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Actualités - Chronologie

La présidentielle se joue aussi sur Internet

À deux mois et demi du premier tour de la présidentielle, la majorité des candidats ont investi dans une cybercampagne, convaincus qu’Internet ne fait pas une élection mais que les élections ne se jouent plus sans le web. «Les équipes des candidats ont pris conscience qu’un site vitrine ne suffit plus et qu’il faut instaurer une véritable “relation citoyen” comparable à la relation client», explique Jean-Philippe Clément, l’un des fondateurs du site Netpolitique.net, spécialisé dans l’étude des nouvelles formes de communication politique. D’où l’utilisation grandissante des «newsletters» (lettre d’informations) – qui se rapprochent le plus du tract politique traditionnel –, des «chats», des forums de discussions et, pour une très petite minorité, de la vidéo en ligne, notamment sur le site de campagne de Robert Hue, candidat communiste. Clins d’œil de webmaster à la génération web ou preuve qu’elles ont bien intégré toutes les possibilités offertes par le médium, plusieurs équipes de campagne proposent des jeux animés. Sur alainmadelin.com, le site du candidat de Démocratie libérale, les internautes peuvent s’adonner aux joies du Kikadi, un quiz sur les thèmes de campagne calqué sur «Qui veut gagner des millions», ou jouer à la «Présidentielle poursuite», pour «gagner la grande maison». Le web permet aux candidats d’organiser leur communication de façon exhaustive. Libéré de l’angoisse de «la petite phrase», reprise en chœur par les télés et les radios, le candidat peut présenter ses idées par thème et par électorat. Avec leur souris, les internautes se promènent dans les dossiers et peuvent composer leur programme idéal. «La télé est une puissante machine à adresser un message parlant au plus grand nombre», reconnaît Bernard Sanenès, vice-président d’Euro-RSCG Corporate, créateur d’une base de données électorales en ligne. «Mais internet politique est une des meilleures traductions médiatiques du marketing “one to one”, qui influe aujourd’hui sur l’ensemble de la communication politique», ajoute-t-il. Selon un sondage CSA pour le groupe Serveur, réalisé en décembre dernier, 53% des personnes interrogées estiment qu’Internet est un moyen efficace pour rapprocher les élus des citoyens. Cependant, seuls 21% des sondés pensent que ces sites joueront un rôle dans le choix de leur candidat. Sites de partis, sites de candidats Si les deux têtes de l’Exécutif ne sont toujours pas officiellement candidates, elles disposent déjà d’un arsenal de sites vantant leurs mérites, présidentiels ou autres. La tendance est particulièrement marquée à droite. Le Mulot, le site web des amis de Jacques Chirac (www.ajc.net), alternance2002.com, 2002pourlafrance.net, ou encore lunionenmouvement.com détaillent les dossiers d’actualité et se chargent de recueillir les témoignages en faveur d’une candidature du président sortant. Mais sur rpr.org, «on ne s’occupe pas du tout de la présidentielle», explique un responsable du parti gaulliste. Mêmes précautions vis-à-vis du candidat «probable» Lionel Jospin du côté du parti socialiste, qui a mis en ligne une nouvelle version de son site (parti-socialiste.fr) mi-janvier. «Le candidat aura sûrement un site et on s’accompagnera mutuellement», avance prudemment Anne-Catherine Franck, secrétaire nationale chargée du site du PS. En attendant d’entrer personnellement en lice, le Premier ministre bénéficie du soutien de 2002femmes.com, le site des élues socialistes, et de quelques sites personnels montés par des sympathisants. «Même si on peut faire le pronostic qu’Internet jouera un rôle plus important lors des deux campagnes (présidentielle et législative) à venir, on ne compte en France que six millions d’internautes, il faut donc veiller à faire l’équilibre entre médias traditionnels et Internet», souligne Anne-Catherine Franck. Face aux grosses machines électorales, Internet est pain bénit électoral pour les plus petites formations. Avec un budget limité et une équipe restreinte, on peut démultiplier l’audience d’un candidat auprès de militants éparpillés sur le territoire et/ou l’éventail politique. Sur le site du président du Front national, lepen.tv, on peut télécharger une pétition pour le rétablissement de la peine de mort contre les pédophiles, à faire circuler, ainsi que des fiches techniques de campagne à distribuer sur les marchés. L’équipe de Démocratie libérale est l’une des seules à avoir prévu une rubrique «dons en ligne» pour soutenir la campagne d’Alain Madelin. Le formulaire offre la possibilité d’effectuer un versement électronique, par carte bleue, jusqu’à 1 000 FF (152 euros) ou par chèque pour toute somme supérieure. «Internet joue probablement un rôle plus important pour nous que pour les autres partis», confirme Sébastien Crozier, «expert ès-NTIC» (Nouvelles technologies de l’information et de la communication) auprès de Jean-Pierre Chevènement, candidat du Pôle républicain. «Le Pôle républicain rassemblant des gens venant d’horizons très divers, Internet nous a permis de créer une structuration, un maillage présidentiel, que nous n’avions pas sur le terrain contrairement aux partis établis», souligne-t-il. Autre nouveauté du millésime de campagne 2002, l’avènement de la satire en ligne. Comme aux États-Unis et en Italie lors des dernières élections, militants ou simples internautes commencent à créer des sites tournant en dérision certains candidats ou caricaturant les sites officiels. Aux piques de ces derniers mois entre le chef de l’État et le Premier ministre ont donc succédé les hostilités sur le net. Le site bilan-jospin.com a été mis en ligne par le groupe Démocratie libérale pour brocarder le travail du gouvernement ces cinq dernières années. À gauche, bilanchirac.net a été lancé par Benjamin Mathéaud, jeune militant socialiste parisien. Il s’ouvre sur un portrait du président détourné en photo d’identification judiciaire.
À deux mois et demi du premier tour de la présidentielle, la majorité des candidats ont investi dans une cybercampagne, convaincus qu’Internet ne fait pas une élection mais que les élections ne se jouent plus sans le web. «Les équipes des candidats ont pris conscience qu’un site vitrine ne suffit plus et qu’il faut instaurer une véritable “relation citoyen” comparable à la relation client», explique Jean-Philippe Clément, l’un des fondateurs du site Netpolitique.net, spécialisé dans l’étude des nouvelles formes de communication politique. D’où l’utilisation grandissante des «newsletters» (lettre d’informations) – qui se rapprochent le plus du tract politique traditionnel –, des «chats», des forums de discussions et, pour une très petite minorité, de la vidéo en ligne, notamment sur le site de...