Peinant à établir une différence entre les programmes des deux principaux candidats à l’élection présidentielle, les Français se reportent vers les extrêmes, surtout à gauche où la trotskiste Arlette Laguiller est créditée d’un bon score au premier tour, le 21 avril. Sept Français sur dix jugent «quasiment identiques», selon un dernier sondage, les projets du président conservateur Jacques Chirac, 69 ans, et du Premier ministre socialiste Lionel Jospin, 64 ans : «Chispin» et «Jorac», ironisent leurs détracteurs. Les deux hommes, qui dirigent la France côte à côte depuis cinq ans, sont quasi assurés de livrer le duel final, au second tour le 5 mai. Mais deux dirigeants de partis extrêmes, Jean-Marie Le Pen, 73 ans, à droite, et Arlette Laguiller, 61 ans, à gauche, arrivent désormais en troisième et quatrième positions, selon les derniers sondages. M. Le Pen, bien que crédité de 10 % des intentions de vote, pourrait toutefois être exclu de la course. Il a en effet du mal à rassembler les 500 signatures d’élus nécessaires pour que leur candidature soit validée par le Conseil constitutionnel le 2 avril. Les 500 parrainages d’Arlette Laguiller ont été déposés jeudi, a fait savoir Lutte ouvrière. M. Le Pen, président du Front national, 10 %, est plutôt en baisse depuis la présidentielle de 1995 (15,3 % des voix), en raison des divisions internes. La porte-parole de Lutte ouvrière, Arlette Laguiller, monte en flèche avec 9 %. Mme Laguiller en est à sa cinquième candidature présidentielle. Cette ancienne employée de banque a obtenu en 1995 un peu plus de 5 % des suffrages, comparé à environ 2 % pour les scrutins précédents. Seule personnalité politique à être appelée par son prénom, «Arlette», une brune aux cheveux courts vêtue avec simplicité sinon austérité, a un projet limpide : «Interdire les licenciements» et «faire payer les plus riches». Son succès – Alain Souchon lui a consacré une chanson –, selon les analystes, n’est pas dû à son discours inchangé depuis trente ans, adressé aux «travailleuses et travailleurs» dans un vocabulaire d’un autre âge, sur fond de drapeaux rouges, avec l’Internationale entonnée le poing brandi à la fin des réunions publiques. Et encore moins au parti qu’elle représente, Lutte ouvrière, comparé à une secte par ses détracteurs, quasi clandestin, ayant pour seule adresse une boîte postale et dont le vrai dirigeant, Robert Barcia, alias Hardy, dirigeant d’une firme de produits pharmaceutiques, n’apparaît jamais en public. «Arlette» de même que l’extrême droite ou encore l’ancien ministre de gauche Jean-Pierre Chevènement, cinquième mieux placé parmi la cinquantaine de prétendants à l’Élysée, fédèrent en effet un «vote protestataire» pour près de la moitié des Français. Avec son charisme, la trotskiste a su rallier les mécontents du tournant centriste pris par le gouvernement de gauche, bénéficiant notamment de la désaffection pour le Parti communiste, dont le candidat Robert Hue n’est crédité que d’environ 5 % d’intentions de vote et qui paie sa participation au gouvernement. Les électeurs de Mme Laguiller «ont envie de donner une gifle au premier tour à Jospin», qui a même assuré, dans un premier temps, que son «programme n’était pas socialiste», résume le directeur de l’important institut de sondage Ipsos, Jean-Marc Lech, dans le journal de gauche Libération. M. Hue, jugeant «stérile» de «voter vers les extrêmes», estime cependant que le vote protestataire ne brasse pas qu’à gauche. Un quart à un tiers des électeurs de Mme Laguiller, qui refuse de donner des consignes pour le second tour, se reporteront sur Jacques Chirac, affirme-t-il.
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