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Actualités - Chronologie

Confusion autour de la stratégie nucléaire américaine

Les révélations de la presse concernant un plan secret du Pentagone contre plusieurs pays et les engagements de George W. Bush sur la réduction de l’arsenal nucléaire américain entretiennent la confusion sur les intentions de Washington en matière atomique. De hauts responsables américains ont toutefois cherché à minimiser la portée de ce plan secret. Selon eux, il ne contient rien de révolutionnaire et constitue simplement une «saine planification militaire conceptuelle» de la part des stratèges du Pentagone, pour reprendre l’expression du secrétaire d’État Colin Powell. «Nous procédons toujours à une révision de nos options militaires, de nos armes classiques et de nos armes nucléaires», a dit le général en retraite. Condoleezza Rice, conseillère à la sécurité nationale du président George W. Bush, a de son côté déclaré sur NBC que le rapport n’avait rien de surprenant et reflétait l’inquiétude des États-Unis face à la prolifération des armes. Elle a ajouté que l’Administration Bush entendait ainsi «envoyer un signal très fort à quiconque pourrait essayer d’utiliser des armes de destruction de masse contre les États-Unis». «Le seul moyen de prévenir un tel projet est de dire clairement qu’il entraînerait une réponse dévastatrice», a-t-elle précisé. Un tournant significatif Malgré les efforts du Pentagone pour limiter la portée de ce rapport, nombre d’experts pensent qu’il marque un tournant significatif dans la doctrine nucléaire américaine. «Cette révision de la stratégie nucléaire (...) confirme que l’Administration Bush cherche à augmenter, et non à diminuer, le rôle des armes nucléaires dans la politique étrangère et militaire américaine», estime Darryl Kimball, directeur de l’association à but non lucratif pour le contrôle des armes. Les États-Unis sont le seul pays à avoir utilisé des bombes atomiques. C’était en 1945, lors de la Seconde Guerre mondiale, à Hiroshima et Nagasaki. Depuis, l’Amérique s’est efforcée de décourager les autres pays de mettre au point et d’utiliser des armes nucléaires. Pour John Isaacs, membre de la coalition pour un monde habitable, cette révision de la politique nucléaire américaine va «dans le sens inverse». «L’Administration essaye de trouver des moyens de rendre les armes nucléaires utiles et qui permettraient de vraiment les utiliser». D’autres détracteurs redoutent que cette nouvelle stratégie n’ôte tout crédit aux pressions américaines visant à dissuader Bagdad et Téhéran de mettre au point des armes nucléaires. Selon les articles publiés samedi dans le Los Angeles Times et dimanche dans le New York Times, l’Administration Bush aurait demandé au Pentagone de préparer des plans prévoyant le recours à l’arme nucléaire contre sept pays, dont la Russie et la Chine. Les autres pays cités sont l’Irak, l’Iran, la Corée du Nord, la Libye et la Syrie. Les instances militaires américaines sont également invitées à se doter d’armes nucléaires plus réduites, destinées à un usage tactique sur certains champs de bataille, comme le Proche-Orient, en représailles à des attaques bactériologiques, ou en cas d’«événements militaires inattendus», précisent les quotidiens. Abandon de la dissuasion ? Selon l’éditorialiste du Los Angeles Times William Arkin, professeur à l’Université Johns Hopkins pour les hautes études internationales, le plan Bush «renverse une tendance, vieille de près de 20 ans, à la relégation des armes nucléaires dans la catégorie des armes employées en dernier ressort». Les États-Unis ont longtemps considéré le nucléaire comme une arme de dissuasion contre leur adversaire de la Guerre froide, l’Union soviétique. Ils rejetaient alors l’utilisation de bombes atomiques contre un État ne disposant pas d’un armement similaire, à moins qu’il ne soit allié avec un État à capacité nucléaire. Désormais, il semble que l’Administration «cherche des armes nucléaires qui pourraient jouer un rôle dans les types de défis posés par el-Qaëda aux États-Unis», écrit Arkin. Ces révélations surviennent à un moment embarrassant pour Washington, puisque l’Administration Bush discute actuellement avec Moscou pour établir une nouvelle relation stratégique. Les négociations portent notamment sur un accord de suppression des deux tiers de l’arsenal nucléaire de chaque pays. Le ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov est à Washington cette semaine pour essayer de mettre au point des accords qui pourraient être signés en mai lors d’un sommet entre Bush et son homologue russe Vladimir Poutine à Moscou. Bush a à plusieurs reprises déclaré que la Russie n’était plus un ennemi, mais un partenaire, et que les garde-fous mis en place lors de la Guerre froide, comme les accords sur le contrôle des armements, n’étaient donc plus nécessaires. Néanmoins, Isaacs se demande pourquoi les États-Unis placent dans le même temps leur «ami» russe sur leur liste des pays-cibles en matière nucléaire. «Je pense qu’il y a des contradictions fondamentales au sein de l’Administration Bush qui n’ont pas encore été réglées», ajoute-t-il.
Les révélations de la presse concernant un plan secret du Pentagone contre plusieurs pays et les engagements de George W. Bush sur la réduction de l’arsenal nucléaire américain entretiennent la confusion sur les intentions de Washington en matière atomique. De hauts responsables américains ont toutefois cherché à minimiser la portée de ce plan secret. Selon eux, il ne contient rien de révolutionnaire et constitue simplement une «saine planification militaire conceptuelle» de la part des stratèges du Pentagone, pour reprendre l’expression du secrétaire d’État Colin Powell. «Nous procédons toujours à une révision de nos options militaires, de nos armes classiques et de nos armes nucléaires», a dit le général en retraite. Condoleezza Rice, conseillère à la sécurité nationale du président George W. Bush, a...