Dans un vote historique tard dans la nuit de mardi à mercredi et à l’issue d’ultimes tractations, le Conseil de sécurité a fait figurer pour la première fois dans une résolution la mention d’État palestinien. La résolution 1397, dont la présentation par les États-Unis avait constitué un coup de théâtre, a été adoptée peu avant minuit mardi (05h00 GMT mercredi) par 14 voix pour et une abstention, celle de la Syrie, membre non permanente du Conseil. Premier texte sur le Proche-Orient depuis octobre 2000, elle a été adoptée à l’issue de la journée de mardi qui, avec 37 morts, a été l’une des plus meurtrières depuis la reprise des violences. Le Conseil de sécurité, dans la deuxième phrase de ce texte de moins de trente lignes, se déclare «attaché à la vision d’une région dans laquelle deux États, Israël et la Palestine, vivent côte à côte, à l’intérieur de frontières reconnues et sûres». Les tractations se sont poursuivies jusqu’à la dernière minute, mais en vain, pour tenter d’obtenir que la Syrie participe au vote, «son abstention, faisant remarquer un diplomate, risquant d’ôter beaucoup de signification politique à un texte aussi important». Verbatim «Le Conseil de sécurité ; Rappelant toutes ses résolutions pertinentes antérieures, notamment les résolutions 242 (1967) et 338 (1973) ; Attaché à la vision d’une région dans laquelle deux États, Israël et la Palestine, vivent côte à côte, à l’intérieur de frontières reconnues et sûres», Profondément préoccupé par la poursuite des événements tragiques et violents qui ont lieu depuis septembre 2000, en particulier les attaques récentes et l’augmentation du nombre des victimes, Soulignant la nécessité pour toutes les parties concernées d’assurer la sécurité des civils, Soulignant également la nécessité de respecter les normes universellement reconnues du droit international humanitaire, Se félicitant aussi des efforts diplomatiques déployés par les envoyés spéciaux des États-Unis d’Amérique, de la Fédération de Russie, de l’Union européenne et par le coordonnateur spécial des Nations unies et d’autres pour parvenir à une paix complète, juste et durable au Moyen- Orient, et les encourageant, Se félicitant de la contribution du prince héritier Abdallah d’Arabie saoudite, 1. exige la cessation immédiate de tous les actes de violences, y compris tous les actes de terreur et toutes provocations, incitations et destructions; 2. demande aux parties israélienne et palestinienne ainsi qu’à leurs dirigeants de coopérer à la mise en œuvre du plan de travail Tenet et des recommandations du rapport Mitchell visant la reprise des négociations en vue d’un règlement politique ; 3. exprime son soutien aux efforts du secrétaire général et d’autres pour aider les parties à mettre terme à la violence et à reprendre le processus de paix ; 4. décide de rester saisi de la question». Israël face à un double défi diplomatique Israël, qui poursuit ses offensives massives dans les territoires palestiniens, est désormais confronté à un double défi diplomatique, avec la mention historique, par l’Onu, d’un État palestinien, et une offre de paix arabe lancée par l’Arabie saoudite. Le représentant d’Israël, Yehouda Lancry, a qualifié cette résolution d’«équilibrée», mais un diplomate a estimé, dans les couloirs du Conseil, qu’il fallait y voir «un message sévère au Premier ministre d’Israël». Ariel Sharon, qui poursuit une offensive militaire de grande envergure dans les territoires palestiniens, ajoutant aux bombardements l’occupation quasi totale de Ramallah et les arrestations en masse, «est peut-être engagé dans une course contre la montre», avant qu’il ne reçoive la consigne des États-Unis «de se calmer», estime pour sa part un autre expert, Antoine Basbous, qui dirige, en France, l’Observatoire des pays arabes. «Il veut engranger au maximum, pour négocier en position de force ; c’est un scénario assez classique», estime-t-il. Confronté à cette résolution de l’Onu inspirée par Washington, Israël devra aussi répondre, si l’option militaire n’est plus la seule retenue, à l’offre de paix présentée par l’Arabie saoudite et qui pourrait être approuvée lors du sommet arabe de Beyrouth. