toujours plus facile, assurait néanmoins le capitaine des Bleus. La compétition n’a pas commencé, il n’y a pas de raison de s’alarmer. » Face à la vivacité et au défi physique imposé par les Coréens, la défense française, pierre angulaire de la conquête du titre de 1998, a pourtant été bousculée que ce soit dans l’axe avec la paire Marcel Desailly-Frank Leboeuf aux longues relances hasardeuses, ou sur les côtés où Bixente Lizarazu, à gauche, et Liliam Thuram, de retour de blessure à droite, ont été en deçà de leur niveau habituel. Trois récupérateurs ? Une arrière-garde forte de ses quatre trentenaires champions du monde et d’Europe, mais qui, pour une Coupe du monde, aspire sans doute à être davantage soulagée par ses milieux. D’où la possibilité pour le sélectionneur d’en revenir au fameux système avec trois milieux récupérateurs, associant Claude Makelele à Patrick Vieira et Emmanuel Petit. Une configuration utilisée pour la dernière fois le 28 mars 2001 face à l’Espagne, sans réussite (défaite 2-1). Et si, sur le coup, Roger Lemerre avait déclaré que l’avenir des Bleus ne se situait manifestement plus dans cette configuration, il a depuis admis qu’y revenir était une « probabilité ». Avec ce système, l’équipe de France avait disputé ses derniers matches du Mondial-98 (à partir des quarts) ainsi que la demi-finale de l’Euro-2000, mais à chaque fois avec Zinedine Zidane à la baguette. Et l’absence éventuelle du chef d’orchestre, si jamais il devait manquer le match contre le Sénégal, voire celui face à l’Uruguay le 6 juin, compliquerait alors la donne. Sans inspirateur offensif de ce niveau pour porter les deux attaquants, la tâche s’annoncerait compliquée. Robert Pires est absent, Youri Djorkaeff n’est pas fait pour ce rôle, tandis que Christophe Dugarry, à son aise comme meneur en fin de match contre la Corée, manque singulièrement d’expérience à ce poste. Seul Johan Micoud semble avoir les qualités requises, mais sa saison en dents de scie ne plaide pas en sa faveur, en sus de l’énorme pression inhérente au remplacement du génial n° 10 des Bleus dans un Mondial. Avec ou sans « Zizou », Roger Lemerre ne dispose plus que de très peu de temps pour changer ou non. Sacré casse-tête. Mutisme et discrétion de rigueur Plus le Mondial approche et plus l’équipe de France de football se cache des regards extérieurs. Depuis l’annonce du forfait de leur meneur de jeu Zinedine Zidane pour le match d’ouverture de la Coupe du monde contre le Sénégal, les Bleus sont plongés dans le mutisme. L’entraînement ouvert au public prévu hier matin a été reporté en fin d’après-midi et s’est finalement déroulé à huis clos. La conférence de presse qui devait le suivre, à laquelle étaient attendus le sélectionneur Roger Lemerre et trois de ses joueurs, a été remplacée par un point sur la blessure à la cuisse gauche de Zidane, effectuée par le médecin des Bleus. Mais le Dr Jean-Marcel Ferret était bien démuni pour répondre aux questions des journalistes sur les réorganisations tactiques qu’implique la blessure de « Zizou ». « Youri Djorkaeff est très frais, il est prêt », a-t-il répondu quand on lui a demandé s’il était apte à suppléer Zidane. « L’avenir dira ce qu’il peut apporter. Ça relève du staff technique. » L’annonce par le sélectionneur de ses inquiétudes concernant la blessure de Thierry Henry mercredi dernier avait eu des effets similaires sur la communication des Bleus. Alors que les journalistes avaient pu assister sans problème aux premiers entraînements des Bleus à Ibusuki, dans le sud du Japon, la dernière séance d’entraînement des Tricolores, qui devait elle aussi se dérouler en public, avait eu lieu à huis clos le vendredi après-midi. La veille, Roger Lemerre avait reproché à certains journalistes leur manque de professionnalisme pour avoir affirmé qu’Henry pourrait être forfait pour le Mondial. « Je pense qu’il y a eu une interprétation des médias français qui stipulent que Thierry Henry ne participera pas à la Coupe du monde (...) mais à notre niveau il n’a jamais été question de dire qu’il ne participerait pas au Mondial », avait-il dit. « C’est une information qui pour moi est mal venue », avait-il ajouté, soulignant que les journalistes étaient les seuls témoins des aventures des Bleus, puisque peu de supporters tricolores auraient les moyens de faire le voyage en Asie. Lors de l’Euro 2000, Lemerre avait décidé au début du tournoi de ne participer qu’aux points-presse d’avant-match auxquels il était tenu d’assister par les règlements de l’UEFA. Cela n’avait pas empêché l’équipe de France de conquérir une deuxième couronne européenne, après celle de 1984.
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