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Actualités - Chronologie

Vingt minutes dans l’enfer de Naplouse(PHOTO)

«Dieu est grand», répète en agonisant un Palestinien, la poitrine perforée par une balle tandis que les tirs israéliens pleuvent sur les vieilles rues pavées de Naplouse où des centaines de militants enterrent leurs morts, certains abandonnés au coin des rues désolées de la ville. Entrer à Naplouse c’est pénétrer au cœur de la guerre. On est accueilli par une rafale de tirs. «Dehors», hurle quelqu’un du haut d’une fenêtre, kalachnikov en main. Les deux Palestiniens, qui conduisent le petit groupe d’intrus, crient en arabe : «Ne tirez pas, nous sommes journalistes». Peu à peu des dizaines de visages apparaissent derrière les murs de ces maisons centenaires, fragiles édifices de pierre et de boue à moitié détruits par les bombes tombées au cours des derniers jours. Deux cadavres ont été abandonnés au milieu de la rue. Un autre gît sur le pas d’une porte. Ces hommes ont été tués il y a quelques minutes à peine, criblés de balles par la mitrailleuse d’un char. L’une des personnes tuées s’appelle Ahmeb Tabhuk. C’était un dirigeant de la première intifada, déclenchée en décembre 1987. L’autre était son ami. Il a tenté de récupérer son corps. Mais on l’a tué, lui aussi. Extrêmement nerveux, les militants palestiniens, des hommes de tous les âges, montrent la fosse commune ou sept cadavres viennent d’être enterrés. Les soldats israéliens interdisent l’entrée des ambulances et au bout de quelques heures les corps commencent à se décomposer. À quelques mètres de là, des femmes et des enfants se réfugient dans la mosquée d’al-Satur. Les vieilles prient les yeux fermés. La nuit dernière, des soldats ont détruit la mosquée la plus ancienne de la ville, Aljadra, un des lieux les plus respectés de Naplouse. «Cela n’a pas été fait par erreur», affirment les militants. Les tirs et les coups de canon des chars retentissent depuis déjà deux heures. Mais les militants ne perdent pas espoir. Sans téléphone, sans électricité, sans eau, des dizaines d’hommes et de femmes restent convaincus que c’est leur dernière «grande bataille» contre les Israéliens qui, affirment-ils, ne rentreront dans la ville qu’en foulant leurs cadavres. «Nous n’avons pas d’autre choix», déclare l’un d’eux, le visage masqué. La résistance est désespérée. Les moyens des uns et des autres totalement disproportionnés. Jusqu’à présent, 28 Palestiniens ont été tués à Naplouse depuis l’arrivée des chars israéliens, mercredi dernier, à la tombée de la nuit. Ce chiffre n’inclut pas les cadavres aperçus dimanche ni ceux qui ont été abandonnés en d’autres endroits de la cité, affirment les autorités. «Où sont les pays arabes ? Où étiez-vous jusqu’à présent, vous les journalistes ?», répète une Palestinienne levant les bras au ciel. Des hélicoptères survolent la zone. Les chars sont tout près. Passer dans ces rues, en grande partie détruites, devient de plus en plus difficile. Les militants palestiniens tirent en l’air pour protéger les journalistes. Ils signalent les charges cachées de dynamite pour éviter une explosion fatale. Le meilleur endroit pour se protéger du feu croisé ce sont les caves centenaires, creusées dans la pierre ou les tunnels qui courent dans la vieille ville. Les photos des Palestiniens tués dans les affrontements des derniers mois y ont été apposées. «Ce sont nos martyrs», signale un enfant. Aucun char ne pourra jamais pénétrer dans ce labyrinthe de ruelles étroites ou l’on peut facilement se cacher. Et les Palestiniens se demandent si les Israéliens iront jusqu’à y livrer une bataille au corps à corps. Ici, il suffit de vingt minutes pour ressentir la mort, la peur et la destruction. Mais il faudrait au moins cent pages et autant de photos pour pouvoir les décrire. À la sortie de la vieille ville, les chars israéliens sont aux aguets. Le regard des soldats est aussi menaçant que les mitrailleuses. Mais rien ne se passe. Et à chaque pas on laisse un peu plus les tirs derrière soi tandis que les battements du cœur retrouvent un rythme normal.
«Dieu est grand», répète en agonisant un Palestinien, la poitrine perforée par une balle tandis que les tirs israéliens pleuvent sur les vieilles rues pavées de Naplouse où des centaines de militants enterrent leurs morts, certains abandonnés au coin des rues désolées de la ville. Entrer à Naplouse c’est pénétrer au cœur de la guerre. On est accueilli par une rafale de tirs. «Dehors», hurle quelqu’un du haut d’une fenêtre, kalachnikov en main. Les deux Palestiniens, qui conduisent le petit groupe d’intrus, crient en arabe : «Ne tirez pas, nous sommes journalistes». Peu à peu des dizaines de visages apparaissent derrière les murs de ces maisons centenaires, fragiles édifices de pierre et de boue à moitié détruits par les bombes tombées au cours des derniers jours. Deux cadavres ont été abandonnés au...