L’euro a réduit ses gains face au billet vert en fin de journée, après avoir frôlé dans la matinée le seuil de 0,88 dollar (à 0,8799 dollar), son plus haut niveau depuis le 24 janvier dernier. Des ventes bénéficiaires et des ajustements de positions de change sont venus alléger les pressions qui s’étaient exercées sur la devise américaine un peu plus tôt. Celle-ci avait beaucoup souffert de certaines pressions dues aux craintes des cambistes européens pour les marchés financiers et boursiers aux États-Unis sur des rumeurs selon lesquelles des banques américaines allaient être dégradées par certaines agences de notation à cause de leur exposition à l’affaire Enron. De plus, les opérateurs avaient été déçus de la déclaration finale du groupe des Sept (pays occidentaux les plus industrialisés) qui s’était réuni pendant le week-end au Canada, ne disant par grand-chose sur les taux de change, alors que les marchés s’attendaient à une déclaration sur le yen et l’euro. Mais après que les grands argentiers de ce groupe se furent contentés de répéter leur formule habituelle : «Nous continuerons à surveiller de près les marchés des changes et à coopérer au besoin», les opérateurs se sont tournés vers l’euro et même vers le yen dans la crainte des perspectives à court terme du dollar. Pourtant, après que Wall Street eut ouvert sur un ton relativement soutenu, l’euro ne tardait pas à se replier légèrement face au billet vert. Cela d’autant que les opérateurs venaient d’apprendre de l’Insee (Institut national de statistiques et de recherches économiques) que l’activité industrielle dans la zone euro (hors industrie agroalimentaire) a continué de se dégrader le mois dernier. En outre, des nouvelles selon lesquelles le Conseil des ministres des Finances de l’Union européenne (ECOFIN), qui est appelé à se prononcer aujourd’hui sur le dérapage des dépenses budgétaires de l’Allemagne, devrait lancer un avertissement à ce pays à l’instar de la Commission européenne, sont venues compromettre la nouvelle reprise de l’euro. Dans l’attente donc des résultats de la réunion de l’ECOFIN ainsi que de la publication des chiffres des ventes de détail aux États-Unis pour janvier demain, l’euro et le dollar ont éprouvé hier beaucoup de difficultés à s’orienter dans une direction précise. En effet, le billet vert est parvenu à freiner sa chute face à toutes les autres grandes monnaies, se négociant à New York sur un ton faible mais indécis comme suit : – 0,8765 pour un euro contre 0,8730, vendredi dernier (-0,40 %) – 1,4220 pour un sterling contre 1,4150 (-0,49 %) – 1,6850 FS contre 1,6900 (-0,30 %) – 133,50 yens contre 134,75 (-0,93 %). Accélération de la hausse des marchés américains Sur les places boursières internationales, les marchés américains des valeurs mobilières ont accéléré leur progression en ce début de semaine, les investisseurs portant leur attention sur les commentaires encourageants issus de la réunion des ministres des Finances du groupe des Sept à Ottawa. Ils ont été, en outre, rassurés par les déclarations du secrétaire américain au Trésor Paul O’Neill, selon lesquelles les États-Unis sont sortis de leur période la plus déprimée pour renouer avec la croissance, estimant que le produit intérieur brut américain (PIB) devrait progresser au quatrième trimestre 2002 entre 3 % et 3,5 %. C’est ainsi qu’après une hésitation initiale attribuée aux inquiétudes persistantes sur la régularité des méthodes comptables utilisées par plusieurs entreprises américaines, les investisseurs sont revenus sur le marché en tant qu’acheteurs. Ils ont été encouragés par la publication d’une étude, établie conjointement par les 52 économistes du Blue Chip Economic Indicators et citée par le Wall Street Journal, faisant état que l’économie américaine devrait enregistrer une croissance supérieure à 1,5 % en moyenne cette année au lieu de 1 % prévu par le même groupe un mois plus tôt. En outre, les inquiétudes sur les méthodes comptables utilisées par certaines entreprises se sont apaisées après que Qualcomm eut rejeté des accusations mettant en doute