Le procès historique de l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic, qui s’est ouvert cette semaine devant le Tribunal pénal international (TPI) de La Haye, a été marqué dès les premiers jours par l’affrontement de deux visions antagonistes du monde et des guerres. Au cortège des horreurs survenues durant les récents conflits en ex-Yougoslavie, évoquées par l’accusation, M. Milosevic a opposé d’emblée un inventaire détaillé des «crimes» commis, selon lui, par l’Otan lors des raids aériens menés contre des cibles yougoslaves de mars à juin 1999. Premier chef d’État à comparaître devant la justice internationale, M. Milosevic, 60 ans, est jugé pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et génocide. Durant les deux jours où il a exposé sa défense, jeudi et vendredi, M. Milosevic n’a mis l’accent que sur les bombardements contre son pays, alors que l’accusation, elle, ne faisait qu’évoquer, en bonne logique, les trois conflits pour lesquels M. Milosevic est inculpé : en Bosnie (1992-95), en Croatie (1991-95) et au Kosovo (1998-99). Deux types de guerre ont commencé à se trouver confrontés devant la cour. D’un côté, les trois conflits qui ont abouti à la désintégration de l’ancienne Yougoslavie dans une guerre de nature quasiment moyenâgeuse, qui a coûté la vie à plus de 220 000 personnes. De l’autre, la guerre ultramoderne menée par l’Alliance atlantique, qui a fait, selon l’organisation Human Right Watch, entre 488 et 527 morts dans la population civile yougoslave. « Une personnalité centrale » Deux guerres, mais aussi deux conceptions du droit, deux perceptions de l’histoire, sans compter des langues différentes – l’anglais et le français pour les magistrats, principalement le serbe pour M. Milosevic –, tout contribue à opposer M. Milosevic et ses juges et à créer les conditions d’un long dialogue de sourds. Durant les deux premiers jours du procès, mardi et mercredi, l’accusation s’est attachée à mettre en lumière le caractère central de la responsabilité de M. Milosevic dans la guerre, faisant défiler sur l’écran du tribunal les images d’horreur commises par les forces serbes face à un accusé qui est resté de marbre. «Tous les événements survenus alors convergent vers l’existence d’une personnalité centrale prouvent l’existence d’une force humaine qui contrôlait tout. Cette personnalité est sans erreur possible celle de l’accusé», a lancé le substitut du procureur, le Britannique Geoffrey Nice. Balayant ces accusations, l’ex-apparatchik communiste reconverti au nationalisme a continué à se poser comme le principal défenseur de son peuple, comme il y a treize ans lors de son accession au pouvoir à Belgrade. M. Milosevic, qui est passible de la prison à vie, s’est employé à expliquer les rouages du système institutionnel ex-yougoslave, souvent sous les regards perplexes des juges. Il n’a en revanche pas dit un mot de plus des massacres de Srebrenica, où plus de 6 500 hommes ont été exécutés après la prise de cette ville de Bosnie orientale par les forces serbes bosniaques en juillet 1995. Il n’a pas non plus évoqué les tortures et les viols généralisés dont sont accusés les forces serbes. Dans une contre-attaque réglée comme ses anciens discours politiques, M. Milosevic s’est borné à dénoncer l’agression «criminelle» de l’Otan au Kosovo en 1999. À ses yeux, l’Otan n’est qu’un «prolongement de l’Administration américaine» comme le TPI n’est que le prolongement judiciaire de l’Alliance. Le regard méprisant, M. Milosevic prend un accent de tribun pour marteler ses accusations contre le TPI, dont il ne reconnaît pas la légalité, contre la procureur Carla Del Ponte et ses «patrons» américains.
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