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Shimon Peres, s’est pour sa part félicité hier du vote de la résolution. «Israël accueille favorablement les efforts déployés par les États-Unis pour inclure dans la résolution du Conseil de sécurité un chapitre appelant à l’arrêt immédiat du terrorisme et aux incitations à la violence», a affirmé M. Peres. Une étape dans le réengagement américain Le vote de la résolution de l’Onu, parrainée par les États-Unis, marque une étape dans le regain d’engagement américain au Proche-Orient, après des mois d’une attitude en retrait, relevaient hier analystes américains et diplomates étrangers. L’adoption de cette résolution historique survient alors que le vice-président Dick Cheney effectue une tournée dans une dizaine de pays arabes et que l’émissaire américain pour le conflit israélo-palestinien, le général en retraite Anthony Zinni, s’apprête à revenir aujourd’hui dans la région pour tenter de parvenir à un cessez-le-feu. C’est la première fois, faisaient remarquer hier des diplomates étrangers, que les États-Unis, qui essaient généralement de limiter tout rôle international autre que le leur dans le conflit israélo-palestinien, présentent un texte de cette nature. Certains diplomates en poste au siège des Nations unies à New York, habitués à voir Washington user de son droit de veto pour ménager son allié israélien, parlaient hier de «coup de théâtre», voire de «miracle». L’ambassadeur américain à l’Onu, John Negroponte, a expliqué pour sa part que cette résolution visait à réunir «un consensus assez large sur ce que doit être le processus d’un règlement au Proche-Orient». M. Negroponte a ajouté que la mention d’un État palestinien ne constituait pas un changement de la politique américaine, faisant remarquer que le président George W. Bush lui-même avait parlé de la perspective d’un État appelé «Palestine» en novembre, devant l’Assemblée générale de l’Onu. Le vote de cette résolution «ne constitue pas un revirement de la politique américaine, mais indique certainement que les États-Unis sont prêts à peser davantage» pour un règlement politique aboutissant à la coexistence de deux États, Israël et la Palestine, estime pour sa part Ian Lustick, spécialiste du Proche-Orient à l’Université de Pennsylvanie. «C’est un signal envoyé à Israël qu’il ne peut pas toujours compter sur les États-Unis pour empêcher toute action aux Nations unies qui gênerait le gouvernement israélien», dans la foulée du récent durcissement de ton de Washington à l’égard du Premier ministre Ariel Sharon, souligne-t-il. La Syrie abstentionniste et conséquente avec elle-même L’abstention de la Syrie au vote de la résolution 1397 est la conséquence logique de sa fermeté à l’égard d’Israël, indiquaient hier des diplomates à Damas. Un diplomate occidental à Damas estime que la Syrie ne pouvait pas approuver ce texte dans la mesure où elle appelle régulièrement la communauté internationale à épingler Israël comme «l’agresseur». Or, ajoute-t-il, la résolution n’a fait qu’exiger «la fin immédiate de tous les actes de violences, ce qui inclut toutes les formes de terreur, de provocation, d’incitation et de destruction», sans nommer l’État hébreu ou les Palestiniens. Le représentant syrien à l’Onu, Mikhaïl Wehbé, a expliqué l’abstention de son pays par le fait que cette résolution «était faible» et ne mentionnait pas non plus «la question de l’occupation israélienne». «Elle met le bourreau et ses victimes sur le même pied», a-t-il dit avant la soumission au vote du texte. Dans un éditorial mis sous presse avant le vote, le quotidien officiel as-Saoura a demandé hier au Conseil de sécurité «d’assumer ses responsabilités et de prendre les mesures susceptibles de mettre fin aux débordements israéliens qui échappent à toute raison». «Le Conseil de sécurité va-t-il rester les mains liées, incapable de voter une résolution mettant fin à