Alors que les cours du pétrole flambent face à l’aggravation du conflit au Proche-Orient, la pression s’accentue sur l’Opep pour qu’elle fasse retomber les prix du brut, alors même que le cartel, qui veut éviter un retour à une situation du type premier choc pétrolier, vient d’avouer son impuissance face à la spéculation. Le brut a franchi cette semaine 27 dollars le baril, à un niveau qu’il n’avait pas retrouvé depuis plus de six mois. En un mois, les cours de l’or noir ont augmenté de 25 %. En introduisant en janvier de nouveaux quotas de production, le cartel ne s’attendait pas à une hausse aussi subite. C’est le marché qui fait grimper les cours par anticipation. Les opérateurs redoutent en effet que l’escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens ne finisse par toucher les exportations des pays du Golfe, un scénario où la demande excéderait de plus en plus l’offre. Cette crainte conduit certains analystes du secteur à penser que l’heure est venue pour l’Opep de réviser sa stratégie et d’accroître sa production afin de faire retomber les prix, ou du moins d’en ralentir la hausse. «Les cours grimpent trop haut à cause de la situation au Proche-Orient et cela pourrait peser sur la croissance de la demande en pétrole. L’Opep se trouve dans une situation très dangereuse», prévient Gary Ross du cabinet de consultants PIRA Energy. L’Opep est confrontée à un dilemme. Si elle agit pour faire baisser les prix, elle risque d’être accusée dans le monde arabe de faire le jeu des États-Unis, le premier pays consommateur de pétrole, et principal allié d’Israël. Si les prix continuent de flamber, en revanche, on reprochera à l’Opep de pénaliser la reprise économique qui s’esquisse actuellement dans le monde occidental. Dilemme Le secrétaire général du cartel, Ali Rodriguez, a souligné ce dilemme hier sur la BBC en affirmant que l’Opep n’avait aucun pouvoir sur la spéculation qui fait monter les cours. «Peut-être quelqu’un doit faire quelque chose pour atténuer la spéculation, a déclaré Rodriguez. (...) Je ne sais pas, car tout échappe à notre contrôle». «L’Opep essaie actuellement d’échaffauder une stratégie», résume Michael Rothman, spécialiste sur le marché énergétique pour Merrill Lynch. «Telles que les choses se présentent aujourd’hui, les prix ne vont pas modifier l’économie de manière spectaculaire, mais ils contribuent à alimenter les craintes sur l’état de la reprise», souligne Paul Horsnell de J.P. Morgan. La banque d’affaires estime que le marché mondial aura besoin de quatre millions de barils par jour supplémentaires au second semestre. La commissaire européenne à l’Énergie Loyola de Palacio, qui a rencontré le président de l’Opep Rilwanu Lukman et son secrétaire général, s’est dite pour sa part convaincue que le cartel n’avait pas l’intention d’utiliser le prix du pétrole comme une arme politique dans le conflit, et que l’organisation maintiendrait les cours dans une fourchette de 22 à 28 dollars. Certains pays sont tentés d’utiliser cette arme, maintenant que l’armée israélienne occupe plusieurs villes palestiniennes en représailles aux attentats-suicide, mais les analystes estiment qu’il s’agit davantage de tentatives d’intimidation que de menaces sérieuses. L’Iran et l’Irak, tous deux sur la liste noire de Washington et deux des principaux pays producteurs de pétrole, ont songé en début de semaine à un nouvel embargo. Bagdad a envoyé un projet de résolution à la Ligue arabe proposant que les pays producteurs cessent d’approvisionner les États-Unis pour faire pression sur eux. L’Iran a reconnu à son tour qu’un embargo serait très efficace, mais sans aller jusqu’à soutenir la démarche irakienne qui est, selon Téhéran, vouée à l’échec puisque l’Arabie saoudite n’y participerait pas. Un tel scénario rappelle l’embargo des pays arabes en 1973. Cette année-là, ils avaient fermé le robinet de pétrole, multipliant les prix par quatre et provoquant le premier choc pétrolier. Mais, aujourd’hui, l’Opep cherche aujourd’hui à rester en dehors du conflit. L’embargo de 1973 s’était d’ailleurs retourné contre les pays producteurs, la crise qui avait frappé les pays industrialisés pesant sur leur propre économie.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Alors que les cours du pétrole flambent face à l’aggravation du conflit au Proche-Orient, la pression s’accentue sur l’Opep pour qu’elle fasse retomber les prix du brut, alors même que le cartel, qui veut éviter un retour à une situation du type premier choc pétrolier, vient d’avouer son impuissance face à la spéculation. Le brut a franchi cette semaine 27 dollars le baril, à un niveau qu’il n’avait pas retrouvé depuis plus de six mois. En un mois, les cours de l’or noir ont augmenté de 25 %. En introduisant en janvier de nouveaux quotas de production, le cartel ne s’attendait pas à une hausse aussi subite. C’est le marché qui fait grimper les cours par anticipation. Les opérateurs redoutent en effet que l’escalade de la violence entre Israéliens et Palestiniens ne finisse par toucher les exportations...