C’est important de le savoir, même ou surtout pour le Liban : peut-on toujours miser sur le cheval américain ? Colin Powell a-t-il scabreusement, piteusement échoué ? A-t-il, sans réussir totalement, entamé un cycle de progrès à poursuivre lors d’une deuxième tournée que préparerait une mission intermédiaire de M. George Tenet ? Un diplomate européen répond que le secrétaire d’État semble avoir marqué des points du côté de Chebaa. Où les opérations du Hezbollah resteraient sous contrôle, sans s’étendre au restant de la ligne bleue ou à l’intérieur, ni provoquer de guerre généralisée. M. Powell a obtenu des Syriens comme des Libanais l’assurance que le front du Sud ne serait pas ouvert. Et dans les Territoires ? Là, selon le même analyste occidental, M. Powell aurait obtenu une sorte de détente relative. En attendant la poursuite des contacts visant à un retrait israélien effectif des agglomérations palestiniennes réoccupées. Cette entreprise devra être menée à bien techniquement par le chef de la CIA, M. George Tenet, qui revient dans quelques jours. En fait, ajoute le diplomate, M. Powell pensait calmer lui-même le jeu. Mais il s’est heurté à des attitudes par trop tranchées, inconciliables. Les Palestiniens n’acceptent pas de cessez-le-feu avant le retrait israélien des villes de Cisjordanie. Et les Israéliens refusent de refluer tant qu’ils n’auront pas brisé les organisations qu’ils qualifient de terroristes. On sait que Sharon n’a pas hésité à prendre cette position, avant le passage de Powell, pour rejeter sans ménagement l’appel du président Bush au retrait. Sharon a ignoré avec superbe les pressions américaines ou européennes, pour continuer à raser le camp de Jenine, alors même qu’il avait Powell chez lui. Et il a droit manifestement maintenant à un délai de rallonge pour ses tueries, pour son plan, en attendant le retour de Tenet. Mais aussi bien sur le front de Chebaa qu’en Palestine, les Américains pourront-ils indéfiniment prévenir le big-bang ? Surtout dans le climat d’exacerbation que vit la rue partout dans le monde arabe et islamique, même dans les pays modérés ? Ne doivent-ils pas, sans tarder, engager une action de fond pour sauver le processus de paix, ranimer tous les volets de négociations ? Le diplomate européen répond qu’à son avis, Washington va s’efforcer d’exploiter la proposition Sharon d’une nouvelle conférence régionale. Pour gagner du temps en faveur d’un apaisement progressif, en discutant les détails préparatoires d’un tel congrès, la liste des invités comme les mécanismes de fonctionnement ou l’ordre du jour. Ce serait d’ailleurs pour ouvrir la voie devant des tractations prolongées que Sharon a exclu de sa proposition initiale aussi bien Yasser Arafat que la Syrie ou le Liban. Il veut gagner du temps avec les palabres préliminaires. Pour continuer à judaïser un surplus de terres palestiniennes et poursuivre son plan expansionniste. Non seulement dans les Territoires mais dans l’ensemble de la région. Partant de là, un constat s’impose : les Américains ont intérêt à intervenir pour contrer de telles visées et tenter de sauver leur processus de paix. Mais pour qu’ils y soient disposés, il faut encore qu’ils réalisent ce que Sharon veut, et jusqu’où il compte aller. Cela ne semble toujours pas le cas, Washington ayant l’air, suivant sa propre expression, de se contenter d’une ligne de containement. Ce qui n’est valable qu’en cas d’un différend à caractère aussi relatif que politique. Et pas du tout quand on est en présence d’un conflit à fond, et de fond. Pour ne pas dire d’une guerre. Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats C’est important de le savoir, même ou surtout pour le Liban : peut-on toujours miser sur le cheval américain ? Colin Powell a-t-il scabreusement, piteusement échoué ? A-t-il, sans réussir totalement, entamé un cycle de progrès à poursuivre lors d’une deuxième tournée que préparerait une mission intermédiaire de M. George Tenet ? Un diplomate européen répond que le secrétaire d’État semble avoir marqué des points du côté de Chebaa. Où les opérations du Hezbollah resteraient sous contrôle, sans s’étendre au restant de la ligne bleue ou à l’intérieur, ni provoquer de guerre généralisée. M. Powell a obtenu des Syriens comme des Libanais l’assurance que le front du Sud ne serait pas ouvert. Et dans les Territoires ? Là, selon le même analyste occidental, M. Powell aurait obtenu une sorte de détente...