Béchir, te voilà parti depuis quelques semaines, et pourtant tellement présent encore parmi nous : nous, ta grande famille d’amis que tu aimes appeler «mon cher collègue», «mon cher camarade» ou «mon cher compatriote». Quant à moi, une relation privilégiée me liait à toi : depuis Alep durant mon enfance en 1951 lors de ton stage à l’hôpital St-Louis où mon père anesthésiste te servait de rempart au bloc opératoire contre les ires imprévues du grand patron Fruchaud, jusqu’à Beyrouth durant les années 60, où ton image de «séducteur-célibataire endurci» mêlée à une brillante réussite professionnelle servait d’image de marque à l’étudiant que j’étais. C’est là que notre vrai copinage allait commencer : tu avais 43 ans et moi 25. Comment oublier nos rencontres quotidiennes au St-Georges avec tes sermons antitabac et le verlan que l’on improvisait avant même qu’il n’existe. Comment ôter de ma mémoire l’image de ta Jaguar et de ton roof qui volaient à mon secours à chaque fois qu’il fallait épater les petites copines. Que dire de nos fugues gastronomiques, aussi bien à Beyrouth qu’à Paris, à la recherche d’une recette inédite ou d’un plat concocté différemment sans oublier nos vagabondages vestimentaires pour le choix d’un nouveau tissu ou l’essayage d’une coupe à la mesure de notre imagination fantaisiste. Je conserve encore intacts les papiers à lettre des grands palaces parisiens où tu résidais et qui me servaient pour mes notes de cours universitaires. Et puis, il y eut l’horrible guerre de même que ton séjour à l’Hôtel-Dieu que tu considérais comme «ta résidence principale». Ce fut là ton grand sacerdoce professionnel. Durant cette période survint ta rencontre aves la «Anissa» comme tu aimais appeler Papou, avec l’arrivée de Béchir et Yara ; c’était le début d’une longue lune de miel sereine et harmonieuse. Malheureusement, il y eut ta maladie soudaine, inattendue et sordide. Toi malade ? Toi qui menais une vie d’une santé exemplaire avec tes soupes aux 17 légumes et demi provenant des terres de Hbaline, tes plats aux ingrédients sélectionnés par ta famille à Kafroun, ton alcool siroté à la goutte comme s’il s’agissait d’un médicament et que tu aimais boire avec un mélange de plaisir et de détachement, ton cigare longtemps humé et rarement fumé. Toi qui nageais tous les jours faisant fi des saisons, des distances et des circonstances pourvu qu’il y ait un petit bout d’une grande bleue quelque part. Mais de quel manque de prévention médicale as-tu pu être victime ? Comme disait Bécaud : «Qu’elle est lourde à porter l’absence d’un ami». Repose en paix Béchir, tu as laissé un très beau legs. Ta grande famille veillera à le préserver intact. Pr Jean-Marie MÉGARBANÉ
Béchir, te voilà parti depuis quelques semaines, et pourtant tellement présent encore parmi nous : nous, ta grande famille d’amis que tu aimes appeler «mon cher collègue», «mon cher camarade» ou «mon cher compatriote». Quant à moi, une relation privilégiée me liait à toi : depuis Alep durant mon enfance en 1951 lors de ton stage à l’hôpital St-Louis où mon père anesthésiste te servait de rempart au bloc opératoire contre les ires imprévues du grand patron Fruchaud, jusqu’à Beyrouth durant les années 60, où ton image de «séducteur-célibataire endurci» mêlée à une brillante réussite professionnelle servait d’image de marque à l’étudiant que j’étais. C’est là que notre vrai copinage allait commencer : tu avais 43 ans et moi 25. Comment oublier nos rencontres quotidiennes au St-Georges avec...
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