la terrible tragédie vécue par des centaines de milliers» de Palestiniens ? s’est interrogé le journal. Les responsables et la presse de Damas martèlent que le soulèvement palestinien, déclenché en septembre 2000, est la conséquence de l’occupation israélienne et appellent à la poursuite de l’intifada jusqu’à ce qu’Israël accepte de se retirer des territoires palestiniens. Un autre diplomate occidental souligne que la résolution 1397 comporte une reconnaissance claire d’Israël et, en l’acceptant, la Syrie aurait «fait un cadeau gratuit» à l’État hébreu. Damas, souligne-t-il, a assorti la reconnaissance d’Israël à un règlement global du conflit arabo-israélien en vertu duquel l’État hébreu devrait se retirer de tous les territoires arabes occupés en 1967, dont le plateau syrien du Golan et Jérusalem-Est, et accepter le droit au retour des réfugiés palestiniens. L’Autorité palestinienne satisfaite, l’opposition critique L’Autorité palestinienne s’est félicitée hier de l’adoption de la résolution de l’Onu, mais l’opposition l’a jugée insuffisante. «Cette résolution est importante et témoigne pour la première fois d’une unanimité au sein du Conseil de sécurité sur l’établissement d’un État palestinien», a déclaré à Gaza le conseiller du président Yasser Arafat, Nabil Abou Roudeina. «La résolution est un pas dans la bonne direction», a déclaré pour sa part un des principaux négociateurs palestiniens Saëb Erakat. Pour le secrétaire du gouvernement palestinien Ahmed Abdelrahmane, le texte marque «un appui international fort à la vaillante résistance du peuple palestinien face à la machine de guerre israélienne». En cautionnant la résolution 1397, les États-Unis ont «adapté leur approche pour ainsi se conformer à la légalité internationale, ce qui ouvre la voie à la sécurité, la stabilité (...), dont l’État palestinien sera le garant», a-t-il ajouté. Pour lui, il faudrait envisager «un mécanisme contraignant pour l’application de la résolution» par Israël. Des mouvements de l’opposition palestinienne à Gaza ont en revanche estimé que cette résolution était en deçà des revendications palestiniennes. «Cette résolution pourrait constituer une évolution mais elle n’est pas suffisante. Il fallait qu’elle comporte une clause mentionnant ouvertement les massacres commis contre les Palestiniens et un appel clair à l’arrêt immédiat de l’agression» israélienne, a dit Nafez Azzam, un responsable du Jihad islamique. Pour un responsable d’un autre mouvement radical islamiste Hamas, Ismaïl Haniyé, la résolution «est en retrait par rapport au partage (de la Palestine en 1948) qui avait donné au peuple palestinien la moitié de la terre alors qu’aujourd’hui on ne parle que de 20 % de la terre de Palestine». Le Hamas et le Jihad islamique, groupes hostiles à tout dialogue avec Israël et prônant la poursuite de la lutte armée contre Israël, ont revendiqué plusieurs attentats meurtriers ces dernières années. «Cette résolution n’est pas équilibrée et est inacceptable (...) et ignore la réalité qui est que notre peuple résiste à l’occupation», a dit Jamil al-Majdalaoui, membre du bureau politique du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP).
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dans un vote historique tard dans la nuit de mardi à mercredi et à l’issue d’ultimes tractations, le Conseil de sécurité a fait figurer pour la première fois dans une résolution la mention d’État palestinien. La résolution 1397, dont la présentation par les États-Unis avait constitué un coup de théâtre, a été adoptée peu avant minuit mardi (05h00 GMT mercredi) par 14 voix pour et une abstention, celle de la Syrie, membre non permanente du Conseil. Premier texte sur le Proche-Orient depuis octobre 2000, elle a été adoptée à l’issue de la journée de mardi qui, avec 37 morts, a été l’une des plus meurtrières depuis la reprise des violences. Le Conseil de sécurité, dans la deuxième phrase de ce texte de moins de trente lignes, se déclare «attaché à la vision d’une région dans laquelle deux États,...