L’Union européenne place désormais tous ses espoirs dans un succès de la mission de paix du secrétaire d’État américain Colin Powell au Proche-Orient, seule alternative à l’étalement de ses divisions. Les ministres des Affaires étrangères des Quinze se réunissent lundi à Luxembourg, au lendemain d’une journée qui devrait être cruciale pour mesurer le succès de la médiation entreprise par les États-Unis afin d’arrêter la violence. «Tout dépend de la mission de Powell», ont affirmé à l’unisson plusieurs ambassadeurs de l’Union européenne. Depuis la réunion du «Quartet» mercredi dernier à Madrid, où les États-Unis, l’UE, les Nations unies et la Russie sont enfin parvenus à une position commune, les diplomates européens se réjouissent de constater que les divergences transatlantiques sur le Proche-Orient appartiennent désormais au passé. Si Colin Powell parvient à calmer le jeu, et notamment à obtenir un retrait des troupes israéliennes des territoires palestiniens autonomes réoccupés, les Européens sont prêts à «apporter leur pierre à l’édifice», a dit un diplomate. Les Quinze ont en effet aplani leurs divisions sur le fond, comme le montre le plan en sept points présenté par le ministre allemand des Affaires étrangères, Joschka Fischer. Certes, le projet allemand présente peu d’éléments neufs par rapport aux idées présentées depuis plusieurs mois par la France : création d’un État palestinien, retrait des troupes israéliennes, démantèlement des colonies juives dans les territoires occupés et négociation pendant une période de deux ans des contours définitifs de l’État et des autres questions. «Mais il est très significatif que ce soit l’Allemagne qui l’ait proposé», estime un responsable de la Commission. En raison du poids de l’histoire, l’Allemagne a toujours refusé jusqu’à présent de s’associer à un plan qui irait totalement à l’encontre des positions arrêtées par Israël. Si, au début du mois de février, Joschka Fischer s’était rallié aux idées françaises lors de la réunion informelle des ministres des Affaires étrangères des Quinze à Caceres (Espagne), il avait fait marche arrière le mois suivant. La diplomatie allemande a maintenant changé de cap, ce qui permet un consensus entre les Quinze sur les principaux éléments du processus de paix au Proche-Orient. L’idée d’une force d’interposition qui devra séparer Israéliens et Palestiniens fait également son chemin. Mais l’harmonie entre les Quinze dépend en grande partie de la bonne volonté d’Israël : si la mission de Colin Powell échoue, les chefs de la diplomatie européenne étaleront leurs divisions. Il n’existe en effet aucun consensus sur d’éventuelles «sanctions» à mettre en œuvre pour obliger le Premier ministre israélien Ariel Sharon à revenir à la table des négociations. Plusieurs pays, dont l’Allemagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, rejettent l’appel lancé par le président de la Commission européenne, Romano Prodi, qui a prôné lundi une réunion urgente du Conseil d’association UE-Israël. Israël, qui considère cet appel avec beaucoup de méfiance, dans la mesure où il pourrait selon Jérusalem s’agir de la première étape vers l’instauration de sanctions, pourrait réagir comme l’an dernier en envoyant à la réunion un fonctionnaire. Même si Romano Prodi a indiqué qu’il s’agissait simplement de nouer un dialogue avec Israël, de nombreux États membres jugent plus opportun d’éviter les lourdeurs du Conseil d’association et de rencontrer sans decorum excessif le ministre israélien des Affaires étrangères, Shimon Peres. Dans ce contexte, il est exclu que les Quinze suspendent l’accord d’association UE-Israël, comme le Parlement européen l’a demandé dans une résolution votée le 10 avril. Une telle suspension aurait un impact catastrophique pour Israël, dont pratiquement tous les produits entrent dans l’UE sans droits de douanes. Le commissaire européen aux Relations extérieures, Chris Patten, dressera toutefois lundi la liste des mesures qui pourraient hypothétiquement être prises par l’Union. Les Quinze pourraient d’abord faire traîner les négociations sur l’amélioration des concessions commerciales en faveur d’Israël, notamment sur certains produits agricoles, ou sur la participation d’Israël au nouveau programme de recherche de l’UE. «Nous pourrions montrer une mauvaise volonté politique dans les négociations», souligne-t-on à la Commission. Le gel du programme de coopération scientifique, le rappel des ambassadeurs de l’UE en Israël et la suspension des livraisons d’armes – l’Allemagne s’y est déjà engagée – pourraient également être décidées.
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