Les responsables arabes ont affirmé hier que le vote du parti du Premier ministre israélien Ariel Sharon, le Likoud, contre la création d’un État palestinien, sapait les efforts de paix, mais l’Égypte a minimisé son impact à long terme. « C’est une destruction des accords d’Oslo » signés en 1993, a déclaré le président palestinien Yasser Arafat à Ramallah. Pour sa part, le conseiller de M. Arafat, Nabil Abou Roudeina, a affirmé à la presse que ce vote « compromet la stabilité dans la région ». « Seul l’établissement d’un État palestinien avec Jérusalem pour capitale peut contribuer à cette stabilité », a-t-il dit. Les responsables et les éditorialistes arabes ont souligné que ce vote coïncidait avec un regain d’optimisme arabe concernant des pressions américaines sur l’État hébreu pour l’obliger à mettre fin à l’engrenage de la violence. « Le vote du Likoud donne encore plus de marge de manœuvre à Sharon pour tout remettre au lendemain », a déclaré l’éditorialiste du quotidien égyptien al-Ahram, Salama Ahmed Salama. « Il (Sharon) peut maintenant prétendre qu’il ne peut pas appliquer ce que les Américains lui demandent de faire », a-t-il ajouté. M. Salama a estimé que cette décision était « un camouflet au sommet de Charm el-Cheikh » samedi, durant lequel les présidents égyptien Hosni Moubarak, syrien Bachar el-Assad et le prince héritier saoudien Abdallah ben Abdel-Aziz ont renouvelé leur engagement à la paix et rejeté « la violence sous toutes ses formes ». Washington a multiplié ses appels aux dirigeants arabes pour qu’ils condamnent et œuvrent à mettre fin aux attentats-suicide contre des civils israéliens. Les observateurs israéliens estiment que M. Sharon est actuellement isolé à l’intérieur de son propre parti et pourrait être menacé d’élections anticipées s’il passait outre l’interdiction du Likoud en tentant de faire avancer sa propre vision d’un État palestinien limité, rejeté par les Palestiniens. En Égypte, premier pays arabe à avoir signé un traité de paix avec Israël en 1979, le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Maher, a estimé que ce vote n’aurait pas de conséquences à long terme. « Ce vote est insignifiant, et l’État palestinien sera créé car le peuple palestinien le veut et que la légitimité internationale se tient du côté du peuple palestinien », a déclaré M. Maher. Le porte-parole du gouvernement et ministre de l’Information jordanien, Mohammad Adwan, dont le pays a emboîté le pas à l’Égypte en 1994, a jugé que ce vote constitue « une attitude très négative vis-à-vis du processus de paix ». « La décision du Likoud signifie que ce parti n’est pas concerné par l’instauration de la paix dans la région ni par la fin de la spirale de la violence et constitue une tentative de torpiller le processus de paix et ses bases », a ajouté M. Adwan. « Cette décision ne vaut rien et il ne s’agit que de balivernes liées aux élections israéliennes », a-t-il ajouté. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Farouk el-Chareh, a affirmé que « le vote est un échec cuisant pour Sharon », qui « ne sera plus en mesure d’entreprendre des initiatives de paix pour les mois à venir ». Il a considéré que le vote est « une réplique israélienne aux efforts arabes de paix » qui se sont manifestés lors des sommets de Charm el-Cheikh et de Beyrouth.
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