la régularité de ses comptes pendant que Lehman Brothers estimait que les inquiétudes sur le groupe à ce sujet étaient infondées. Dans l’actualité boursière, les opérateurs boursiers ont été rassurés par la réaffirmation de United Technologies de son objectif de bénéfice par action de 4,32 dollars en 2002. Ce phénomène a tiré vers le haut les autres titres du secteur, notamment Ciena, Lucent, Motorola... Enfin, les propos attribués par le Wall Street Journal au nouveau président d’Enron, Stephen Cooper, selon lesquels que ce qui va être sauvé de cette société va donner lieu à une nouvelle entreprise qui sera plus petite mais plus stable, ont également rassuré la communauté financière. Eu égard à toutes ces considérations et à la nette reprise des sociétés aériennes, l’indice composite Nasdaq a renoué avec la hausse en s’élevant à plus de 1 845 points, pendant que l’indice Dow Jones des 30 vedettes industrielles fluctuait entre un plus bas à 9 710,68 points et un plus haut à 9 893,35 points, avant d’afficher en préclôture, à 23h heure de Beyrouth, 9 889,54 points, en hausse de 145,30 points sur vendredi dernier. Les Bourses européennes soutenues par les technologiques Les marchés d’actions européens ont terminé lundi en territoire positif pour la plupart, confortés notamment dans leur mouvement par un retournement à la hausse de Wall Street. L’indice Eurotop 300 a gagné 0,97 % à 1 213,00 points tandis que l’indice Euro Stoxx 50 a progressé de 1,41 % à 3 556,84 points. À Paris, le CAC 40 a clôturé sur un gain de 1,26 % à 4 353,21 points. À Londres, le FTSE 100 s’est adjugé 0,66 % à 5 161,8 points. À la Bourse de Milan, en revanche, l’indice MIB 30 a perdu 0,33 % à 30 607 points. À Francfort, l’indice DAX s’est adjugé 2,15 % à 4 940 points. Vedette du jour, Deutsche Telekom a bondi de 6,47 % à 15,97 euros, effaçant ses pertes de vendredi, grâce à un relèvement de la recommandation de Morgan Stanley de «neutre» à «superformance». Son homologue français France Télécom en a profité pour clôturer sur un gain de 3,18 % à 34,05 euros. Le numéro deux mondial de la communication Vivendi Universal a tiré lui aussi son épingle du jeu, avec une progression de 2,63 % à 48,03 euros, après avoir fait état de prévisions optimistes pour 2002, notamment d’une hausse de plus de 10 % de son chiffre d’affaires. Lagardère a gagné quant à lui 2,34 % à 44,21 euros après avoir annoncé un chiffre d’affaires 2001 meilleur que prévu. Parmi les secteurs, c’est celui des valeurs technologiques qui a affiché la meilleure performance, avec un gain de 3,24 % pour l’indice correspondant DJ Stoxx. Les investisseurs estiment en effet que les technologiques seront les principales bénéficiaires de la reprise économique qui se dessine à leurs yeux. Les équipementiers télécoms Ericsson, Alcatel et Nokia ont fait respectivement des bonds de 4,72 %, de 1,72 % et de 3,28 %. Cette évolution se fait aux dépens des secteurs plus défensifs, comme celui de l’énergie qui a perdu 0,17 % tandis que celui des services collectifs qui a grignoté 0,12 %. «J’estime que les valeurs cycliques pourraient grimper encore plus haut si le flux d’actualité des sociétés vient à s’améliorer, à partir du milieu de l’année», a commenté Corne Biemans de Fortis Obam. Le marché reste toutefois prudent. «Nous resssentons toujours les effets de la bulle qui s’est créée au niveau des investissements. Les sociétés ont réalisé ces dernières années des acquisitions à des prix douteux et cela se traduit maintenant dans les bilans comptables», a précisé Biemans. Et il a ajouté : «Il y aura sans doute encore des victimes, les investisseurs sont très circonspects en ce moment». Pour preuve, le motoriste britannique Rolls Royce, contaminé à son tour par la suspicion sur ces comptes – ce que les investisseurs appellent l’enronite –, a perdu 5,03 % à 142,39 pence. Les investisseurs s’inquiètent notamment du niveau de l’endettement du groupe et des commentaires négatifs parus ce week-end dans la presse sur les pratiques comptables de la société.
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