Pour parfaire le tableau de la récession, il ne manquait plus qu’une dégradation sur le terrain. Les organismes économiques s’inquiètent donc autant que les cercles politiques de la situation au Sud, et plus particulièrement à Chebaa. Enclave qui risque de servir de détonateur à un cycle infernal de violence, avec des représailles israéliennes à la clé. Et la perspective de nouveaux coups contre l’infrastructure du pays, électricité en tête. Sans compter le coup d’arrêt automatique à toute reprise économique, du fait de l’instabilité et de la perte de confiance. Mais les officiels ne se font pas de bile. À les en croire, le front du Sud ne risque pas de s’embraser. Pas au point, en tout cas, pour que le Liban et la Syrie se trouvent confrontés à un sérieux danger d’attaque israélienne d’envergure. Ils affirment nonobstant les proclamations et les actions du Hezbollah, que la résistance comprend la gravité de la situation. Qu’elle évite les timings erronés, qu’elle est disciplinée et tient bien en main ses éléments. Ils ajoutent que la formation intégriste maintient le contact avec les autorités légales, pour une position unifiée à l’égard de ce qui se passe dans les Territoires. En étudiant de près les moyens à mettre en œuvre afin de soutenir le peuple palestinien, pour qu’il ne se sente pas seul face à l’agresseur israélien. Ces officiels retiennent des propos récents du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, cette phrase restrictive : «Nous n’agissons pas d’une manière turbulente, sans contrôle. Notre expérience nous a beaucoup appris.» Ils ajoutent que le Sud, Chebaa comprise, est sous la surveillance des forces de l’Onu, qui savent quelle partie viole la ligne bleue ou déclenche les provocations à la frontière. Dès lors, à leur avis, il ne suffit pas qu’Israël prétende que des katiouchas ont été tirées ou qu’une infiltration a eu lieu pour justifier une attaque qu’il lancerait contre le Liban. Il n’en demeure pas moins qu’il faut rester méfiant. Ainsi, ces responsables locaux s’inquiètent en fait d’entendre le ministre israélien de la Défense, M. Ben Eliezer, soutenir qu’il ne veut pas ouvrir un nouveau front, mais vivre en paix avec le Liban. À leur sens, cela pourrait cacher des intentions bellicistes. Sans compter, rappellent-ils, que la décision véritable n’est pas aux mains de ce ministre, mais de M. Ariel Sharon. Qui, pour sa part ,multiplie les mises en garde menaçantes à l’adresse de la Syrie et du Liban, au sujet des tirs contre les positions israéliennes dans le secteur de Chebaa. Toujours est-il que, comme l’indiquent les propos cités, le pouvoir libanais n’entend pas ouvrir le front du Sud. Selon des sources fiables, des contacts ont été pris à ce sujet aussi bien avec la Résistance qu’avec la Syrie ou avec des instances arabo-internationales. Dans cet esprit, les manifestations dans les camps palestiniens comme au niveau de la rue libanaise restent surveillées de près. Pour qu’elles restent pacifiques, calmes et ne provoquent pas de heurts déstabilisateurs avec les forces de l’ordre. Les différentes initiatives de solidarité avec le peuple palestinien se déroulent d’ailleurs, il convient de le souligner, en base d’un consensus libanais unanime. Loin des déchirures que suscitait le facteur palestinien quand il s’activait dans ce pays même et non dans ses propres foyers comme c’est le cas à présent. Cependant, l’union des rangs et des cœurs serait sérieusement ébréchée au Liban si jamais le front du Sud s’embrasait. Car une telle décision, peut-on estimer, ne devrait être prise qu’en base d’un plan arabe commun de confrontation. Aussi proches qu’ils soient de la Résistance, les dirigeants libanais eux-mêmes n’admettent pas de voir le pays plongé seul dans une confrontation militaire avec un ennemi surarmé. Ni en payer seul le prix, sous prétexte de soutenir une cause palestinienne qui n’en tirerait aucun profit. D’autre part, est-il besoin de le souligner, l’ouverture d’un front au Sud concerne également la Syrie, qui serait également prise à partie par Israël. Et dont le Golan peut lui aussi être ouvert, si l’on devait opter pour la guerre, ce qui paraît donc hors de question jusqu’à nouvel ordre. Émile KHOURY
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