Far from the madding crowd, loin des criailleries, du bruit et de la fureur arabes, la complainte d’un malheureux petit pays. Qui se met en quatre pour recevoir fastueusement ses hôtes, alors que lui-même crie famine. Sans relever ce contraste, mais sans non plus se laisser museler par le sommet, Bkerké tire la sonnette d’alarme. Encore une fois ce grelot qui, par-dessus tout vacarme, tinte dans le mince espoir de trouver bon entendeur du côté du pouvoir. Ainsi l’exorde pascal du patriarche Sfeir relève que «jour après jour, la situation du Liban s’aggrave. Pour la traiter, il faut oublier les zizanies, les ressentiments, les rancunes et unifier les rangs. Afin de rechercher des solutions aux problèmes qui s’accumulent et qui risquent de devenir insolubles. Il est temps de cesser de se lancer des accusations, de particulier à particulier ou de partie à partie. Nous sommes tous responsables. Il ne sert à rien de miser sur autrui.» Il souligne ensuite que «le pays en est arrivé à un point qui n’est pas seulement imputable aux Libanais. Mais aussi à l’action de la tutelle qui lui est imposée depuis plus d’un quart de siècle. La volonté du Liban est paralysée, sa souveraineté réduite, son pouvoir de décision bloqué. Il reçoit des ordres et les exécute, sans discussion, sans avoir son mot à dire. Comme s’il avait perdu conscience.» Il rappelle Taëf et l’engagement, resté sans suite, pris par l’Arabie saoudite, le Maroc et l’Algérie pour la supervision de l’application de ces accords. Qui devaient consacrer l’indépendance, la souveraineté et l’autonomie de décision du pays. Sur le plan ponctuel, une source ecclésiastique confirme que Mgr Sfeir a reçu une myriade de promesses de dialogue, d’ouverture et d’entente qui sont restées lettre morte. Alors que la crise nécessite une solidarité nationale sans faille. Dès lors, les querelles politiciennes causées par des luttes d’influence ou d’intérêt entravent le traitement de la récession. Cependant, le président Émile Lahoud se prononce pour le dialogue avec tous. Il rappelle qu’il a reçu le groupe de Kornet Chehwane, qu’il entend briser toutes les barrières, poursuivre les rencontres avec l’opposition, dans un esprit démocratique. Et, justement, à la question de savoir pourquoi certaines parties sont frappées d’exclusion, le chef de l’État répond que dans un système démocratique parlementaire, la participation obéit à des données occurrentes, avec un effort pour qu’elle soit générale. Il redit qu’il est naturel qu’il y ait une opposition, que c’est une partie essentielle du système et un partenaire fondamental pour le pouvoir. Mais y a-t-il des chances pour un changement positif à l’égard du camp chrétien ? La personnalité religieuse précédemment citée réplique que les chrétiens ne sont mus que par leur attachement à des constantes nationales comme la liberté, la souveraineté, l’indépendance et la dignité nationale. Ils sont aux côtés de quiconque défend ces principes, qu’il soit mahométan ou chrétien. Et de préciser qu’en l’état actuel des choses, on ne peut attendre aucune modification de fond, tant que les circonstances ne permettent pas au pays de retrouver son libre arbitre. Tout ce que l’on peut faire pour le moment, ajoute ce dignitaire religieux, c’est de tenter de limiter la corruption politique et administrative. Il conclut en affirmant que ni l’opposition ni les critiques ne peuvent rien apporter tant que la démocratie reste viciée, car les intéressés protégés et téléguidés ne craignent pas le verdict de l’opinion. Émile KHOURY
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