Des affirmations anti-islamiques, attribuées au très conservateur attorney général (ministre de la Justice), John Ashcroft, ont choqué les musulmans américains déjà éprouvés par le climat de méfiance à leur égard aux États-Unis depuis le 11 septembre. Un journaliste américain, Cal Thomas, a affirmé cette semaine que ces propos avaient été prononcés devant lui par M. Ashcroft, le 9 novembre dernier. «L’islam est une religion dans laquelle Dieu vous demande d’envoyer votre fils mourir pour lui. Le christianisme est une foi dans laquelle Dieu envoie son fils mourir pour vous», aurait déclaré M. Ashcroft. Le ministre, fils et petit-fils de pasteurs pentecôtistes, profondément croyant et capable de citer les Évangiles par cœur, a démenti mollement ces déclarations passées inaperçues l’an dernier. Ces affirmations «ne reflètent pas avec exactitude ce que je crois avoir dit il y a douze ou treize semaines», s’est contenté de dire M. Ashcroft dans un bref communiqué de presse. L’explication, dénuée d’excuses, n’a apparemment pas satisfait les organes représentatifs de l’islam aux États-Unis dont certains se sont élevés contre l’attorney général qui s’est dans le passé déclaré convaincu que «les hommes n’ont d’autre roi que Jésus». M. Ashcroft a entre-temps jugé utile de publier une liste se voulant exhaustive de ses actions en faveur des musulmans américains depuis le 11 septembre, comprenant pas moins d’une vingtaine de rencontres avec des dirigeants de cette communauté et des appels à la tolérance religieuse. «Si ces propos ont été tenus, ils sont faux, blessants et malvenus de la part d’un représentant de la loi qui est à l’origine d’une politique visant de façon disproportionnée les musulmans», a affirmé Nihad Awad, président du Council on American-Islamic Relation (CAIR). M. Awad en a profité pour critiquer sévèrement les arrestations de centaines de musulmans après le 11 septembre, fondées le plus souvent, selon lui, sur leur apparence moyen-orientale. Le très influent homme d’affaires James Zogby, président de l’Arab American Institute (AAI), a quant à lui appelé le président George W. Bush à limoger M. Ashcroft si celui-ci ne se rétractait pas officiellement. «C’est extrêmement insultant», confie Ahmed Dean, qui dirige un centre de réflexion islamique en Virginie Minaret of Freedom car, ajoute-t-il, ces propos ne sont pas ceux d’un «curé de paroisse pendant un pique-nique, mais proviennent de l’attorney général des États-Unis». «Il doit dire clairement : “je regrette” et espérer que les gens acceptent ses excuses», affirme-t-il. Selon lui, M. Ashcroft a «recyclé une ancienne plaisanterie propagée par le christianisme et qui accusait le Dieu des juifs d’avoir demandé à Abraham de sacrifier son fils pour lui, alors que le Dieu des chrétiens a sacrifié son fils pour l’humanité». «C’est une affirmation simpliste et sans nuance, révélatrice d’un courant ancien dans la société américaine», tranche pour sa part l’historien Peter Kusnick. L’universitaire, spécialiste du radicalisme aux États-Unis, fustige au passage la vision manichéenne du monde développée par les républicains: «l’axe du mal» des États soutenant le terrorisme, selon M. Bush, et avant lui «l’empire du mal», qualificatif donné par le président Ronald Reagan à l’URSS.
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