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Ubu est roi à Bethléem (photo)

Trois dirigeables blancs flottent gracieusement au-dessus de la basilique de la Nativité. Suspendu au bout d’une grue devant l’église, un haut-parleur géant, installé par l’armée israélienne, émet des sirènes stridentes, suivies d’une volée de cloches ironique. Le bras de fer qui oppose depuis deux semaines l’armée israélienne et les combattants palestiniens retranchés dans l’église a pris depuis quelques jours une tournure surréaliste, guerre des nerfs dont l’issue apparaissait toujours aussi improbable dimanche. L’armée israélienne dit avoir tout son temps et reconnaît mener une «guerre psychologique». Les combattants palestiniens retranchés dans l’église affirment qu’ils résisteront jusqu’à «leur dernier souffle» et rejettent la proposition du Premier ministre Ariel Sharon, qui ne leur donne d’autre choix que l’exil à vie ou la prison en Israël. Chacun raconte une histoire diamétralement différente. Les ballons espions qui planent au-dessus de la Nativité ont filmé «des terroristes en train de bronzer et de fumer tranquillement dans l’une des cours du complexe religieux», déclare un porte-parole de l’armée, Olivier Rafowicz, lors d’une conférence de presse improvisée à quelques mètres de la place de la Nativité. Ils « tiennent grâce à l’eucharistie » À l’intérieur, les assiégés contactés par téléphone disent ne plus avoir à manger et décrivent une «situation très difficile». Les religieux – une trentaine – enfermés dans le complexe, mais dans un autre bâtiment que celui où se trouvent les combattants, «tiennent grâce à l’eucharistie». Le drame est toujours en embuscade. Les tirs éclatent de temps en temps. Samedi soir, un policier palestinien retranché dans la basilique a été tué par un tireur embusqué israélien. «Il se trouvait en plein air dans l’enceinte du complexe», disent les Palestiniens. «Il nous visait depuis l’hôtel Casanova (un des bâtiments du complexe)», répond Olivier Rafowicz. Des négociations ont été engagées depuis le début du bras de fer, le 2 avril, entre deux équipes de négociateurs israéliens et palestiniens. Mais il s’agit d’un dialogue de sourds. Les Israéliens estiment que la crise est «militaire et doit se régler militairement», mais réitèrent «qu’ils ne toucheront pas aux lieux saints». Les Palestiniens réclament que le Vatican et le patriarche latin Mgr Michel Sabbah soient parties prenantes aux négociations. Israël estime qu’une trentaine des assiégés sont «de dangereux terroristes» des groupes radicaux Hamas et du Jihad islamique. «S’il y a des gens qui doivent être jugés, ils doivent l’être par des tribunaux palestiniens», réplique l’un des négociateurs palestiniens, Salah al-Taamari. En attendant, toute une ville est sous couvre-feu et suspendue à l’issue de «la crise de la basilique de la Nativité». «Nous ne partirons pas tant que cette question n’aura pas été réglée», admet M. Rafowicz, ajoutant que «la question de Bethléem est directement liée à l’église». Dans les rues dévastées de la vieille ville, quelques personnes bravent le couvre-feu. Deux vieilles femmes interrogent craintivement les journalistes : «Peut-on aller par là ? Est-ce qu’ils tirent ?». À quelques mètres de la place de la Nativité, cernée par les soldats israéliens, «Jean» – c’est le nom qu’il souhaite donner – ouvre timidement sa porte et échange quelques mots avec les soldats israéliens. «Il faut être poli avec eux», dit ce chrétien palestinien, en insistant pour faire rentrer des journalistes. «Je n’ai parlé avec personne depuis des jours, je ne peux pas sortir», raconte-t-il. Volets fermés, porte verrouillée, privé de radio, de télévision et de téléphone, Jean ne sait pas ce qui se passe sur la place et dans l’église de la Nativité, à deux pas de chez lui.
Trois dirigeables blancs flottent gracieusement au-dessus de la basilique de la Nativité. Suspendu au bout d’une grue devant l’église, un haut-parleur géant, installé par l’armée israélienne, émet des sirènes stridentes, suivies d’une volée de cloches ironique. Le bras de fer qui oppose depuis deux semaines l’armée israélienne et les combattants palestiniens retranchés dans l’église a pris depuis quelques jours une tournure surréaliste, guerre des nerfs dont l’issue apparaissait toujours aussi improbable dimanche. L’armée israélienne dit avoir tout son temps et reconnaît mener une «guerre psychologique». Les combattants palestiniens retranchés dans l’église affirment qu’ils résisteront jusqu’à «leur dernier souffle» et rejettent la proposition du Premier ministre Ariel Sharon, qui ne leur...