Même affaibli, le régime irakien de Saddam Hussein serait difficile à renverser, estiment plusieurs experts interrogés sur les «options» à la disposition de la Maison-Blanche pour neutraliser cet élément de «l’axe du mal». Le secrétaire d’État Colin Powell l’a clairement exposé jeudi à des sénateurs américains : «Nous sommes en train d’examiner les options pour un changement de régime» et les États-Unis ne veulent plus ignorer la menace que représente, selon eux, le développement d’armes de destruction massive irakiennes. Aussi, les analystes militaires se sont-ils déjà lancés dans le débat sur la prochaine étape de la campagne antiterroriste, que certains envisagent avec énormément d’optimisme. «Je crois que la destruction de la puissance militaire irakienne et la libération de l’Irak serait du gâteau», a ainsi estimé Ken Adelman, un ancien responsable du dossier du contrôle des armements de l’Administration Reagan. «Les raisons en sont simples et réalistes : 1) c’était du gâteau la dernière fois ; 2) ils sont beaucoup plus faibles maintenant ; 3) nous sommes beaucoup plus forts ; 4) maintenant on est sérieux», a assuré M. Adelman dans un article publié par le Washington Post. De fait l’armée irakienne a vu ses forces divisées par deux depuis qu’en 1991 une coalition alliée sous direction américaine l’a chassée du Koweït, qu’elle avait envahi quelques mois plus tôt, avant de pénétrer profondément en territoire irakien. Son armement et ses blindés sont aujourd’hui obsolètes, résultat de sanctions imposées par la communauté internationale il y a plus de dix ans. Enfin, sa capacité de réaction est très atteinte, faute de formation et de pièces détachées. De leur côté, les États-Unis ont encore renforcé leur puissance militaire depuis la guerre du Golfe. Ils ont en particulier développé des armes de précision et des capacités de renseignements de haute technologie qui en étaient à leurs balbutiements durant la guerre du Golfe. Certains appellent cependant à la prudence : Michael O’Hanlon, expert à la Brookings Institution, estime ainsi qu’il faudrait l’intervention sur le terrain de 200 000 hommes pour renverser Saddam Hussein et combattre dans les villes, ce que l’armée américaine avait évité durant la guerre du Golfe. «Il s’agit de combats dans des villes, où les frappes aériennes ne sont pas tellement efficaces», souligne M. O’Hanlon. «Nous sommes très bons dans les espaces ouverts, nous ne sommes pas aussi performants en ville», note-t-il. L’ancien général Wesley Clark, ancien chef des forces de l’Otan en Europe, tout en reconnaissant l’affaiblissement de l’armée irakienne, pose une question plus angoissante : «Que se passera-t-il si Saddam Hussein est vraiment au pied du mur ? Est-ce qu’il va utiliser ses armes chimiques ou biologiques ou nucléaires, s’il les a ?» Avant d’intégrer l’Administration Bush, plusieurs responsables, y compris le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et son adjoint Paul Wolfowitz, voulaient armer l’opposition irakienne et utiliser la puissance aérienne américaine pour ouvrir la route de Bagdad. D’après eux, des unités entières de l’armée irakienne seraient prêtes à changer de camp à la première occasion. D’autres, cependant, comme l’envoyé spécial au Proche-Orient Anthony Zinni, se méfient de l’opposition irakienne qu’ils jugent divisée et inefficace. «On peut toujours s’imaginer armer la résistance», acquiesce M. O’Hanlon, «mais franchement, je crois qu’on n’a aucune chance». Une autre option serait de viser directement Saddam Hussein, avec des raids des forces spéciales, couverts par des attaques aériennes. Plusieurs milliers de Rangers pourraient acculer le chef de l’État irakien dans un secteur de Bagdad, tandis que les frappes aériennes empêcheraient les renforts irakiens d’intervenir. Pour cela, il faut des renseignements fiables et précis, un minutage parfait, «énormément de chance» et de 20 000 à 50 000 hommes, estime M. O’Hanlon.
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